Archive for the ‘photo, art contemporain’ Category

Rond


25 Juil

Une boule de mots…
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Un globe de texte…

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De plus en plus près, un écrit sans début ni fin, sur une surface ronde et accidentée, comme la terre…
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Envie de prendre ce gros ballon entre ses bras, de le soulever et de le laisser s’envoler loin de la pesanteur, avec ses messages et sa belle écriture…

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Un manuscrit rond, léger, aérien, qu’on espère voir rouler dans l’espace avec fluidité…

L’artiste est Jean-Luc Parant. L’œuvre s’appelle « La grosse boule manuscrite », elle date de 2012. Le texte écrit est celui des soixante premières pages du livre Les Très-Hauts, publiés aux éditions Argol. La « grosse boule manuscrite » est visible jusqu’à mi-septembre à l’Ar[t]senal, centre d’art contemporain de Dreux, au nord de l’Eure-et-Loir dans une expositions intitulée « Graphotopophotologies. Parant y expose son travail conjointement avec Jacqueline Salmon.

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Leurs travaux se complètent harmonieusement dans ce lieu calme et lumineux, faisant de cette belle découverte une traversée ponctuée de quelques moments de grâce, pour qui aime l’écriture, la lecture intime des paysages, l’inventivité et l’aspect à la fois ludique et bouleversant des choses…

(photos de l’auteur à l’Ar[t]senal à Dreux. Catalogue de l’exposition « Graphotopophotologies »  de Jacqueline Salmon et Jean-Luc Parant aux éditions Marcel le Poney)

PS. Dans le catalogue de l’exposition, j’ai trouvé cette phrase de Jean-Luc Parant. Elle exprime avec justesse ce que je ressens à propos de la photographie. « La photographie a été inventée pour cadrer le monde à la taille de nos yeux, le fixer et le concentrer sur un tout petit espace, car le monde est trop grand dans une nuit trop noire pour nos mains trop petites. »

Vivian


24 Jan

Jusqu’en juin prochain sont exposées au château de Tours (qui n’a plus grand chose du château originel, en dehors de ses deux tours), dans le cadre du partenariat avec le musée du Jeu de Paume à Paris, des photographies de Vivian Maier.

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Cent vingt épreuves argentiques noir et blanc et couleurs pour rendre compte de l’œuvre de cette artiste, morte dans l’anonymat et la misère en 2009, après une vie consacrée à photographier, lors de son temps libre (elle était gouvernante d’enfants pour gagner sa vie) , les rues des villes américaines (essentiellement New York et Chicago) et leurs habitants, à partir des années 50…

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… avec une prédilection pour les pauvres, les homeless, les marginaux…

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… les travailleurs des rues…

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Ce qui ne l’empêchait pas de saisir aussi des moments de bonheur.

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Mais ce qui m’a le plus émue, ce sont ses autoportraits, dans les reflets des miroirs… carrés…

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… ou ronds…

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… sur les jantes des voitures…

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… les rétroviseurs…

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… ou les vitrines des magasins…

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Cette obsession à saisir sa propre image est troublante. Comme si elle devait se persuader de sa propre existence et en garder une trace, elle qui était plus que solitaire et dont on sait si peu de choses. Elle dont les 120 000 prises de vues ont été découvertes par hasard par un collectionneur qui a fait reconnaître son œuvre, qui s’inscrit dans la lignée de la Street photography.

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Une reconnaissance tardive dont on espère, sans en être tout à fait sûr, qu’elle lui ferait plaisir…

(photo 1 de l’auteur. Les photographies n’étant pas autorisées dans l’exposition, les clichés reproduits proviennent de deux livres :

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et

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… dont la consultation est libre à l’entrée de l’expo. Site de l’exposition sur le celui du Jeu de Paume).

Ajout : voir la courte vidéo de Brigitte Ollier sur le site de Libé,  « Vivian Maier ne fait pas des autoportraits pour s’admirer », qui décrypte la photo qui figure sur l’affiche de l’exposition, que l’on peut voir sur la première photo du post.

Résistance


22 Jan

J’ai beau vouloir échapper au diktat de l’actualité, parfois elle me rattrape. Et une image captée au coin d’une rue du Paris devient un symbole.

