Archive for the ‘Face B (la bande-son)’ Category

Majeur


18 Nov

Je me faisais la réflexion l’autre jour. Il existe un nom spécifique pour désigner chaque âge de la vie : l’enfance, l’adolescence, voire la jeunesse, la maturité (on dirait que je parle d’un fruit), la vieillesse. Mais cet âge central, l’âge adulte ? Il y a bien l’adultère, mais bon, paraît qu’on parle d’autre chose. Alors, quoi ? L’adultérisme ? L’adultération (pas mal, pour son petit côté allitération) ? Le plus adapté serait sans doute l’adultérance, mélange assez réussi d’adulte et d’errance qui correspond bien à la situation des adultes aujourd’hui, je trouve. D’ailleurs, je serais bien en peine de donner une définition satisfaisante qui rende compte de cette notion pouvant recouvrir tellement d’identités différentes…

Pourquoi je me faisais cette réflexion ? à cause de la couverture d’un livre qui traîne chez moi en attendant que je le lise.

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Outre la belle gueule de Pasolini, l’arrière-plan de plage et de mer italiennes, le beau noir et blanc, il y a le titre…

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Adulte ? Jamais. J’aime beaucoup cette déclaration d’intention de Pasolini, écrivain, poète, journaliste et par ailleurs grand cinéaste. Auquel un autre cinéaste italien Nanni Moretti a rendu un magnifique hommage dans son film Caro Diario, « Journal intime ». Il y longe en scooter, au son du splendide « Köln Concert » de Keith Jarrett,  la plage d’Ostie sur laquelle Pasolini a été assassiné une nuit de novembre 1975.

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Ne serait-ce que pour la musique…

… Et pour le questionnement : alors, adulte ?

(photos de l’auteur)

François


26 Oct

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Je suis tombée amoureuse de François Truffaut peu de temps avant sa mort. J’étais (très) jeune, c’était en 1983. J’ai un souvenir très précis de ma sortie de la salle de cinéma (« L’Eden ») où je venais de voir « Vivement dimanche ! », ce polar pas très sérieux (« Barbara, vous me mettez dans l’embarras »!) en noir et blanc, me retrouvant sur le trottoir ensoleillé (vérification faite, le film est effectivement sorti en août de cette année 1983), éblouie par la lumière d’été et surtout par le rythme et le charme du film. C’est dans ce même cinéma que j’avais vu trois ans auparavant « Le dernier Métro » (je me souviens très bien, là encore, de cette première vision et notamment de la « fausse fin » – la pièce de théâtre s’insérant parfaitement dans l’intrigue – qui m’avait ravie). Je ne savais pas, et le réalisateur non plus, que « Vivement dimanche » serait son dernier film.

On en trouve peu d’extraits sur le web (celui-là, en français, est sous-titré en espagnol… et Fanny est si délicieuse).

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Alors je ne pouvais pas ne pas aller à…

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… qui rend ces jours-ci hommage à Truffaut dans une belle expo. J’y suis même allée précisément trente ans et un jour après sa mort (dont je me souviens, bien sûr)…

On y trouve une reconstitution du bureau dans lequel il concocta la plupart de ses vingt et un longs-métrages…

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Des photos, des lettres (certaines comme des clins d’oeil)…

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… des objets, comme ceux-ci…

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… qui appartiennent à Antoine Doinel dans…

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… des extraits de films – ou de casting, comme les essais – irrésistibles – de Jean-Pierre Léaud pour « Les 400 coups »…

http://www.dailymotion.com/video/x3z4ka

… Certains souvenirs, tendres et légers ou plus teintés de gravité, voire de drame… La scène finale de « La Femme d’à côté »…

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… et le résumé du début du scénario, de l’écriture reconnaissable de François…

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Au même titre que Springsteen (voir « Thunder Road ») ou Sanson (voir « Besoin de personne ») pour la bande-son, les films de Truffaut ont été des repères dans mon parcours, des clés de compréhension possibles et des moments émus, bouleversants ou heureux, de cinéma. Et pour revoir son visage, réentendre sa voix si caractéristique, et retomber sous son charme, cette interview du moment de la sortie de « Vivement dimanche ! » (on y revient), avec Christine Ockrent…

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Et un extrait du texte de « Jules et Jim » : … « La vie était vraiment des vacances. Jamais, Jules et Jim n’avaient manié d’aussi gros dominos. Le temps passait, le bonheur se raconte mal, il s’use aussi sans qu’on en perçoive l’usure… »

Bande-son : bien sûr, « Le tourbillon » de Jeanne dans le même « Jules et Jim ». Comment résister ?

