Archive for the ‘Expositions’ Category

Résistance


22 Jan

J’ai beau vouloir échapper au diktat de l’actualité, parfois elle me rattrape. Et une image captée au coin d’une rue du Paris devient un symbole.

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Août 2001, après l’arrivée tardive du vol Paris-Damas qui ne nous a pas permis d’arriver suffisamment tôt à l’hôtel pour bénéficier d’une chambre, nous avons dormi sur le toit, à la belle étoile. J’ai donc été réveillée vers 5 heures du matin par le chant du muezzin, dont la puissance et la poésie étaient démultipliées par les hauts-parleurs, appelant les croyants à la prière et les infidèles – dont j’étais et je suis  toujours – à l’émerveillement de l’aube qui se lève sur les toits enchevêtres d’une ville du Moyen-Orient.

Plus tard, il y a eu les splendeurs de la Mosquée des Omeyyades, les ruelles du souk, l’extrême gentillesse et la bienveillance des Syriens, leur courtoisie. Puis plus loin, l’oasis de Palmyre et le fantôme de sa reine Zénobie, ses ruines splendides sur fond de désert, celles de Bosra plus au sud, le souvenir des croisades au Krak des chevaliers, les ruines du monastère de saint-Siméon près de la frontière turque. La chaleur écrasante, l’odeur de laurier du savon d’Alep dans les souks de la ville, la lumière, la beauté de cette civilisation millénaire et citadine, les minarets. Le chant du muezzin le jour, la nuit, cinq fois par vingt-quatre heures.

Nous ignorions que les attentats de septembre allaient faire de nous les derniers touristes de Damas.

Alors, pour mes soeurs et  frères syriens, ce soir, une pensée.

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(photos de l’auteur.)

Eblouissement


07 Jan

Pour commencer l’année, envie d’un mot qui contient de l’or, de l’encre, et du cor(ps). Je l’ai croisé sur un mur de Paris, comme tapé à la machine sur la pierre.

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Oui, une année de plus. Loin de la morosité et du cynisme ambiant, me rapprocher de la peau de la pierre pour que le mur me le murmure [encore.] une fois :

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Par moments, j’ai encore cet éblouissement. Je mesure ma chance. Être en vie.

 

Bande-son : Julien Doré, « Heaven » (‘il faut juste passer les 3 secondes du début)

Image de prévisualisation YouTube

 

(Photos de l’auteur.)

Le chevalier


11 Déc

Souvenez-vous, « Paris-province », en janvier dernier,

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… et « Impromptu », en septembre,

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… posts dans lesquels je m’interrogeais sur l’identité de cet artiste de street art dont je croise les œuvres au coin des rues de Paris et aussi de Tours. Eh bien ce matin, justement dans une rue de Tours, un panneau très officiel…

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… vous pensez bien que je me suis approchée, trop contente de retrouver mes fragiles rois et mes reines de rencontre…

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… Et puis une fois rentrée chez moi, je me suis connectée sur le site de la manifestation annoncée par l’affiche. Et j’ai trouvé le nom de l’artiste…

Mesdames et Messieurs, please welcome Fred le Chevalier !

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Ah ben non, ça c’est Thibaud, le chevalier d’un des feuilletons cultes de mon enfance sur l’ORTF.

Non, Fred le chevalier, je n’ai pas sa photo. Mais je vous renvoie vers son site, avec plein de belles images, photos, collages, etc.  Je vous en livre deux, que je lui ai empruntées, que j’aime particulièrement…

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… pour le rapport au rêve, et au sommeil (oui, où voyageais-tu cette nuit ?)… Et…

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… pour l’allusion à l’Odyssée et à Ulysse, le héros de la ruse, un de mes préférés, qui a erré pendant dix ans après la fameuse guerre de Troie (qui elle aussi avait duré dix ans) avant de retrouver son île Ithaque, sa femme Pénélope et son fils Télémaque…

Fred le chevalier, merci pour ces visions… comme un écho, la photo de la première oeuvre repérée à Tours, de janvier dernier…

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… et la même, prise ce matin, presque un an plus tard donc.

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… Un peu abîmé, mais pas si éphémère, le street art… et c’est une bonne nouvelle.