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Août 2001, après l’arrivée tardive du vol Paris-Damas qui ne nous a pas permis d’arriver suffisamment tôt à l’hôtel pour bénéficier d’une chambre, nous avons dormi sur le toit, à la belle étoile. J’ai donc été réveillée vers 5 heures du matin par le chant du muezzin, dont la puissance et la poésie étaient démultipliées par les hauts-parleurs, appelant les croyants à la prière et les infidèles – dont j’étais et je suis  toujours – à l’émerveillement de l’aube qui se lève sur les toits enchevêtres d’une ville du Moyen-Orient.

Plus tard, il y a eu les splendeurs de la Mosquée des Omeyyades, les ruelles du souk, l’extrême gentillesse et la bienveillance des Syriens, leur courtoisie. Puis plus loin, l’oasis de Palmyre et le fantôme de sa reine Zénobie, ses ruines splendides sur fond de désert, celles de Bosra plus au sud, le souvenir des croisades au Krak des chevaliers, les ruines du monastère de saint-Siméon près de la frontière turque. La chaleur écrasante, l’odeur de laurier du savon d’Alep dans les souks de la ville, la lumière, la beauté de cette civilisation millénaire et citadine, les minarets. Le chant du muezzin le jour, la nuit, cinq fois par vingt-quatre heures.

Nous ignorions que les attentats de septembre allaient faire de nous les derniers touristes de Damas.

Alors, pour mes soeurs et  frères syriens, ce soir, une pensée.

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(photos de l’auteur.)

Extases


05 Nov

Un dimanche de début octobre, je suis allée au Prieuré Saint-Cosme, à La Riche, qui est un faubourg de Tours (je trouve ce terme désuet plus agréable que « banlieue », non ?).  C’est dans les ruines de son église que repose le poète Pierre de Ronsard.

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Bel endroit, au jardin couvert de roses au printemps (« Mignonne… »). J’y allais voir, non pas la rose, mais l’exposition d’Ernest Pignon-Ernest (il était temps, c’était le dernier jour) intitulée « Extases », huit représentations de saintes, exprimant leur relation au sacré et leur « extase » au sens mystique…

Ernest Pignon-Ernest, qui est un artiste plasticien né en 1942, a été un des pionniers de l’art urbain en France (voir son site ici). Au Prieuré, il a installé ses œuvres dans le beau réfectoire construit au XIIe siècle et restauré après-guerre.

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Portraits de saintes célèbres, Marie Madeleine, Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne… ou moins connues, Angèle de Foligno, Marie de l’Incarnation… ayant en commun d’avoir laissé dans leurs écrits une description de leurs « extases » divines.

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Huit femmes représentées dans une nudité simplement couverte de vêtements drapés, dans des moments d’abandon, d’exaltation, le corps tourmenté, presque torturé parfois, ou au contraire offert… ce qui n’est pas sans rappeler bien sûr un type d’abandon qu’on peut qualifier de moins spirituel, mais en est-on certain ?

Il faudrait détailler chaque portrait… Ici, celui d’Angèle de Foligno, ma préférée.

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Les oeuvres étaient posées sur un sol recouvert d’eau qui les reflétaient délicatement…

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… et elles s’harmonisaient avec le beau réfectoire qui les accueillait, notamment avec  la « chaire du lecteur »… avec une oeuvre seule…

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… ou plusieurs…

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Étonnante et très belle exposition, dont le thème interroge, dérange presque, parfois, mais dont on ressort étrangement apaisé, comme si les extases de ces femmes, leur exaltation, leur soif d’absolu, nous avaient été rendues plus proches, presque plus compréhensibles par le travail de l’artiste, et ce qui s’en dégage de force et d’harmonie…

(photos de l’auteur)

La liberté de l’escargot


11 Juin

Lors de mon dernier séjour à Paris début mai (période tendinite !), j’avais fait un saut (en boitillant) au musée de la Poste, pour voir une expo qui s’est révélée être beaucoup plus petite que ce à quoi je m’attendais, elle était installée dans la dernière salle des collections permanentes. Son nom ?

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« La logique de l’escargot »… je vous donne l’idée : l’artiste a écrit des lettres (et surtout en a reçues), pris des photos, enregistré des sons, dans chacun des 20 arrondissements de Paris  – qui est la ville où elle vit, puis elle a agrandi le cercle et a continué cette correspondance dans 20 villes européennes dans lesquelles elle est du coup passée…

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… en suivant cette stratégie de spirale…

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Une vitrine par arrondissement (ou presque) et une vitrine par ville traversée, présentant les lettres reçues et de certains objets trouvés sur place, caractéristiques de la ville en question… belle réalisation, dont on trouve une explication plus complète sur le site de l’artiste Anne Calas. Mais j’en reste à l’escargot et à sa stratégie…

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… développée par les correspondants de l’artiste…

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… de manière souvent pertinente…

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Oui, comment sortir de la logique de l’escargot ?

