Y retourner

10 Avr

… Retrouver, quatre ans plus tard, les grappes de voeux pendant sous les toits des temples japonais, ici au petit temple Hozen-ji d’Osaka…

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… et les divinités mystérieuses, en lien avec la nature, ici la déesse Mizukake Fudo, que les passants aspergent d’eau (ce qui explique la mousse) pour attirer la bonne fortune…

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… dans ce petit temple caché, au calme, au coeur et à l’écart de l’agitation du quartier branché et noctambule (mais bon enfant, nous sommes au Japon) de Dotonbori.

Retrouver les contrastes, le dépaysement doux, la sensation soyeuse du lointain amical et néanmoins inatteignable. Retrouver le Japon.

(Photos de l’auteur)

H

01 Fév

L’hiver, sur une route de pèlerinage, l’hermitage Himalaya…

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… sa porte de bois cloutée, sa coquille saint-jacques sur le chambranle, une autre plus grande au-dessus du linteau.

Dans un hermitage – c’est logique – veille un hermite.

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En l’occurrence, la lame VIII du tarot de Marseille. L’hermite est-il en marche, éclaire-t-il le chemin sur lequel il marche ? Ou, au contraire, est-il dans l’attente et lève-t-il sa lanterne pour éclairer le chemin de la personne qui s’avance au-devant de lui ?

D’où vient ce « H » inutile à l’ermitage et à l’ermite ? D’une proximité avec Hermès, la divinité aux pieds ailés,  le dieu de l’intelligence rusée et de la chance, le gardien des routes et des carrefours ?

Le « h », 8e lettre de l’alphabet latin, qui peut être aspiré – ou muet.

Je m’égare ?

Le « h », première lettre du mot « hiver ». Celle, aussi, du mot « histoire ». Ces mots qui commencent par un secret.

(photo de l’auteur – Aubrac, 2006)

L’instant pur

23 Jan

J’ai visité l’exposition d’Alix Cléo Roubaud à la BNF de Paris le 2 janvier dernier. J’en suis sortie assez peu séduite par son travail, que j’ai trouvé sur le moment triste et narcissique (comme si je n’aimais pas le travail de Sophie Calle, celui d’Hervé Guibert (voir « Hervé ») ou celui de Marguerite Duras (voir « Marguerites »)…).

Puis le début d’année a déroulé ses événements tragiques.

Puis le froid s’est installé.

Puis le temps a fait son œuvre.

Et en regardant les photos que j’ai prises de l’expo (j’aime prendre des photos de photos, le choix se fait sans réfléchir, il est éclairant a posteriori), je me suis rendue compte que j’en aime certaines.

Je vous en offre deux, comme des échappées vers l’été, la lumière et le soleil.

Une robe claire au tissu léger, en transparence, posée sur un cintre accroché à la poignée d’une fenêtre.

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Une autre fenêtre aux vitres sales, entrouverte sur un paysage d’arbres, un livre, une cuillère et dans le miroir, le reflet d’une nuque, d’une oreille et d’une chevelure relevée en chignon.

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J’aime imaginer que ces photos ont été prises dans le calme d’un été campagnard, quelque part dans le Sud de la France (ce n’est peut-être pas du tout le cas), et cette pensée suffit à me procurer un sentiment d’échappée belle.

Connaissant mon amour de la calligraphie et de la photographie, vous ne serez pas surpris de m’entendre dire que cette citation, reproduite parmi beaucoup d’autres sur les murs de l’exposition, exprime ce que je ressens, parfois – et ce que j’aimerais ressentir plus souvent.

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Ne serait-ce que pour cette quête de « l’instant pur » dont l’exposition rend compte, je révise mon jugement trop abrupt sur Alix.

(photographies d’Alix Clé Roubaud ; page de la BNF consacrée à l’exposition)

2015

08 Jan

Je ne savais pas trop comment vous souhaiter une bonne année. C’est tout trouvé. Puisque, comme tout le monde depuis hier midi…

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… pour nous, les filles, il nous reste à être, pendant toute cette année 2015, sans armes, alors il faut modifier l’image originale…

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… avec nos stylos, nos ordinateurs, nos cerveaux et nos permanentes, pour celles qui en ont encore, des…

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Puisque nous sommes vraiment de drôles de dames… Bonne année de résistance !

(image Charlie’s angels. Pardon pour les retouches maladroites)

Marguerites

18 Déc

Dans ma vie, depuis longtemps, il y a deux Marguerites. Une Yourcenar et une Duras. Justement.

J’ai acheté le dernier numéro du « Magazine littéraire ».

