Archive for the ‘Inspirations’ Category

… à votre place


11 Juin

Lisant avec bonheur le dernier livre de Martin Page, « Manuel d’écriture et de survie » (Seuil, mai 2014)…

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… constituée de lettres adressées par lui à une apprentie (puis jeune) écrivaine, je tombe page 110, parmi d’autres (avisés) conseils de lectures, sur cette fin de phrase et cette citation bouleversante : « et un recueil de textes de Milena Jesenskà intitulé Vivre. Elle y écrit :

« Dites-moi, cela ne vous est-il jamais arrivé ? Vous êtes couché dans la nuit, vous regardez le plafond dans le noir, paralysé de terreur et de douleur, et soudain, quelque part à l’étage, un enfant pleure et pleure à votre place ? Ne vous est-il jamais arrivé qu’au théâtre des hommes meurent, se battent et chantent à votre place ? Ne vous est-il jamais arrivé de voir à l’horizon un oiseau qui vole à votre place, les ailes déployées, tranquille, heureux, disparaissant au loin pour ne jamais revenir ? N’avez-vous jamais trouvé une route dont les pavés sont capables de supporter autant de pas qu’il vous en faut pour vous libérer de la douleur ? »

Alors, chère Daria, n’as-tu pas l’irrésistible désir de te précipiter chez ton libraire ? »

Vérifiant mon intuition sur Internet, j’y trouve confirmation : oui, il s’agit de « la » Milena, celle de Kafka, de ses fameuses « Lettres à Milena » (voir sur l’excellent blog MFR-ID l’article sur leur relation, leur correspondance – et la fin tragique de Milena, je cite l’article concernant ce rêve prémonitoire et glaçant :

« Étrangement, elle écrivait, dès 1919, décrivant un rêve : « Quelque part lorsque la planète tout entière a été frappée par la guerre, d’interminables trains quittaient la gare l’un après l’autre… le monde se transformait en un réseau de voies ferrées emportant des êtres affolés, des êtres qui avaient perdu leur maison et leur patrie. Enfin, les trains s’arrêtèrent au bord du vide. Contrôle ! tout le monde descend ! hurla un préposé… Un douanier s’approcha de moi. Je regardais son papier déplié. Je lus, écrit en vingt langues différentes : Condamnés à mort ».

Elle meurt, déportée, à Ravensbrück le 17 mai 1944. »)

Autant vous dire, cher Martin Page, que revenant à peine de chez mon libraire où j’ai acheté votre livre, j’ai l’irrésistible envie de m’y précipiter à nouveau pour me procurer Vivre.

Merci donc, pour votre « Manuel » que j’ai lu (trop) vite et vais relire, pour les découvertes et l’espoir qu’il contient, et l’esprit de résistance. « Car nous ne prenons pas part à une guerre (…). Nous sommes des contrebandiers. »

Et m’est venue l’envie de conclure ce post par cette image. Des contrebandiers ou des tigres (parfois) voyageurs. (On comptait 100 000 tigres il y a un siècle. 3200 aujourd’hui – mieux vaut être contrebandier, finalement.)

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(photo de couverture du livre de M. Page sur le blog Blablabla mia. Photo de l’auteur d’une enseigne – plus de magasin correspondant, dommage, que pouvait être ce « Tigre voyageur » ? – sur la place de Montoire-sur-le-Loir)

Escalier


27 Mai

… La photo que je  préfère de ma visite au familistère de Guise (voir « Familistère ») : une vue en contre-plongée (le terme semble un peu emphatique…) d’un des escaliers qui relie les différents étages du bâtiment principal du Palais social.

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Trajet en coquille d’escargot (voir « La liberté de l’escargot »), décor de film se déroulant dans un 36, quai des Orfèvres lumineux ou au bout de la salle des Pas perdus (j’adore ce nom) d’un grand tribunal, décor kafkaïen d’un bâtiment administratif labyrinthique… L’ensemble du Familistère serait d’ailleurs un décor rêvé pour le tournage d’une histoire en cinémascope (je sais, ça n’existe plus) ou en vidéo… ce qu’on déjà fait, mais en bande dessinée, les auteurs de « De briques et de sang », David François et Régis Hautière, dont l’histoire se déroule à Guise entre 1914 et 1936.