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Peut-être en ne cherchant pas à la comprendre, justement, et en la retrouvant partout, comme ici, dans le Somerset, plus précisément à Glastonbury (voir « Avalon »), dans le jardin du Chalice Well (du puits du calice… on est bien à l’endroit où certains situent l’emplacement où est caché le saint Graal)…

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… ou en prêtant attention, quand on le croise  dans un jardin, sur la marche d’une terrasse, comme dimanche près de Tours (la photo est assez ratée, mais je ne vais pas vous coller la photo d’un escargot quelconque, on parle bien de celui-là), à ce petit gastéropode, dont j’aime de plus en plus la lenteur, les antennes, la coquille, tous ces symboles d’un voyageur qui n’a besoin de rien d’autre que de lui-même finalement… et donc, sa logique…

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… en spirale – (mais l’escargot, contrairement au dessin de sa coquille, va droit devant lui, non ? )

(photos de l’auteur)

Verdier la magnifique


10 Fév

J’ai vu (sur mon ordinateur, en différé grâce au système Pluzz.fr qui permet de revisionner pendant une semaine les émissions de France Télévision ratées lors de leur diffusion… très pratique quand on est plus devant son écran d’ordi que de télé, comme moi), le numéro du magazine « Empreintes »,  le documentaire de Mark Kidel, consacré à la peintre Fabienne Verdier.

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Si vous avez  suivi ce blog, vous savez depuis le « Japanese trip » que j’aime la calligraphie (voir les posts « Les outils du calligraphe », « Le calligraphe et le jardinier », et plus récemment, « A même la peau »).  Je me demande donc comment son travail m’a jusque-là échappé.

Fabienne Verdier, donc, est née en 1962. A vingt ans, alors qu’elle est une élève brillante des Beaux-Arts de Toulouse,  elle décide de partir en Chine pour y apprendre la calligraphie. Elle débarque dans le Sichuan et partage la vie très spartiate des étudiants chinois, découvre et subit  la méfiance et la surveillance constante des cadres du parti, la difficulté de communiquer avec ceux dont elle est pourtant venue recevoir l’enseignement, les lettrés, peintres, calligraphes, eux-mêmes surveillés et critiqués depuis la Révolution culturelle pour leur maîtrise d’un art qui ne répond pas aux codes du réalisme socialiste. Elle réussit à rencontrer et à bénéficier de l’enseignement de quelques vieux maîtres. Elle reste en Chine dix ans.

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Elle a écrit son séjour dans son livre « Passagère du silence: dix ans d’initiation en Chine »  paru en 2005.

Depuis, elle travaille, peint en France et ses œuvres sont reconnues, exposées à Beaubourg ou au musée Cernuschi à Paris ou à la fondation H. Looser à Zurich.

Il y a ses œuvres, donc. Qui sont, on ne s’en rend peut-être pas compte ici, des grands, des très grands formats, rien à voir avec une feuille de papier A4. Quelques exemples. Celle-là, en noir et gris.

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Celle-là outre qu’elle est plus colorée, elle est plus rythmée, plus énergique.

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Et celle-ci, en gris, noir et orange (des couleurs que j’aime).

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Et les autres… Magnifiques. Comme est magnifique la peintre, dans son atelier, aux prises avec ses instruments, dont elle a « bricolé » quelques parties elle-même pour parvenir à la fluidité de mouvements qu’elle souhaite, eux-mêmes au service du rendu qu’elle cherche.

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Énergie, regard, concentration, recherche, exigence, rapidité d’exécution, comme une spontanéité longtemps préparée…

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… pour parvenir à des résultats magiques…

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Et puis il y a son atelier…

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Ses objets…

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Ses carnets…

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Et il y a ce qu’elle dit, par exemple les dernières phrases du documentaire, que j’ai notées à la volée : « Quand je peins un arbre, je deviens arbre ; quand je peins l’eau, je deviens l’eau ; quand je peins une tectonique ou une tellurique de la montagne, je deviens tectonique… et la chose naît d’elle-même, je la vis intensément, avec mon cœur, et elle apparaît par moments de manière abstraite, de cette manière-là… » « Le peintre est un chercheur. Il a besoin de se retirer du monde pour pouvoir s’extraire du temps des hommes pour rentrer dans celui de la méditation et il n’y a que le silence qui permet ça. »

Découvrez-la, elle, ses peintures, ses livres, son univers. C’est un beau, un très beau voyage.