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(photos de l’auteur, de l’exposition « François Truffaut » à la cinémathèque française.)

Aucun express


21 Oct

Être dans les bras de l’être aimé s’apparente parfois à se trouver…

 

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L’évasion sans bouger du centre de la forteresse.

Bande-son : Bashung (encore lui, voir le récent « A Ostende »), « Aucun express », qui figure sur « Fantaisie militaire », l’album de 1998 (qui contient aussi les éclats noirs de « La nuit je mens »).

Un genre de chanson parfaite.

http://www.dailymotion.com/video/x8ows2

« Aucun express ne n’emmènera vers la félicité/
Aucun tacot n’y accostera/
Aucun Concorde n’aura ton envergure/
Aucun navire n’y va/
Sinon toi.

Aucun trolley ne me tiendra si haut perché/
Aucun vapeur ne me fera fondre/
Des escalators au chariot ailé/
J’ai tout essayé
J’ai tout essayé…

J’ai longé ton corps/
Épousé ses méandres/
Je me suis emporté, transporté
Par-delà les abysses, par-dessus les vergers/
Délaissant les grands axes
J’ai pris la contre-allée/
Je me suis emporté, transporté.

Aucun landau ne me laissera bouche bée/
Aucun walhalla ne vaut le détour/
Aucun astronef ne s’y attarde/
Aucun navire n’y va,
Sinon toi.

J’ai longé ton corps/
Épousé ses méandres/
Je me suis emporté,transporté
Par-delà les abysses, par-dessus les vergers/
Délaissant les grands axes
J’ai pris la contre-allée/
Je me suis emporté, transporté… »
(photo de l’auteur)

A Ostende


04 Oct

En hommage à une famille flamande chère à mon cœur, qui a enterré l’un des siens dans une petite ville près de la côte, non loin de cette jetée de Nieuwpoort…

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… près d’Ostende : cette chanson de Bashung, de 1994, une de celles que je préfère. La musique est délicate et fluide, comme prise dans une boucle ou un ressac, le texte fait se succéder des visions intenses et justes, qui réussissent à rendre compte à la fois du charme un peu suranné de cette côte plate et douce et de l’angoisse sourde de celui qui s’y perd. Et l’interprétation d’Alain, dans cette version live, est comme lui : poétique.

Comme ne pas être sensible à des images comme : « à Ostende, j’ai la hantise de l’écharpe qui s’effiloche à ton cou » (la hantise échappe à l’écharpe pour se fixer sur l’effilochage de quelque chose de plus fondamental qu’une étole de tissu) ou « à Oslo, j’aime Agadir, son brouhaha » (comment  nous désirons toujours ce que nous n’avons pas, vouloir être précisément ailleurs que là où nous sommes) et le parfait « en Ukraine, j’aime le fado », qui se passe de commentaire (faites le vôtre…).

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« À Ostende, j’aime Gibraltar/
Ses rochers qui s’ingénient/
À me faire du plat…

À Ostende, je tire au stand/
Je gagne des otaries.

La mer se retire/Cache ses rouleaux/
À l’ombre des digues/ Elle et moi on s’ennuie…

Nos souvenirs/Font des îles flottantes.
À Ostende, j’ai la hantise de l’écharpe
Qui s’effiloche à ton cou.

À Ostende, j’aime Epinal/
Ses ondées lacrymales
À l’arrivée du ferry.

Un soupçon de fadeur/
Un rien de tragédie/
Et je pleure/Mon collyre/Ma colère.

Flottez hippocampes/Droits comme des i.
Laissez-vous porter/Par l’extrême obligeance

Faites fi/De la géographie
Des petits ensembles/Des grands amphis…

À Ostende, j’aime Gibraltar.
À Ostende, j’appréhende
Les forces en présence.

Je paye en yens/Des offrandes carabinées
À des païennes/indifférentes à mes palabres.

À Ostende, tout me navre.

À Oslo, j’aime Agadir, son brouhaha/
À Java, j’aime La Villette/
À l’Alma, je soupire/
En Ukraine, j’aime le fado.
À Ostende…

Flottez hippocampes/Droits comme des i.
Laissez vous porter/Par l’extrême obligeance.