(photos de l’auteur des œuvres de Fred le chevalier, sauf 6 et 7, issues du diaporama de son site)

 

Papeterie


06 Déc

Dans la vitrine de la papeterie d’art…

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…. Calligrane, donc, rue du Pont-Louis-Philippe, Paris, France, mon œil a été attiré…

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… par des feuilles au matériau inhabituel… feuille de pommes…

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… de citron…

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… dentelles d’oignon…

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… tissage de courgette…

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… qui côtoient des objets de papeterie plus classiques…

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Sur son site, Calligrane indique simplement qu’il s’agit de « planches de fruits et de légumes séchés ». Tant d’attention, d’adresse, de méticulosité pour un résultat si délicat et si fin méritait bien un hommage au(x) créateur(s) – anonymes pour moi  – de ces collages ténus et graciles. Et par-delà, aux pommes, citrons, courgettes, oignons et autres fruits et légumes qu’on néglige bien souvent de regarder. La beauté de l’ordinaire, qui apparaît soudain.

(photos de l’auteur)

Extases


05 Nov

Un dimanche de début octobre, je suis allée au Prieuré Saint-Cosme, à La Riche, qui est un faubourg de Tours (je trouve ce terme désuet plus agréable que « banlieue », non ?).  C’est dans les ruines de son église que repose le poète Pierre de Ronsard.

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Bel endroit, au jardin couvert de roses au printemps (« Mignonne… »). J’y allais voir, non pas la rose, mais l’exposition d’Ernest Pignon-Ernest (il était temps, c’était le dernier jour) intitulée « Extases », huit représentations de saintes, exprimant leur relation au sacré et leur « extase » au sens mystique…

Ernest Pignon-Ernest, qui est un artiste plasticien né en 1942, a été un des pionniers de l’art urbain en France (voir son site ici). Au Prieuré, il a installé ses œuvres dans le beau réfectoire construit au XIIe siècle et restauré après-guerre.

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Portraits de saintes célèbres, Marie Madeleine, Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne… ou moins connues, Angèle de Foligno, Marie de l’Incarnation… ayant en commun d’avoir laissé dans leurs écrits une description de leurs « extases » divines.

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Huit femmes représentées dans une nudité simplement couverte de vêtements drapés, dans des moments d’abandon, d’exaltation, le corps tourmenté, presque torturé parfois, ou au contraire offert… ce qui n’est pas sans rappeler bien sûr un type d’abandon qu’on peut qualifier de moins spirituel, mais en est-on certain ?

Il faudrait détailler chaque portrait… Ici, celui d’Angèle de Foligno, ma préférée.

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Les oeuvres étaient posées sur un sol recouvert d’eau qui les reflétaient délicatement…

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… et elles s’harmonisaient avec le beau réfectoire qui les accueillait, notamment avec  la « chaire du lecteur »… avec une oeuvre seule…

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… ou plusieurs…

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Étonnante et très belle exposition, dont le thème interroge, dérange presque, parfois, mais dont on ressort étrangement apaisé, comme si les extases de ces femmes, leur exaltation, leur soif d’absolu, nous avaient été rendues plus proches, presque plus compréhensibles par le travail de l’artiste, et ce qui s’en dégage de force et d’harmonie…

(photos de l’auteur)

La liberté de l’escargot


11 Juin

Lors de mon dernier séjour à Paris début mai (période tendinite !), j’avais fait un saut (en boitillant) au musée de la Poste, pour voir une expo qui s’est révélée être beaucoup plus petite que ce à quoi je m’attendais, elle était installée dans la dernière salle des collections permanentes. Son nom ?

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« La logique de l’escargot »… je vous donne l’idée : l’artiste a écrit des lettres (et surtout en a reçues), pris des photos, enregistré des sons, dans chacun des 20 arrondissements de Paris  – qui est la ville où elle vit, puis elle a agrandi le cercle et a continué cette correspondance dans 20 villes européennes dans lesquelles elle est du coup passée…

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… en suivant cette stratégie de spirale…

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Une vitrine par arrondissement (ou presque) et une vitrine par ville traversée, présentant les lettres reçues et de certains objets trouvés sur place, caractéristiques de la ville en question… belle réalisation, dont on trouve une explication plus complète sur le site de l’artiste Anne Calas. Mais j’en reste à l’escargot et à sa stratégie…

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… développée par les correspondants de l’artiste…

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… de manière souvent pertinente…

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Oui, comment sortir de la logique de l’escargot ?

