Archive for mars, 2013

Passage


31 Mar

Je suis passée à la cathédrale Saint-Gatien, en cette veille de Pâques, qui demain célébrera la victoire de la vie sur la mort, du printemps sur l’hiver, de la foi sur le doute. J’ai regardé vers le haut, vers le haut du chœur, plus précisément celui de l’abside (j’apprends des noms et des notions d’architecture depuis que j’ai commencé cette rubrique !).

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Le chœur a été construit de 1236 à 1270, et c’est, nous dit-on, un des plus beaux exemples de l’architecture du XIIIe siècle, gothique donc, ce qui est net avec sa belle voûte en croisée d’ogives. Je me suis demandé quelle était sa hauteur, j’ai trouvé quelques chiffres, je vous les livre, on n’aura plus à y revenir !

La cathédrale fait dans son entier 100 mètres de longueur. Elle fait 28 mètres de large, et 46 avec le transept. La hauteur sous les voûtes est de 29 mètres (par comparaison, 37 mètres à Chartres). La tour nord fait 68 mètres de haut, et la tour sud 69.

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Le chœur de Saint-Gatien est aussi connu pour son ensemble de vitraux, « complet, intact, multicolore, très varié ». Et de fait, même avec la pâle lumière déprimante de ce samedi, les vitraux éclairaient le chœur et l’illuminaient doucement. Et le linge qui recouvrait la croix, qui m’a surprise sur le moment, mettait une tache de couleur rouge dans cet atmosphère majoritairement bleue et beige.

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Le choeur vu de l’entrée de la nef.

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Même si on est loin de sentir dans l’air l’allégresse des débuts du printemps, Pâques est symboliquement une belle fête, et j’avais envie, en passant dans cette cathédrale et en levant les yeux vers le chœur et le haut, de saluer un peu, à ma manière, l’idée du « passage » (étymologie d’origine juive du mot « Pâques »).

(photos de l’auteur)

PS. Je m’aperçois que c’est mon troisième post où il est question de « passage(s) » dans le titre et le texte… après « Passages » (au pluriel) de janvier dernier, et « Traces de passage » sur cet étonnant restaurant à Nikko au Japon… il faut peut-être que je m’interroge…

Le facteur chance


29 Mar

Être là, au bon moment, au bon endroit. Voir le poudroiement des nuages bas sur les cimes, la fin du jour, puis soudain, l’incendie de la lumière, très haut sur la montagne, qui gagne, au moment de disparaître, dans un ultime flamboiement. Et impose délicatement le silence du ravissement contemplatif.

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Et avoir en tête, sans raison apparente, cette expression charmante qui juxtapose deux éléments fondamentaux pour en créer un troisième, plus aventureux, plus hasardeux :  au petit bonheur la chance.

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Au petit bonheur la chance, oui, parfois.

Bande-son : Maissiat, « Tropiques » (« Des jours meilleurs/des jours d’hiver/Comme une ode à la nuit/Comme une audace, une délivrance/une folie ordinaire/un facteur chance… »)

(photos de l’auteur : massif face au village de Hauteluce (qui porte bien son nom, donc), Beaufortain, Savoie)

Manuscrits


26 Mar

J’étais samedi au Salon du livre de Paris. J’ai traîné sur les stands de mes éditeurs préférés (Minuit, Autrement, Philippe Picquier, Actes Sud…),  dans les allées, beaucoup moins encombrées par la foule, des éditeurs qui se spécialisent dans les « livres d’artistes », sur les « plates-formes » des éditeurs régionaux, qui font souvent un travail de défrichage remarquable… et j’ai vu, au milieu de l’immense parc des expositions, cette minuscule exposition du Musée des lettres et des manuscrits. J’ai pris quelques clichés, toujours émue de découvrir les écritures de quelques auteurs que j’aime, ou à défaut que j’ai lus…

L’écriture, un peu en pattes de mouche, d’Albert Camus…

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Celle, plus lisible et plus « début de siècle », de Guillaume Apollinaire…

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Celle, plus ample, de Sacha Guitry…

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Un beau manuscrit de 1935 de Georges Rouault…

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Et l’écriture chaotique de Gainsbourg, une recette avec des truffes…

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Vous connaissez mon amour de la calligraphie, il se loge là aussi… dans ce que l’écriture manuscrite a de beau et de personnel. (Ce que ne permet pas la frappe sur un clavier, qui permet d’autres choses…)

Alors, quand certains pédagogues commencent à envisager l’arrêt de l’apprentissage de l’écriture « manuelle » avec un crayon, au profit unique de l’écriture « mécanique » sur clavier… j’ai beau me dire que l’écriture a toujours eu besoin d’outils, et qu’il est normal qu’ils évoluent, eux aussi… je pense que ce serait vraiment dommage car, comme l’explique Roland Barthes (panneau photographié au charmant musée Champollion de Figeac, dans le Lot – non loin de la châtaigneraie cantalienne, donc)…

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Cette « pratique corporelle de jouissance » me semble plus évidente le crayon ou la plume à la main, dans la trace directe laissée par la pensée ou la sensibilité sur le papier, dans l’infinie nuance possible de la forme des lettres, de la force du crayon sur le papier… que devant un écran d’ordinateur, les mains courant sur le clavier. Mais cela veut simplement dire, sans doute, que je suis née au siècle dernier… !