Je vous laisse rêver…

(photo de l’auteur)

Familistère


22 Mai

Le familistère de Guise dans l’Aisne (voir « Centenaire ») est un haut lieu de l’histoire économique et sociale du XIXe et XXe siècles, nous dit notre ami Wikipédia.

A première vue, c’est un ensemble de bâtiments en brique rouge (on est en Picardie, pas très loin de la Belgique, et du Nord), dont l’essentiel s’articule autour d’une grande place au milieu de laquelle trône une statue : celle du fondateur. Jean-Baptiste André Godin.

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Godin est le fondateur de la société des poêles en fonte qui porte son nom : les fameux poêles Godin, dont voici un des (très) nombreux modèles.

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Sa tête ? (pas rigolard sur ce cliché, je vous l’accorde…)

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Ses idées, à la base de la fondation du familistère ?

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Vous commencez à voir ?

Né en 1817, Godin apprend très jeune le travail des métaux (son père est serrurier), et fait pendant deux ans, en compagnie d’un de ses cousins, le Tour de France des compagnons. Il découvre à cette occasion la misère de la vie des ouvriers. Revenu dans sa ville natale, il  dépose en 1840 un brevet pour la fabrication de poêles en fonte et fonde une petite manufacture. Il découvre en parallèle les écrits de Charles Fourier, le philosophe français inventeur du concept de phalanstère. En 1946, il installe à Guise sa manufacture d’appareils domestiques. En 1887, l’usine emploie 1 526 employés.

Je copie ici le paragraphe de Wikipédia qui concerne la présentation de l’idée du familistère : « Sensible à l’idée de la redistribution des richesses industrielles aux ouvriers, il souhaite créer une alternative à la société industrielle en plein développement à son époque, et offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois pouvaient alors bénéficier.

À partir de 1859, il entreprend de créer un univers autour de son usine de Guise, le familistère, dont le mode de fonctionnement peut être considéré comme précurseur des coopératives de production d’aujourd’hui. Il favorise le logement en construisant le Palais social (logements modernes pour l’époque), des lavoirs et des magasins d’approvisionnements, l’éducation en construisant une école obligatoire et gratuite, les loisirs et l’instruction avec la construction d’un théâtre, d’une piscine et d’une bibliothèque. Tous les acteurs de l’entreprise avaient accès aux mêmes avantages quelle que soit leur situation dans l’entreprise. La construction du Familistère de Guise s’étend de 1859 à 1884. Au cours de cette période, l’activité de la manufacture se développe considérablement pour employer jusqu’à 1 500 personnes. »

Reprenons :

Le familistère comprend plusieurs ensembles de bâtiments : le Palais social, formé d’un pavillon central encadré par deux ailes de taille un peu plus modeste, destiné à l’habitation (plus le pavillon Cambrai, situé à l’écart du Palais social en face de son aile droite, lui aussi destiné à l’habitation. C’est le bâtiment le plus tardif, construit en 1883).

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… le bâtiment des économats (où les habitants pouvaient s’approvisionner en produits frais à prix avantageux car négociés), en face de l’aile gauche du Palais social.

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… le bâtiment des écoles et du théâtre, en face du pavillon central du Palais social.

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… la buanderie, les bains et la piscine, situé sur l’autre rive de l’Oise, du côté de l’usine.

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Godin a une idée que je trouve très pionnière : il pense qu’on doit améliorer les conditions de vie des familles ouvrières, en leur apportant les « équivalents de la richesse ».