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Peut-être en ne cherchant pas à la comprendre, justement, et en la retrouvant partout, comme ici, dans le Somerset, plus précisément à Glastonbury (voir « Avalon »), dans le jardin du Chalice Well (du puits du calice… on est bien à l’endroit où certains situent l’emplacement où est caché le saint Graal)…

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… ou en prêtant attention, quand on le croise  dans un jardin, sur la marche d’une terrasse, comme dimanche près de Tours (la photo est assez ratée, mais je ne vais pas vous coller la photo d’un escargot quelconque, on parle bien de celui-là), à ce petit gastéropode, dont j’aime de plus en plus la lenteur, les antennes, la coquille, tous ces symboles d’un voyageur qui n’a besoin de rien d’autre que de lui-même finalement… et donc, sa logique…

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… en spirale – (mais l’escargot, contrairement au dessin de sa coquille, va droit devant lui, non ? )

(photos de l’auteur)

Art postal


12 Avr

Je suis allée il y a quelques semaines (je précise pour certains de mes lecteurs/lectrices qui pensent que je suis toujours en vadrouille !) à l’espace culturel Louis Vuitton – oui, Madame – installé dans des locaux superbes – tu m’étonnes, John – au coin des Champs-Élysées et de la rue Bassano.

L’espace culturel est au dernier étage de cet… immeuble. Il permet d’emblée d’apprécier une vue sur Paris assez magique, ici vers le sud-est, le Panthéon à gauche, et les tours du treizième arrondissement à droite…

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Mais je n’y allais pas pour contempler la vue (ce qui pourtant pourrait presque se suffire à soi-même) mais parce que l’espace culturel Louis-Vuitton abrite jusqu’à début mai une expo de mail art intitulée « Correspondances ». Le mail art, kesako ? (et j’en profite pour vous glisser, parce que parfois je m’interroge sur des choses graves, et que je cherche les réponses idoines, que notre « kesako » vient du pronom interrogatif quésako ou quésaco, lui-même issu de la locution occitane Qu’es aquò ?, « Qu’est-ce que c’est ? » – et n’a donc aucun rapport avec le nom de la célèbre eau minérale (é qué se appelerio) Quezac).

Donc, disais-je, le mail art, qu’est-ce que c’est ? eh ben, comme son nom l’indique, c’est de l’art postal. Nous voila bien avancés. Précisons, avec notre ami Wikipédia : « C’est l’art d’envoyer des lettres à découvert, décorées, timbrées et ayant été cachetées ».

Le mieux, c’est que je vous fasse voir la vitrine. Comme pour notre célèbre rubrique « Pochettes surprises », le reflet a été dans ce cas l’obsession de la photographe qu’il m’arrive d’être – pour l’éviter, évidemment. Ce qui est loin de réussir toujours.

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De plus près, moins de reflets.

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Et plus de précisions.

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Vous allez me dire : je ne vois pas bien l’intérêt. Soyez attentifs aux détails, et convenez que certaines enveloppes, certaines écritures peuvent être comme des mini œuvres.

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Et ça, c’est dans la vitrine de la rue. Passées l’entrée et la montée vers l’expo dans un petit ascenseur entièrement noir, sans lumière, où le liftier rassurant qui vous accompagne vous explique qu’il s’agit de l’oeuvre d’un artiste dont j’ai oublié le nom, vous arrivez dans l’espace clair de l’expo elle-même, et vous comprenez que le mail art comprend d’autres démarches que celles qui consiste à envoyer de belles enveloppes ou de beaux paquets, ce qui n’est déjà pas rien.

Il y a là, entre autres, 165 œuvres de Ray Johnson, des photographies de Jan Dibbets, des œuvres postales d’Alighiero Boetti… les peintures  aéropostales d’Eugenio Dittborn -grandes toiles qu’il peut plier et donc expédier facilement…

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… un détail, qui m’a fait sourire…

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… et les enveloppes qui leur ont permis de voyager…

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Plus loin, la belle œuvre de Danh Vô, texte et démarche de l’artiste émouvants, la Dernière lettre de Saint Théophraste Vénard à son père, dont voici un extrait… et on retrouve aussi mon intérêt pour la calligraphie, dans le sens large de « belle écriture »…

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Comme on la retrouve dans l’œuvre de Vittorio Santoro, « Silence destroys consequences » : l’artiste a envoyé la même demande à des centaines de personnes, avec cette instruction simple : « Dans la partie centrale, veuillez écrire à la main la phrase suivante… ». Sont donc accrochés au mur les envois des personnes ayant répondu à sa demande, lettre et enveloppe.