Faites fi/De la géographie
Des petits ensembles/Des grands amphis…
A Ostende… »

(photo de l’auteur)

A Paris la plage


21 Août

Ce qui est bien avec…

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… quand le ciel est grisounet, le vent frisquet et donc la fréquentation supportable…

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… c’est qu’on peut prendre son temps, contempler depuis les quais de la Seine d’ordinaire livré au seul trafic automobile rageur…

… les façades de l’île Saint-Louis…

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… celles de l’île de la Cité, derrière lesquelles pointent les tours et la flèche de Notre-Dame…

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… et l’enfilade des ponts, le long de la rive droite…

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Oui, je sais, les vues sont classiques. Mais l’harmonie est toujours surprenante…

On peut aussi s’arrêter à des détails qu’on ne verrait pas d’ordinaire.

Au pied du Pont-Neuf, le plus ancien pont de Paris comme son nom ne l’indique pas, une « échelle d’inondations » indiquant les crues les plus importantes…

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… une seule date est indiquée.

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… 1910, la grande crue, dite centennale, de la Seine. Peu meurtrière, mais très marquante, notamment du point de vue économique.

Évidemment, nous, à Tours-sur-Loire, ça nous fait sourire. On vit plus dangereusement. Les crues, on les a longtemps collectionnées, comme le montre « l’échelle » au pied du « pont de pierre » à Tours…

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(photos de l’auteur).

Bande son : Émilie Simon, « Paris j’ai pris perpète ».

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« Paris, quelle comédienne/ Paris quelle mise en scène de choix/… Paris, tu prends tes airs de diva avec moi/et moi je ne respire que toi.. »

Scrapbook/4


21 Juil

Mon scrapbook (voir « Scrapbook/1″, « /2″, « /3″)… Remarques, interrogations, raccourcis, collages, juxtapositions. Et parfois, une seule phrase, collée pleine page. J’en déduis que ce qu’elle exprime est important. Oui, car avec le recul – ce scrapbook a été créé, et terminé, il y a plus de deux ans -, je suis devenue l’interprète des messages que j’ai laissés, comme s’il s’agissait de ceux de quelqu’un d’autre. Qui sait d’ailleurs si ça n’est pas le cas. Nous sommes si peu stables dans les définitions que nous nous donnons de nous-mêmes…

Prise de position ferme (et justifiée, si je peux me permettre ce jugement bienveillant sur moi-même)…

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Déclaration d’intention un peu idéaliste…

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Volonté de traverser cette période de transition en acceptant d’être surprise…

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… mais en étant lucide sur ce que peut générer ce manque de repères…
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Les moyens de traverser ces zones d’incertitude ? Me persuader que…

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« Moins, c’est plus »…

Et qu’il faut…

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Bande-son : Les Valentins, « Les pieds dans la lune », chanson de 1993, avec ses boucles de guitare et ses paroles poétiquement étranges… Merci, Édith (Fambuena, guitariste et chanteuse). Parce que parfois, « sur la lune à pieds, de plumes en funambules, j’essaie de filer… »

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« Combien de pages ont vu s’échouer/Les gerbes d’orage en bris de mots…
Contents les vents se sont marrés des tours noyés/Dans une mare de cent regrets…

Combien de vagues j’ai ravalé/Quand dans la marge tu n’avais pied…
Violent courage que ce pas fait/Qu’on sait défait.
Mais qui cède s’aide cède à qui sait donner…

Sur la lune à pieds/De plumes en funambules, j’essaie de filer…
Les pieds dans la lune/Qui d’amour jamais ne s’est laissé tomber ? »

(photos de l’auteur)

Le nouveau western


10 Juil

Exposition « Indiens des plaines » au musée du quai Branly, à Paris (sans mon appareil-photo, d’où la qualité  médiocre des clichés pris avec mon phone soi-disant smart).

Vous vous souvenez de mon post « Sunset vallée » et de la chanson de Neil Young, « Pocahontas » ?