« Cette expression désigne l’ensemble des conditions de confort, de salubrité, d’enrichissement culturel que la bourgeoisie s’offre par l’argent et que les « Familistériens » pourront s’offrir désormais par la coopération. Hygiéniste convaincu, Godin inclut dans ces « équivalents de la richesse » tout ce qui garantit la salubrité du logement. La luminosité des appartements, la circulation de l’air, l’accès à l’eau potable à chaque étage sont des éléments fondamentaux que garantit l’architecture particulière des bâtiments. » Ici, la cour intérieure (et couverte par une magnifique et gigantesque verrière) du bâtiment central du Palais social :

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Vue d’une des coursives :

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Il faudrait détailler l’intelligence et le soin avec lequel ces bâtiments ont été pensés, conçus et construits. Ici, l’intérieur d’un logement (tous modulables en fonction du type de famille qui l’occupait) :

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Vous voulez des chiffres ? (merci encore, Wikipédia) 30 000 m2 de surfaces sont offerts par l’ensemble des trois pavillons. 1 kilomètre de coursives parcourt les trois pavillons du Palais.1 748 personnes habitent au Familistère en 1889. 495 appartements sont aménagés dans l’ensemble des cinq pavillons du Familistère avant 1918.

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« Le soin du corps est également assuré par la création d’une buanderie, située près du cours d’eau, dans lequel on lave et sèche le linge (évitant ainsi les odeurs d’humidité dans les logements), et comportant également des douches et une piscine (au plancher mobile, pour permettre aux enfants d’y nager en toute sécurité) dont l’eau, provenant de l’usine toute proche où elle a servi à refroidir les tuyaux, arrive à parfaite température. » La piscine :

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On trouve aussi un gymnaste, un club d’archers, un jardin d’agrément (qui a été réaménagé), un potager…

Au Familistère, l’école est obligatoire jusqu’à 14 ans (la loi de cette époque autorise le travail des enfants à partir de 10 ans) : elle est laïque, et fait remarquable pour l’époque, mixte (l’école est toujours en activité dans les mêmes locaux).

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Il existe une nourricière et une pouponnière, sorte de crèche avant l’heure.

On y trouve bien sûr une bibliothèque et (oui, messieurs-dames) un théâtre…

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… une fanfare, et un kiosque à musique….

Les salaires étaient de 30 % plus élevés que dans les autres fabriques du même secteur à la même époque. Il existait aussi un système de protection sociale basés sur des caisses de secours protégeant contre la maladie, les accidents du travail et assurant une retraite aux plus de 60 ans.

Vous voulez des visages, maintenant, pour donner aux chiffres plus de réalités ? En voici quelques-uns.

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Une « utopie réalisée » ? Sans aller jusqu’à l’enthousiasme béat, force est de constater que Godin avait des idées, certaines très en avance sur son temps (notamment l’égalité, non seulement entre classes sociales mais entre hommes et femmes) et la volonté de les appliquer. Toute création est critiquable, et la sienne le fut, autant par les tenants du socialisme scientifique ou ceux du socialisme révolutionnaire que par la droite conservatrice et libérale.

N’empêche. « Après la mort de Godin en 1888, l’Association continue de fonctionner. Prospère notamment grâce au renom de la marque « Godin », l’entreprise se maintient parmi les premières du marché jusqu’aux années 1960.  » Malgré les difficultés liées au manque d’initiative et d’esprit d’innovation des successeurs, ce n’est qu’en 1968 que l’entreprise, mal en point financièrement, se transforme en société anonyme. La marque Godin appartient aujourd’hui aux cheminées Philippe.

Les logements quant à eux ont été vendus en 1968. Quelques anciens Familistériens y vivent toujours. Classés « Monuments historiques » en 1990, les bâtiments font depuis 2000 l’objet d’une restauration d’ampleur. Ils se visitent en partie aujourd’hui. Bel héritage.

Et une sacrée leçon d’histoire, dont on ferait bien de s’inspirer davantage. Non ?