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Et on peut s’attarder à lire, de ces dizaines d’écritures différentes, la même phrase répétée à l’infini, en français…

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… en anglais… phrase avec laquelle on peut être d’ailleurs plus ou moins d’accord…

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De belles écritures énergiques, qui prennent toute leur place…

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D’autres plus délicates, plus discrètes…

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Je suis toujours touchée par ce type de démarche, et ses résultats…

Le mail art, comme la vie. Diverse et riche.

(Reste plus qu’à prendre l’ascenseur-dans-le-noir pour redescendre…)

(Photos de l’auteur)

Manuscrits


26 Mar

J’étais samedi au Salon du livre de Paris. J’ai traîné sur les stands de mes éditeurs préférés (Minuit, Autrement, Philippe Picquier, Actes Sud…),  dans les allées, beaucoup moins encombrées par la foule, des éditeurs qui se spécialisent dans les « livres d’artistes », sur les « plates-formes » des éditeurs régionaux, qui font souvent un travail de défrichage remarquable… et j’ai vu, au milieu de l’immense parc des expositions, cette minuscule exposition du Musée des lettres et des manuscrits. J’ai pris quelques clichés, toujours émue de découvrir les écritures de quelques auteurs que j’aime, ou à défaut que j’ai lus…

L’écriture, un peu en pattes de mouche, d’Albert Camus…

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Celle, plus lisible et plus « début de siècle », de Guillaume Apollinaire…

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Celle, plus ample, de Sacha Guitry…

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Un beau manuscrit de 1935 de Georges Rouault…

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Et l’écriture chaotique de Gainsbourg, une recette avec des truffes…

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Vous connaissez mon amour de la calligraphie, il se loge là aussi… dans ce que l’écriture manuscrite a de beau et de personnel. (Ce que ne permet pas la frappe sur un clavier, qui permet d’autres choses…)

Alors, quand certains pédagogues commencent à envisager l’arrêt de l’apprentissage de l’écriture « manuelle » avec un crayon, au profit unique de l’écriture « mécanique » sur clavier… j’ai beau me dire que l’écriture a toujours eu besoin d’outils, et qu’il est normal qu’ils évoluent, eux aussi… je pense que ce serait vraiment dommage car, comme l’explique Roland Barthes (panneau photographié au charmant musée Champollion de Figeac, dans le Lot – non loin de la châtaigneraie cantalienne, donc)…

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Cette « pratique corporelle de jouissance » me semble plus évidente le crayon ou la plume à la main, dans la trace directe laissée par la pensée ou la sensibilité sur le papier, dans l’infinie nuance possible de la forme des lettres, de la force du crayon sur le papier… que devant un écran d’ordinateur, les mains courant sur le clavier. Mais cela veut simplement dire, sans doute, que je suis née au siècle dernier… !

Et quoi qu’il en soit, les polices proposées par les logiciels de traitement de texte ont beau être nombreuses et variées, elles ne se personnalisent pas (encore) et ne permettent pas qu’on soit soudain, ou longtemps, sous le charme d’une écriture manuscrite, et qu’on la reconnaisse au premier coup d’œil, sur une enveloppe qu’on trouve dans sa boîte à lettres par exemple…

(… et sans aller jusqu’à la perfection graphique du calligraphe Hassan Massoudy, bien sûr – photo prise dans les collections permanentes du musée de la Poste à Paris)

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(photos de l’auteur)

Jetée à l’encre


01 Mar

Vous aussi, vous êtes fasciné par la calligraphie, les alphabets, la belle écriture, le geste juste ? Alors, regardez cette vidéo, deux minutes trente de bonheur…

Ça paraît tellement facile, le geste est fluide, et le résultat si harmonieux et équilibré.