Tout un imaginaire. Sioux, Cheyennes, Comanches, Pawnees, Cree, Blackfoot…

Parure de plumes vue de face…

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… vue de l’arrière…

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Sculptures, instruments de guerre comme ce bouclier…

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… Dessins magnifiques exécutés sur des capes d’apparat ou des robes en peaux de bisons, motifs géométriques…

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… ou figuratifs…

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… ou mêlant les deux…

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… Vêtements richement décorés…

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… Objets de cérémonie comme ce tambourin (on dirait bien des hirondelles ou des martinets – voir « Collection d’oiseaux printemps-été » -, non ?)…

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… Et œuvres plus récentes d’artistes amérindiens…

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Rappel de la quasi extermination rapide de ces cultures qui étaient liées de manière indissociable à la nature dont elles respectaient chaque manifestation et à l’animal dont elles tiraient tout, objets de la vie quotidienne, nourriture, chauffage, le bison. Le bison dont la population était estimée à  40 000 000 en 1800 (oui, vous avez bien lu, 40 millions) et dont il restait moins de 1000 représentants en 1895 (oui, vous avez bien lu, moins de mille). On imagine avec peine le massacre, en moins d’un siècle.

Et découverte de l’effort des survivants pour faire revivre cette culture à travers, notamment, la création d’oeuvres d’art contemporain reprenant les motifs ancestraux.  Et de celui des Américains pour rendre compte d’une histoire moins héroïque et plus juste de la conquête de l’Ouest. Des extraits de westerns cités et diffusés dans l’exposition permettent de mesurer le chemin parcouru.

Nous avons tous joué aux cow boys et aux Indiens (moi, beaucoup).

Et MC Solaar, dans cette chanson de 1995, dont la musique est basé sur un sample de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg, a réactualisé de manière magistrale les enjeux de cette conquête de l’Ouest. Très bien écrit, rapide, truffé d’allusions à des westerns mythiques. En prime, le clip est réussi.

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« Le vent souffle en Arizona/Un Etat d´Amérique dans lequel Harry zona/
Cow-boy dingue du bang bang du flingue/De l’arme, du cheval et de quoi faire la bringue/
Poursuivi par Smith & Wesson,/Colt, Derringer, Winchester & Remington/
Il erre dans les plaines, fier, solitaire/Son cheval est son partenaire/
Parfois, il rencontre des indiens/Mais la ruée vers l´or est son seul dessein/
Sa vie suit un cours que l´on connaît par coeur/La rivière sans retour d´Otto Preminger/
Tandis que John Wayne est looké à la Lucky Luke/Propre comme un archiduc/
Oncle Sam me dupe/Hollywood nous berne. Hollywood berne !
Dans la vie de tous les jours comme dans
Les nouveaux westerns.

On dit gare au gorille, mais gare à Gary Cooper/Le western moderne est installé dans le secteur/
Quand la ville dort, les trains ne sifflent pas/Les sept Mercenaires n´ont pas l´once d´un combat/
Harry désormais est proche de gare de l´Est/Il saute les époques et les lieux pour un nouveau Far-West/
Les saloons sont des bistrots, on y vent des clopes/Pas de la chique, du top ! Du CinémaScope/
Il entre dans le bar, commande un indien/Scalpe la mousse, boit, repose le verre sur le zinc/
Une 2 chevaux se parque, saouls, des types se beignent/Pour des motifs futiles comme dans
Les nouveaux westerns.

Les States sont comme une sorte de multinationale/Elle exporte le western et son modèle féodal/
Dicte le bien, le mal, Lucky Luke et les Dalton/Sont camouflés en Paul Smith et Weston/
On dit que ce qui compte c´est le décor/L´habit ne fait pas le moine dans la ruée vers l´or/
Dès lors les techniques se perfectionnent/La carte à puce remplace le Remington/
Mais Harry à Paris n´a pas eu de chance/On le stoppe sur le périph´ avec sa diligence/
Puis on le place à Fresnes pour que Fresnes le freine/Victime des directives de ce que l´on appelle
Le nouveau western…

Parfois la vie ressemble à une balle perdue/Dans le système moderne se noie l´individu/
Pour rester lucide il s´abreuvait de Brandy/Désormais on brandit, télé, shit et baby/
Blanche est la Chevauchée Fantastique/Toujours à contre-jour, c´est bien moins héroïque/
Dans le monde du rêve on termine par un happy end/
Est-ce aussi le cas dans ce que l´on nomme
Le nouveau western… »

Et il termine en récitant quelques noms mythiques: « Sitting Bull, Cochise, Calamity Jane, James West… Les squaws, les scalps, tomahawks »

Et le meilleur pour la fin, que les fans des « Mystères de l’Ouest » reconnaîtront : « Miguelito Loveless… »

Il me semble que nous sommes tous, plus ou moins, des Indiens des plaines.