(photos : Fabienne Verdier ; F. Verdier et son maîtreŒuvre 1 ; Œuvre 2 ; Œuvre 3 ; F. Verdier au travail 1, 2 et 3 ; F. Verdier dans son atelier ; ses objets ; ses carnets)

(Spéciale dédicace : Annie, pour le rappel opportun et le partage)

A même la peau


25 Jan

Je vous ai déjà parlé brièvement sur ce blog d’un de mes films préférés (un de mes 5 films préférés, et croyez-moi, ou plutôt faites l’exercice, il est difficile – quand on aime le cinéma, du moins !- de faire cette liste…), voir le post « Les outils du calligraphe » : « The Pillow Book », de Peter Greenaway, sorti en 1996.

Un film qui mêle trois des éléments que j’aime le plus au monde : l’écriture, dans ce qu’elle a de plus esthétique et aussi de plus physique, la calligraphie ; l’Asie, et plus précisément le Japon, et ses raffinements, ses traditions, ses idéogrammes et ses cruautés ; et le corps, désiré et désirant et ici aussi support à l’écriture et à ses beautés.

C’est un film qui me bouleverse et me touche à chaque vision (critère important pour faire partie du club des 5 films préférés !). Des premières images, de Nagiko enfant, écoutant l’histoire de l’origine de l’homme que lui raconte son père en écrivant sur son visage les idéogrammes correspondants…

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… à celles où elle cherche quelqu’un qui sera capable d’écrire sur sa peau avec autant de justesse…

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… puis au moment où elle décide d’écrire elle-même sur la peau des autres…

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Toutes ces images ne sont là que pour vous donner une idée de la splendeur visuelle du film (à laquelle on peut être complètement étanche, j’en connais !), et elles ne racontent bien sûr pas le cœur de l’histoire de Nagiko.

Ce rappel donc pour vous redire à quel point je suis toujours touchée quand il s’agit d’allier le pinceau et la peau et de tracer des signes sur l’enveloppe de nos corps.

Un des projets de Lionel Bayol-Thémines, sa série « Dédipix to futur » de 2011, m’a donc immédiatement tapé dans l’oeil et émue. Vous allez comprendre : une citation, la première est de René Char, un crayon, un corps, et le corps parle, aussi avec ou sans ses vêtements, et bien sûr, un appareil-photo, et un oeil…

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Une citation de Leonard de Vinci…

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Une de Gabriel Matzneff…

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Jacques Derrida…

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Une citation sans auteur, sans doute une phrase du photographe lui-même… Oui, « tout est permis en dedans »…

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On est loin de la sophistication et de l’esthétique de la calligraphie japonaise, on est loin du romanesque (je repense à cette phrase qui est écrite et prononcée par deux héroïnes de Truffaut, dans deux de ses films, « Jules et Jim » et « Les Deux Anglaises et le Continent » : « Ce papier est ta peau, cette encre est mon sang, j’appuie fort pour qu’il entre ».) . Mais même dans ce contexte, plus « brut », presque politique, cette idée et cette vision des mots à même le corps, d’écriture sur la peau, m’émeut, et il me semble que le message que la photo véhicule prend un sens beaucoup plus fort. Et plus intime.

Parce que, sans doute aussi, citation d’Eric Fottorino, la peau se souvient.

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Vous pouvez aller sur le site de l’artiste : vous trouverez bien une citation, une photo, un corps, et le mariage des trois, qui vous toucheront…

(Photos de « The Pillow Book » extraites du tumblr The Pillow Book ; Photos « Dédipix to futur » : site de Lionel Bayl-Themines. Un e-book des photos est même téléchargeable ici, merci à l’artiste).

Fondu dans le décor


23 Jan

Vous vous souvenez de mon post récent sur l’expo de street art au musée de la poste, notamment sur un artiste dont j’avais aimé le travail, Rero ? (voir le post  « Art des rues ».)