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J’ai retrouvé intacts les sujets de prédilection de Marguerite Y., son phrasé de reine, ses préoccupations, dont certaines très en phase avec les miennes, actuelles (« Qui sait si l’âme des bêtes va en-bas? »), son amour de l’Histoire, le peu de goût qu’elle avait pour le dévoilement direct. Cette vie de l’autre siècle, définitivement.

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… Mais sa pensée est si actuelle, si féconde, toujours élégante, parfois presque mystique. En témoigne ce koan zen qu’elle a placé en ouverture de « Souvenirs pieux », le premier triptyque de son « Labyrinthe du Monde ».

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Replonger dans cet univers m’a rendue (oh, quelques heures !) plus intelligente et m’a rappelé les longues plages de lecture, lorsque j’étais plus jeune, notamment celle des « Mémoires d’Hadrien » lors d’un voyage à Rome. Je mettais mes pas dans les traces, qui me semblaient fraîches, d’un passé remontant à vingt siècles.

Et puis, il y a l’autre Marguerite. M. D. La fulgurante, la magique, la poétique. Celle dont la lecture du « Ravissement de Lol V. Stein » m’avait ravie. Celle dont la lecture de « La Douleur » m’avait bouleversée. Celle dont j’ai trouvé hier l’extrait d’une interview datant de 1985 dans le dernier numéro des « Inrockuptibles ».

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Ce texte est prophétique. Nous ferions bien de l’apprendre par coeur. Je me doute que vous ne lisez pas bien sur la photo, alors je vous le copie. Il est incroyable.

« Dans les années 2000, il n’y aura plus que des réponses. La demande sera telle qu’il n’y aura plus que des réponses. Tous les textes seront des réponses, en somme.

Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information, dans une information constante. Sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. Ce n’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire.

Ils verront de la télévision. On aura des postes partout, dans la cuisine, dans les water-closets, dans le bureau, dans les rues. Où sera-t-on ? Tandis qu’on regarde la télévision, où est-on ? On n’est pas seul.

On ne voyagera plus. ce ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du monde en huit jours ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage, il y a le temps du voyage. Ce n’est pas voir vite, c’est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage, ça ne sera plus possible.

Tout sera bouché, tout sera investi, il restera la mer, quand même, les océans. Et puis la lecture. Les gens vont découvrir ça. Un homme, un jour, lira. Et puis tout recommencera.

On repassera par la gratuité. C’est-à-dire que les réponses, à ce moment-là, elles seront moins écoutées. Ça commencera comme ça, par une indiscipline, un risque pris par l’homme envers lui-même. Le jour où il sera seul à nouveau, avec son malheur, et son bonheur, mais qui lui viendront de lui-même.

Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir, c’est très possible, espérons qu’il y en aura encore… »

Interview, Paris, septembre 1985. Merci aux Inrocks d’avoir exhumé ce texte.

Merci, les Marguerites, pour votre intelligence et votre modernité.

Gel d’herbier

12 Déc

Un matin de cette semaine, il a fait froid. Les bords de Loire étaient recouverts de grive.

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Il fallait tendre l’oreille pour entendre l’herbe craquer doucement quand on marchait dessus.

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Les feuilles tombées au sol composaient un herbier gelé…

neelhe-givre (5)… et globalement marron…

neelhe-givre (7)… à de rares et délicates exceptions.

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Les feuilles exposées aux rayons du soleil, déjà dégelées, semblaient presque transparentes, et projetaient un reste de couleur bienvenu.

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Vous savez quoi ? En cas de tristesse (voir « Triste »), la nature est un refuge, et la capacité d’émerveillement une aide précieuse.

(photos de l’auteur)

Triste

05 Déc

J’ai dessiné une marelle sur l’ardoise de la cuisine.

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… pour guider certains coussinets vers le…

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Oui, vers le ciel. Il marchera sans doute plutôt sur les traits qu’au milieu des cases, parce que c’est plus drôle et que ça requiert plus d’équilibre.

L’essentiel est qu’il arrive.

Mon chat.

 

(photos de l’auteur)

(Voir « (chat) pas sport » et « Menu du jour »)

Graphes

27 Nov

Hier soir, j’ai écrit un texte et je ne l’ai pas publié dans la foulée, contrairement à ce que je fais d’habitude pour le blog. En le relisant tout à l’heure, j’ai compris pourquoi, et pourquoi j’avais bien fait : le ton est ironique. Et je n’aime pas l’ironie -particulièrement en ce moment où tout le monde l’utilise à tort et à travers – surtout quand elle est injustifiée et persifleuse. Et mon texte frisait ce ton-là. Je l’ai donc supprimé et vous ne le lirez jamais, et tant mieux. Par contre, je vais essayer de savoir pourquoi j’ai écrit en utilisant un ton que je n’aime pas, dans lequel je ne me reconnais pas. Une trop grande perméabilité aux humeurs de l’époque ? ça m’inquiète à moitié.