(photos de l’auteur à l’exposition « Indiens des plaines » au musée du quai Branly)

 

Champ chromatique


03 Juin

Après le rouge d’automne…

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… et le rouge d’intérieur (d’hiver, sans doute)…

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…voici celui de printemps…

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Notre cher coquelicot, de la famille des pavots, qui tient son nom de la similitude entre sa couleur et celle de la crête du coq.  Qui symbolise aussi, souvent, le…

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Si vous avez des messages, vous pouvez les glisser dans une des boîtes. Le bonheur passe les relever une fois par jour.

(photos de l’auteur)

Bande-son : Claude François (oui, oui, la maison ne recule devant aucun sacrifice !), « Y a le printemps qui chante ».

http://www.dailymotion.com/video/xj3bq

« Dis, ça fait combien de temps que tu n’as pas vu un peuplier, une fleur des champs ?
Si tu as quelque chagrin, pour les oublier, il y a toujours une gare, un train.
Change de ciel, viens voir la terre, voir le soleil, et les rivières.

Viens à la maison, y a le printemps qui chante.
Viens à la maison, tous les oiseaux t’attendent.
Les pommiers sont en fleurs, ils berceront ton coeur,
Toi qui es toute en pleurs, ne reste pas dans la ville… »

Centenaire


21 Mai

J’ai passé deux jours dans le département de l’Aisne, à l’angle nord-est de la France, à l’autre bout de la Picardie par rapport à la baie de Somme (voir « L’autre baie » et « L’autre baie, deuxième »). C’est une terre d’Histoire, notamment celle, centenaire, de la guerre 14-18. On y trouve entre autres le Chemin des Dames, nom charmant qui contraste avec la série de batailles et d’offensives sanglantes qui s’y sont déroulées, notamment celle de 1917, causant des milliers de morts inutiles, et la ville de Craonne (que les Picards prononcent « Cranne » – mais, beaux joueurs, ils acceptent pour l’Histoire l’ajout d’une syllabe à ce nom) , restée célèbre aussi pour sa chanson, contestataire, antimilitariste même, qui a accompagné les mouvements de mutinerie des soldats de cette année 17, celle de l’explosion de la révolution russe, encore plus à l’est.

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Le refrain, désespéré, en est :

« Adieu la vie, adieu l’amour/Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours/de cette guerre infâme
C’est à Craonne, sur le plateau/qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés/
Nous sommes les sacrifiés »

Le dernier couplet, et la reprise de l’air du refrain, le final, est effectivement un appel clair à la révolte, à la mutinerie – qui a dit « à la justice » ? Et qui a ajouté qu’en ces temps de guerre économique, les choses n’ont changé que d’apparence – et d’échelle ?

« C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards/tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose/Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués/f’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien/Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront/Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions/vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros/de monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau »

Mais cette terre de souffrances est aussi une terre d’utopie. Pour en avoir une idée, il faut monter un peu plus au nord, jusqu’à la petite ville de Guise (que les Picards prononcent Guïse, en séparant le « u » du « i »). Car à Guise, on peut visiter le Familistère. Le quoi ?

Le Familistère.

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Pour l’instant, c’est un terme qui mélange les mots de « famille » et de « mystère », non ? Laissons-le planer, le mystère, jusqu’au prochain post…

(photo de l’auteur)

Dorian


15 Mai

Bertrand-notre-disquaire a eu raison de me le dire récemment : il y a longtemps que je n’ai pas mis en rapport une pochette de sa vitrine et une chanson, ou un musicien que j’aime. Sa remarque tombait bien. Parmi les pochettes exposées en vitrine de Madison il y a quelques mois…

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Outre la tête épanouie de Fernandel et la très belle pochette du spleené « On the beach » de Neil Young, un de mes chéris (voir « Powderfinger« , « Sunset vallée » et « Plume« ), figure en bas à gauche le profil d’une jeune femme blonde, noir en fond rouge.

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Agnès Obel. Pochette du de son deuxième album « Aventine » (le nom – mais elle dit qu’elle l’ignorait quand elle a trouvé le titre – d’une des sept collines de Rome). Je connaissais son disque précédent, « Philharmonics », qui datait de 2010, et qui avait déjà placé haut sa voix pure et élégante, ses mélodies en boucle (elle aime – entre autres – Erik Satie et Debussy) dominées par le piano, et avait remporté un succès assez inattendu.