Une de ses créations…

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Ce matin, magie du réseau et des infos qui circulent plus vite que la lumière, j’ai vu qu’il avait travaillé il y a quelques jours pour une performance avec un autre artiste que j’aime beaucoup, le chinois Liu Bolin, l’homme qui se fond littéralement dans le décor…

Quelques photos de lui, Liu… enfin, au début, on ne le voit même pas… ici, fondu dans le « nid d’hirondelle », le stade qui a accueilli les JO de Pékin…

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Ou ici, dans les rayons de sodas d’un supermarché…

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Dans une forêt…

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Si vous voulez voir plus d’exemples, allez par exemple sur le site fubiz… ça vaut le coup d’oeil.

Et donc, ce matin, je vois :

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Le texte complet en anglais : Everyone has the right to freedom of opinion and expression ; this right includes freedom to hold opinions without interference and to seek, receive and impart information and ideas through any media and regardless of frontiers. Autrement dit : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » C’est l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, de 1948.

… Un artiste chinois qui se fond dans cette réaffirmation du caractère inaliénable de la liberté de pensée, d’opinion et d’expression, l’idée est belle, non ? Mais la manière de travailler de Rero , cette barre qui figure dans les textes qu’il sélectionne et reproduit, oblige à un léger recul : et si tout ça n’était que des mots…?  et si au contraire, l’homme et la réalité finissaient par avoir moins d’importance que les principes énoncés, surtout s’ils sont bafoués ? Vertige devant les différentes interprétations possibles de cette image…

Je vous laisse méditer…

Et pour ceux que la réalisation en elle-même fascine, comme moi, voici la vidéo de la performance, issue de la page « Dailymotion » d’Actuphoto, qui inclut aussi des interviews des artistes :

http://www.dailymotion.com/video/xwy37w

(Photo 1 de l’auteur ; photos 2,3,4 ; photo 5)

Art des rues


13 Jan

Musée de la Poste, expo sur le street art. Plusieurs artistes que je ne connaissais pas (en fait, j’en connais peu, en dehors Bansky ou Miss.Tic…).

L’Atlas, au graphisme géométrique, noir et blanc (j’avais d’abord écrit noir et vlan, et il y a de ça), et dense… Je crois qu’il appelle ces œuvres des cryptogrammes (on peut voir son travail ici).

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… Et ses labyrinthes (celui-ci assez semblable à celui qui figure dans la nef de la cathédrale de Chartres), qui renvoient à nos propres complications.Et au chemin parfois tortueux, parfois simple, que nous avons à faire pour en sortir (ou pour arriver au cœur du problème et nous apercevoir qu’il n’y en a pas, de problème).

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Et Rero, dont j’ai aimé les messages barrés,  ces phrases qui apparaissent sur nos écrans numériques sans qu’on en comprenne le sens ou qu’on le cherche, ces messages barrés qui permettent de prendre cette petite distance elle-même génératrice de respiration et d’interrogation…

Page non trouvée…

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Image non disponible…

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Et ce petit détournement du copyright, fort à propos au moment où des gens bien-pensants défilent dans les rues de Paris pour dire qu’ils ne sont pas d’accord pour que tout le monde ait les mêmes droits qu’eux…

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On peut voir les autres travauxde Rero  ici.

Aussi, mais il est plus connu : Shepard Fairey, alias Obey. Inutile de revenir sur la pertinence du message de George Orwell, en ces temps de surveillance numérique constante (à ce propos, j’ai vu l’excellente conférence d’Eben Moglen à Re:publica intitulée « Pourquoi la liberté de penser exige des médias libres ».  Il y énonce notamment ce parallèle, particulièrement parlant pour nous, la dernière génération à avoir grandi sans le Net : « Auparavant, nous consommions les médias ; maintenant, ce sont les médias qui nous consomment »… pour explications et développements, voir l’intégralité de la conférence, qui se trouve facilement… sur le Net ! par exemple ici).

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Et un dessin, que je trouve émouvant par sa fragilité, de Gérard Zlotykamien, un des pères de l' »art urbain » en France…

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Ces artistes sont des vigies qui veillent sur la ville (et quand je dis « la ville », ce n’est pas Paris, c’est la ville en général !). Ils nous permettent de la voir autrement ; leur travail nettoie notre regard, et l’ouvre à l’inhabituel, et au nouveau, à l’intérieur même du quotidien le plus banal. « Bien vu ».

(Photos de l’auteur)

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Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).