Du coup, je vous offre quelques photos prises la semaine dernière au parc aux biches, sur la rive droite de la Loire. Sans trop de commentaire, ça évitera les dérapages.

Au début de la balade, le ciel était chargé de lourds nuages.

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Au retour, je suis repassée par cet endroit où j’avais remarqué beaucoup d’ajoncs, de roseaux et autres osiers. On sait depuis le Japanese trip combien je suis fan de bambous (voir « Seuils de bambous »). Le soleil était apparu vers le fleuve, donnant aux herbes hautes, entremêlées de feuilles jaunes, des airs de blé mur.

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Oui, de blé mur.

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A côté, jaillissant d’un fouillis élégant, de hautes tiges se déployaient en  balais, tournés vers le ciel.

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Des antennes-râteaux célestes.

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… Un ensemble graphique, jusque dans la traînée laissée par le passage d’un avion dans le bleu du ciel.

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(Rien d’ironique. Du beau, et du silencieux.)

((photos de l’auteur)

Majeur

18 Nov

Je me faisais la réflexion l’autre jour. Il existe un nom spécifique pour désigner chaque âge de la vie : l’enfance, l’adolescence, voire la jeunesse, la maturité (on dirait que je parle d’un fruit), la vieillesse. Mais cet âge central, l’âge adulte ? Il y a bien l’adultère, mais bon, paraît qu’on parle d’autre chose. Alors, quoi ? L’adultérisme ? L’adultération (pas mal, pour son petit côté allitération) ? Le plus adapté serait sans doute l’adultérance, mélange assez réussi d’adulte et d’errance qui correspond bien à la situation des adultes aujourd’hui, je trouve. D’ailleurs, je serais bien en peine de donner une définition satisfaisante qui rende compte de cette notion pouvant recouvrir tellement d’identités différentes…

Pourquoi je me faisais cette réflexion ? à cause de la couverture d’un livre qui traîne chez moi en attendant que je le lise.

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Outre la belle gueule de Pasolini, l’arrière-plan de plage et de mer italiennes, le beau noir et blanc, il y a le titre…

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Adulte ? Jamais. J’aime beaucoup cette déclaration d’intention de Pasolini, écrivain, poète, journaliste et par ailleurs grand cinéaste. Auquel un autre cinéaste italien Nanni Moretti a rendu un magnifique hommage dans son film Caro Diario, « Journal intime ». Il y longe en scooter, au son du splendide « Köln Concert » de Keith Jarrett,  la plage d’Ostie sur laquelle Pasolini a été assassiné une nuit de novembre 1975.

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Ne serait-ce que pour la musique…

… Et pour le questionnement : alors, adulte ?

(photos de l’auteur)

L’or des mélèzes

12 Nov

A défaut d’être allée les voir in situ, sur les pentes de la vallée de la Maurienne par exemple, j’ai pu au moins, grâce à l’envoi d’un cliché d’une férue de ces montagnes, admirer l’or automnal des mélèzes, ces pins qui perdent leurs aiguilles aux saisons froides.

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La beauté féérique de l’or dans le soleil, l’herbe rase et presque blanche dans la lumière. Et la paroi montagneuse dans l’ombre de l’arrière-plan…

J’ai appris récemment (dans le livre « Se changer, changer le monde », livre à quatre mains de Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard) le concept d’ « habituation hédonique ». Il désigne le processus d’habituation au bonheur, finalement le fait de ne plus le vivre comme tel, donc de considérer que les conditions de confort ou de plaisir par exemple dans lesquelles nous vivons sont normales, sans plus les apprécier, et sans plus en être particulièrement conscients, donc heureux.

J’espère ne jamais m’habituer à ce type de beauté. Peu de risques, me direz-vous. Éphémère par nature, elle ne nous laisse pas, et c’est sa force, le temps de nous y habituer.

(photo et titre du post -un grand merci – : Annie Chazal)

Bande-son (elle s’impose) : « J’ai fréquenté la beauté » du dernier album de Jean-Louis Murat (vous verrez, c’est pratique, les paroles s’affichent au fur et à mesure comme en sous-titres sous les images de ce clip poétiquement rural).

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« J’ai fréquenté la beauté/tout le mois de juillet/pauvre coeur, je manquais d’amour… »

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