(Vous pouvez aller faire un tour sur le site de l’artiste, Sebastian Lester : http://www.seblester.co.uk/)

Alors, j’ai décidé d’essayer, j’ai acheté un petit cahier de calligraphie romaine (faut bien commencer par un bout), quatre plumes d’épaisseur différentes, et j’ai ressorti ma bouteille d’encre, mon porte-plume et mes buvards.

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Je vais commencer par la capitale romaine…

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… puis la cursive romaine…

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Et on verra plus tard pour la quadrata et la rustica.

Souhaitez-moi bonne chance, et patience, et attention…

(photos de l’auteur)

Verdier la magnifique


10 Fév

J’ai vu (sur mon ordinateur, en différé grâce au système Pluzz.fr qui permet de revisionner pendant une semaine les émissions de France Télévision ratées lors de leur diffusion… très pratique quand on est plus devant son écran d’ordi que de télé, comme moi), le numéro du magazine « Empreintes »,  le documentaire de Mark Kidel, consacré à la peintre Fabienne Verdier.

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Si vous avez  suivi ce blog, vous savez depuis le « Japanese trip » que j’aime la calligraphie (voir les posts « Les outils du calligraphe », « Le calligraphe et le jardinier », et plus récemment, « A même la peau »).  Je me demande donc comment son travail m’a jusque-là échappé.

Fabienne Verdier, donc, est née en 1962. A vingt ans, alors qu’elle est une élève brillante des Beaux-Arts de Toulouse,  elle décide de partir en Chine pour y apprendre la calligraphie. Elle débarque dans le Sichuan et partage la vie très spartiate des étudiants chinois, découvre et subit  la méfiance et la surveillance constante des cadres du parti, la difficulté de communiquer avec ceux dont elle est pourtant venue recevoir l’enseignement, les lettrés, peintres, calligraphes, eux-mêmes surveillés et critiqués depuis la Révolution culturelle pour leur maîtrise d’un art qui ne répond pas aux codes du réalisme socialiste. Elle réussit à rencontrer et à bénéficier de l’enseignement de quelques vieux maîtres. Elle reste en Chine dix ans.

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Elle a écrit son séjour dans son livre « Passagère du silence: dix ans d’initiation en Chine »  paru en 2005.

Depuis, elle travaille, peint en France et ses œuvres sont reconnues, exposées à Beaubourg ou au musée Cernuschi à Paris ou à la fondation H. Looser à Zurich.

Il y a ses œuvres, donc. Qui sont, on ne s’en rend peut-être pas compte ici, des grands, des très grands formats, rien à voir avec une feuille de papier A4. Quelques exemples. Celle-là, en noir et gris.

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Celle-là outre qu’elle est plus colorée, elle est plus rythmée, plus énergique.

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Et celle-ci, en gris, noir et orange (des couleurs que j’aime).

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Et les autres… Magnifiques. Comme est magnifique la peintre, dans son atelier, aux prises avec ses instruments, dont elle a « bricolé » quelques parties elle-même pour parvenir à la fluidité de mouvements qu’elle souhaite, eux-mêmes au service du rendu qu’elle cherche.

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Énergie, regard, concentration, recherche, exigence, rapidité d’exécution, comme une spontanéité longtemps préparée…

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… pour parvenir à des résultats magiques…

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Et puis il y a son atelier…

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Ses objets…

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Ses carnets…

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Et il y a ce qu’elle dit, par exemple les dernières phrases du documentaire, que j’ai notées à la volée : « Quand je peins un arbre, je deviens arbre ; quand je peins l’eau, je deviens l’eau ; quand je peins une tectonique ou une tellurique de la montagne, je deviens tectonique… et la chose naît d’elle-même, je la vis intensément, avec mon cœur, et elle apparaît par moments de manière abstraite, de cette manière-là… » « Le peintre est un chercheur. Il a besoin de se retirer du monde pour pouvoir s’extraire du temps des hommes pour rentrer dans celui de la méditation et il n’y a que le silence qui permet ça. »

Découvrez-la, elle, ses peintures, ses livres, son univers. C’est un beau, un très beau voyage.

(photos : Fabienne Verdier ; F. Verdier et son maîtreŒuvre 1 ; Œuvre 2 ; Œuvre 3 ; F. Verdier au travail 1, 2 et 3 ; F. Verdier dans son atelier ; ses objets ; ses carnets)

(Spéciale dédicace : Annie, pour le rappel opportun et le partage)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).