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(photos de l’auteur. Sources et citations : la visite sur place, merci à notre guide. Wikipédia, articles sur Godin et le Familistère)

PS. Godin, ce n’était pas que le fameux poêle. C’était aussi des cuisinières… qu’on devine très solides…
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… des chaufferettes…
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… tous sortes d’objets en fonte servant à la diffusion de la chaleur…

Centenaire


21 Mai

J’ai passé deux jours dans le département de l’Aisne, à l’angle nord-est de la France, à l’autre bout de la Picardie par rapport à la baie de Somme (voir « L’autre baie » et « L’autre baie, deuxième »). C’est une terre d’Histoire, notamment celle, centenaire, de la guerre 14-18. On y trouve entre autres le Chemin des Dames, nom charmant qui contraste avec la série de batailles et d’offensives sanglantes qui s’y sont déroulées, notamment celle de 1917, causant des milliers de morts inutiles, et la ville de Craonne (que les Picards prononcent « Cranne » – mais, beaux joueurs, ils acceptent pour l’Histoire l’ajout d’une syllabe à ce nom) , restée célèbre aussi pour sa chanson, contestataire, antimilitariste même, qui a accompagné les mouvements de mutinerie des soldats de cette année 17, celle de l’explosion de la révolution russe, encore plus à l’est.

Image de prévisualisation YouTube

Le refrain, désespéré, en est :

« Adieu la vie, adieu l’amour/Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours/de cette guerre infâme
C’est à Craonne, sur le plateau/qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés/
Nous sommes les sacrifiés »

Le dernier couplet, et la reprise de l’air du refrain, le final, est effectivement un appel clair à la révolte, à la mutinerie – qui a dit « à la justice » ? Et qui a ajouté qu’en ces temps de guerre économique, les choses n’ont changé que d’apparence – et d’échelle ?

« C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards/tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose/Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués/f’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien/Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront/Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions/vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros/de monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau »

Mais cette terre de souffrances est aussi une terre d’utopie. Pour en avoir une idée, il faut monter un peu plus au nord, jusqu’à la petite ville de Guise (que les Picards prononcent Guïse, en séparant le « u » du « i »). Car à Guise, on peut visiter le Familistère. Le quoi ?

Le Familistère.

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Pour l’instant, c’est un terme qui mélange les mots de « famille » et de « mystère », non ? Laissons-le planer, le mystère, jusqu’au prochain post…

(photo de l’auteur)

L’épée de lumière


13 Mai

Quand j’ai sorti mon fidèle Bic Cristal de mon sac, voilà ce que j’ai déposé sur la table :

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Un (modeste) crayon brisé en son centre.

Vous savez à quoi cette vision m’a fait penser ?

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Ceux qui ont lu l’œuvre maîtresse et magistrale de Tolkien (comme moi il y a longtemps) ou ceux qui ont vu au cinéma la très belle trilogie de Peter Jackson tirée du « Seigneur des Anneaux » (comme moi plus récemment) ont saisi l’allusion : avant même le début des événements rapportés par le récit, dans des temps très anciens et très légendaires (ah bon ?), l’épée du roi Elendil, qui s’appelle Narsil (oui, car dans ces contrées, les épées ont des noms), se brise en plusieurs morceaux lorsque Sauron (le super méchant, pour ceux qui ne connaissent pas – pire que ça, le mal incarné, le « Seigneur des Ténèbres ») tue le roi lors de la bataille de Barad-dûr. Son fils aîné utilise le moignon de l’épée pour couper l’un des doigts de Sauron, celui qui porte l’Anneau Unique (le « Préccccieux »), dont il sera question tout au long de l’épopée puisqu’il s’agira de le détruire, lui et sa force maléfique (« Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. » – autant vous dire qu’on n’en mène pas large). Les restes de l’épée Narsil sont amenés dans un des royaumes elfes, Fondcombe, où elle sera plus tard reforgée sous le nom d’Andùril (et servira bien sûr du côté des bons contre les méchants).

Le crayon. L’épée. Et une chanson m’est revenue en tête. Manset, 1982, dans l’excellent 33 tours « Comme un guerrier ». La dernière chanson de l’album s’appelle « L’épée de lumière ». Si on passe sur la musique (assez datée, mais assez rock, surtout pour du Manset) et le début des paroles, on arrive au refrain :

« … Et je porte avec moi/Sur le côté droit/Le crayon
L’épée de lumière/Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi/Le crayon/L’épée de lumière/Le canon
Qui sert aux hommes…
Qui sert aux hommes… »

Image de prévisualisation YouTube

Le crayon, l’épée de lumière, le canon. Bel hommage à l’objet mais surtout à son pouvoir. Capable de contrer celui, maléfique, de l’Anneau, qui peut prendre, on le sait (et c’est sa force), de multiples formes.