Mais avec « Aventine », celle que les Inrockuptibles ont surnommée Lady Gla-Gla (elle est danoise et vit à Berlin. Voir ici leur belle critique du disque) passe un cap, et offre une collection sans faute de chansons magiques : « Fuel for fire », « Aventine », « The Curse » font partie des mélodies qui m’ont accompagnée tous ces derniers mois.

Mais celle qui m’a le plus bouleversée s’appelle « Dorian », dont voici la version de l’album.

A la première écoute (et aux suivantes), la mélodie est d’une simplicité et d’une pureté imparable et la voix d’Agnès qui la survole délicatement est bouleversante. Le tout est renversant. Puis, pour les besoins du blog, j’ai décrypté les paroles, dont je n’avais saisi que des bribes. Et j’ai mesuré la richesse de l’univers d’Agnès, qui n’est pas que musical. Car le texte va à l’encontre de la douceur mélodique, décrivant… quoi, d’ailleurs, exactement ? Le texte est suffisamment poétique, et donc elliptique pour ne pas se laisser saisir d’emblée. Disons qu’il semble s’agir de la description d’une relation entre deux personnes, dont l’une s’adresse à l’autre, qui s’appelle Dorian.

They won’t know who we are/So we both can pretend/It’s written on the mountains/A line that never ends
As the devil spoke we spilled out on the floor/And the pieces broke and the people wanted more/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Ils ne sauront pas qui nous sommes/Alors on peut faire semblant tous les deux/C’est écrit dans les montagnes/Une ligne qui ne finit jamais/
Pendant que le diable parlait, nous nous sommes répandus sur le sol/Et les morceaux se sont brisés et les gens voulaient en voir davantage/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Swaying like the children/Singled out for praise/The inside out on the open/With the straightest face/
As the sad-eyed woman spoke we missed our chance/The final dying joke caught in our hands/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Nous balançant comme les enfants/Vantés pour nos mérites/Notre vie intérieure ouverte à tout vent/Et le visage le plus franc/
Pendant que la femme aux yeux tristes parlait, nous avons raté notre chance/Une dernière plaisanterie se défaisait dans nos mains/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Dorian, will you follow us down
« Dorian, nous suivras-tu jusqu’au bout ? »

J’ai trouvé sur le site de traduction la coccinelle ces explications qui semblent venir d’Agnès elle-même (mais sans référence à la source) :  » « Dorian » parle d’une chose qui existe dans une relation entre deux personnes, vous ne pouvez pas mettre de mot dessus mais vous savez qu’elle est là. Lorsque vous atteignez le point de non-retour, que vous êtes perdu, suspendu dans cet endroit étrange qui n’est vraiment nulle part, vous vous languissez des bonnes choses que vous avez vécues avant.

« Dorian » est ma construction de cet état d’esprit. Personne, en dehors de la bulle de ces deux êtres, ne peut le voir. Ça semble très joli et beau, mais si vous pénétrez sur ce ring, vous vous rendez compte que tout n’est qu’une sorte d’effondrement et de pourrissement.

J’ai senti que « Dorian » était un beau nom et… pour moi, j’aime donner ma propre signification à un mot, ajouter mes propres histoires aux mots ou aux noms. Dans un coin de ma tête, je connaissais Dorian Gray mais ça n’est pas intentionnel et la chanson ne traite pas de ce personnage. Je suis sûre que ça l’a colorée mais ça n’est pas le propos. »

C’est bien qu’elle le précise, Agnès, qu’il ne s’agit pas de Dorian Gray, le héros du roman d’Oscar Wilde, dont le portrait peint sur un tableau vieillit et se flétrit à sa place, cumulant les rides et les marques de sa vie de débauche, pendant que lui reste d’une jeunesse qui semble éternelle… En effet, « Dorian, carrion » (« Dorian, charogne ») semble être destiné au personnage manipulateur et criminel qui ne trouvera sa fin qu’en poignardant son propre portrait, se plongeant de fait la lame dans le cœur.

En cadeau, une version live de cette merveille :

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Merci, lady Gla-Gla, pour la douceur sensuelle de cette mélodie magique, aussi aérienne que vénéneuse. Et très addictive.

(photos de la pochette de l’auteur : vitrine du magasin Madison, rue Colbert, Tours)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).