Tout ça à cause d’un Bic Cristal.

(photo de l’auteur. épée Narsil)

Coquelicots


08 Avr

Jusque-là, le printemps était une sorte de souvenir émerveillé, dont on n’avait pas profité l’année dernière, et auquel on rêvait en contemplant par exemple ces coquelicots, vus en novembre au muséum d’histoire naturelle de Paris, dans le cadre de l’expo de photos de Sarah Moon.

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Et puis, le printemps a soudain explosé, tout est en fleurs dans les jardins, les forêts, sur les bords de Loire, sur les coteaux… les jaunes pommiers du Japon, les roses cerisiers, les blancs pommiers, et les fleurs multicolores…

… L’éclat des coquelicots rouges, photographiés lors d’un printemps antérieur (2011) et au mois de juin (ne cherchez donc pas les coquelicots tout de suite)…

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… le long des chemins, et dans la lumière…

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Remontant à rebours le blog, à la suite des feuilles d’automne de « Rouge » et des pétales du bouquet de tulipes d’ « Intérieur rouge », je suis bien obligée de constater que pour moi (est-ce une réminiscence japonaise d’érables ?), fleurs ou feuilles + rouge = splendeur chatoyante – d’où envie de post qui suit le ravissement pour en rendre compte.

Dont acte.

(photos de l’auteur.)

Bande-son : pour contrer un peu cet enthousiasme , une chanson (elle aussi splendide, mais sur un mode plus tragique) où le rouge n’est pas synonyme de beauté mais de destruction. Peter Gabriel, « Red rain », issu de son album de 1986, « So ».

Image de prévisualisation YouTube

Red rain is coming down /Red rain
Red rain is pouring down /Pouring down all over me
« La pluie rouge tombe/La pluie rouge
La pluie rouge tombe comme un torrent/Elle tombe comme un torrent sur moi »

I am standing up at the water’s edge in my dream
I cannot make a single sound as you scream
It can’t be that cold, the ground is still warm to touch (Hay ay ay we touch)
This place is so quiet sensing that storm
« Dans mon rêve, je me lève au bord de l’eau/
Je ne peux pas émettre un seul son alors que toi, tu cries/
Il ne peut pas faire aussi froid, le sol est toujours chaud au toucher/
Cet endroit est si calme, on pressent cette tempête/

Well I’ve seen them buried in a sheltered place in this town
They tell you that this rain can sting, and look down
There is no blood around
See no sign of pain
Hay ay ay no pain
Seeing no red at all, see no rain
Je les ai vus se terrer dans un abri souterrain en ville/
Ils te disent que cette pluie peut blesser, et baissent les yeux/
Il n’y a pas de sang/
Aucun signe de douleur/
Pas de douleur/
Je ne vois pas de rouge du tout, je ne vois pas de pluie

(…)

And I can’t watch anymore
No more denial
It’s so hard to lay down in all of this
Et je ne peux plus rien voir/
Je ne peux plus nier l’évidence/
C’est si difficile de se débarrasser de tout cela
 »

Red rain coming down
Red rain is pouring down
Red rain is coming down all over me
I see it
La pluie rouge tombe/
La pluie rouge tombe comme un torrent/
La pluie rouge tombe comme un torrent sur moi/
Je la vois…

Red rain coming down
Red rain is pouring down
Red rain is coming down all over me
I’m bathing in
La pluie rouge tombe/
La pluie rouge tombe/
Le pluie rouge tombe et me recouvre/
Je me baigne dedans… »

Scrapbook/3


18 Mar

Souvent…

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Dans ce cas, parfois, je me tourne silencieusement vers…

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… et on ne me voit plus pendant un temps. Je suis absorbée par…

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Et parfois, face au découragement qui menace, je me demande :

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Oui ?

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Et je finis par me rassurer, un peu :

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Bande- son : « Dream baby dream », chant de foi du dernier album de Bruce Springsteen, reprise du groupe Suicide. Entendu par moi pour la première fois lors du bouleversant concert de 2005 à Bercy, en final d’un concert acoustique époustouflant de Bruce en solo. Ici, la vidéo est un bel hommage à la ferveur qui règne lors de ses concerts. (Je le sais, j’y suis souvent.)

Image de prévisualisation YouTube

 

(photos de l’auteur)

A relire


19 Fév

Tout à l’heure, j’ai assisté au deuxième étage de l’excellente librairie tourangelle La Boîte à livres à la rencontre organisée par ses responsables avec Christian Bobin, l’auteur de près de quarante livres délicats, vibrants et marquants au sommet desquels figurent pour moi « La Folle allure », « Le Très-Bas » et surtout « La part manquante ».

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Moment de grâce et d’intelligence, à écouter un homme qui travaille à dialoguer avec l’essentiel et l’invisible, qui se fait passeur de ses propres auteurs fétiches (ce soir, Ernest Junger – dont il a lu un extrait du « Journal de guerre », extrait qui détaille en mai 1944 la couleur et la texture des fleurs d’un marronnier -, Marceline  Desbordes-Valmore, Robert Antelme, Jean Genet), conteur d’anecdotes visant à éclairer ses propos qui ne sont pas exempts d’une lucidité tranchante sur certains aspects de notre présent (« L’image nous aveugle. La parole nous nourrit »).

Son dernier livre s’intitule « La Grande Vie ». A une question de l’assistance sur la raison du choix de ce titre, Christian Bobin a répondu que la « grande vie » est la seule qui soit finalement digne de chacun de nous, et que c’est parce que nous avons du mal à la vivre dans sa grandeur qu’elle le devient justement, grande.

Il a cité une phrase d’un de ses poètes préférés, Jean Grosjean (c’est à ce moment que j’ai fouillé dans mon sac pour en sortir crayon et carnet), phrase effectivement merveilleuse dans son énoncé simple d’une complexité infinie. « Le passé est imprévisible. »

Passer une heure en présence d’un homme à la parole si précieuse, car attentive et vivante (comme l’eau peut être vive), m’a rendue plus consciente et un peu plus heureuse d’être là.

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(Ajouter à la liste : relire Bobin.)

(photo C. Bobin – lien supprimé, sorry ; photo 2 de l’auteur)

Scrapbook/1


10 Jan

Il y a deux ans, pendant plusieurs mois, je me suis acharnée à construire un…

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Un quoi ?

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Armée d’une paire de ciseau et d’une pile de magazines, j’ai passé un certain temps à feuilleter et découper des phrases, des citations, des morceaux extraits d’articles, d’interviews qui me paraissaient… intéressants, drôles, poétiques… Et je les ai collés dans un carnet.

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Et des photos, certaines très iconiques…

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Greta, dans « La reine Christine »(1933) ou…

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… David Hemmings dans « Blow up » (1967)…

… ou d’autres, qui me semblaient intéressantes, drôles, poétiques… (et qui correspondaient à mes préoccupations du moment – non, elles ne concernaient pas ma coupe de cheveux !).

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Et puis, bien sûr, j’ai fait des collages, des juxtapositions, des rapprochements… Je me suis posé des questions…

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… Et j’ai essayé d’y répondre…

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Je vous reparlerai de mon scrapbook…

(photos de l’auteur, d’après des articles et des photos dont je n’ai pas noté les origines ou les crédits, sorry)

 

Vies antérieures


23 Nov

Dans une vie antérieure, étais-je…

… une éponge qui plonge ?

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… une conque, un nuage, un coquillage ?

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… un pharaon, un papillon ?

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… un kiwi joli (?) et sans souci ?

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… un chihuahua, un koala ?

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… ou un hippocampe en papier qui campe dans une vitrine illuminée ?

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… ou serai-je, dans une vie future,  tout cela mélangé, avec un petit bout de mon moi actuel ?

(photos de l’auteur, muséum d’histoire naturelle de Paris, sauf  6, vitrine de Paris)

 

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).