Et quoi qu’il en soit, les polices proposées par les logiciels de traitement de texte ont beau être nombreuses et variées, elles ne se personnalisent pas (encore) et ne permettent pas qu’on soit soudain, ou longtemps, sous le charme d’une écriture manuscrite, et qu’on la reconnaisse au premier coup d’œil, sur une enveloppe qu’on trouve dans sa boîte à lettres par exemple…

(… et sans aller jusqu’à la perfection graphique du calligraphe Hassan Massoudy, bien sûr – photo prise dans les collections permanentes du musée de la Poste à Paris)

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(photos de l’auteur)

Belgitude


25 Mar

Le 26 mars est une sorte de fête nationale belge, pour un tout petit nombre de personnes, assez concentrée en Touraine, en fait. Alors que pas du tout, la fête nationale belge officielle est le 21 juillet, comme on le voit sur ce panneau d’une librairie rouennaise (on reconnaît en reflet les maisons à colombages normandes) apparemment spécialisée dans la Belgique et ses communautés, qui ont elles-mêmes leur propre fête… (et ne me demandez pas pourquoi une librairie de Rouen est spécialisée en belgitude, je l’ignore…)

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Et à Tours,  tout le monde s’y met, même Bertrand, notre disquaire de « Madison », qui a mis, sans savoir que ça tombait mieux que bien, une pochette d’Arno, le rocker belge, dans sa vitrine !

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Apparemment, c’est la pochette de son tout premier disque, en 1986, il est tout jeunot. Je ne le connais pas beaucoup, mais sa reprise de la chanson du (belge) Adamo « Les Filles du bord de mer » est un must, sa voix est si rocailleuse et son accent si belge, une fois ! Et comble du bonheur, quelqu’un a collé sur la pochette une vignette de Lucky Luke, le cow-boy franco-belge, qui tire plus vite que son ombre et se traîne le chien le plus stupide de l’ouest, l’éberlué Rantanplan…

Car les liens entre la France et la Belgique sont historiques. Et le soutien mutuel entre les peuples aussi, comme on le voit lors d’une manif à Lille en 2012.

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Mais un motif de querelle a longtemps terni cette belle amitié : la frite. Terni au point que parfois des labradors sont déprimés (et un peu aplatis)  sur le bord des fenêtres le long des canaux de Bruges.

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Car si la frite est internationalement connue comme française, la justice, l’histoire et la vérité doivent nous faire reconnaître que la frite est née en Belgique et qu’elle y est incomparablement meilleure (une histoire de pommes de terre et de friture…) que chez nous. Cela n’empêche pas la France d’aimer la frite, de l’avoir adoptée avec passion au point de dispenser…

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… des leçons de frites (nous, Français, sommes des donneurs de leçons, c’est connu !), en 45 tours… évidemment, si on creuse, on découvre que cet enregistrement est offert par « Végétaline »…

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Oublions là cette querelle, et célébrons cette non-fête nationale belge comme il se doit, en entonnant l’hymne à flonflons « La Brabançonne », en nous souhaitant d’être aussi chaleureux, ouverts et drôles que les natifs de ce petit royaume, que l’on remercie par ailleurs de nous avoir offert, entre autres (c’est une sélection personnelle, chacun peut faire la sienne)…

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Et…

neelhe-fête belge (5)… sans oublier…

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… et mon chouchou du moment…

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Qu’ajouter ? Ah si !

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Bande-son : Alain Bashung : « A Ostende » (« A Ostende/j’aime Gibraltar/ces rochers qui s’ingénient/à m’faire du plat/A Ostende/j’tire au stand/je gagne des otaries/La mer se retire/cache ses rouleaux/A l’ombre des digues/elle et moi on s’ennuie/Nos souvenirs font des îles flottantes/A Ostende/j’ai la hantise de l’écharpe qui s’effiloche à ton cou ») et Alain Souchon : « Le baiser » (« La mer du Nord en hiver/sortait ses éléphants gris vert/Des Adamo passaient bien couverts/donnant à la plage son caractère/naïf et sincère/Le vent de Belgique/transportait de la musique/des flonflons à la française/des fancy-fair à la fraise »)

(photos de l’auteur ; Jacques Brel ; Marguerite Yourcenar ; Hergé ; Tintin ; Gaston Lagaffe)

Paris Paris


24 Mar

Pris depuis le pont des Arts : l’île de la Cité, le square du Vert-Galant, le Pont-Neuf, qui se trouve être le plus vieux pont de Paris, les tours de la Conciergerie, la flèche de la Sainte Chapelle, le Palais de justice. A droite, la rive gauche ; à gauche, la rive droite…

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C’était tout début novembre, l’automne, il faisait beau, et doux.

Et ce printemps qui n’arrive pas…

Bande-son : (malgré- ou à cause ?-) des clichés, « Paris Paris », Malcolm Mc Laren and (the queen) Catherine Deneuve.

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(photo de l’auteur)

Les Templiers à Chinon


23 Mar

Chinon est une jolie petite ville aux beaux vestiges médiévaux, qui s’étire le long de la Vienne. Sa forteresse veille sur elle depuis l’éperon rocheux, sur le haut du coteau.

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Pour mémoire, c’est dans les murs de cette forteresse qu’a eu lieu la fameuse entrevue entre Jeanne d’Arc et le dauphin (vous savez, celui qui est « si gentil » et à qui il reste « Orléans-Beaugency-Notre-Dame-de-Cléry-Vendôme… ») et futur roi  Charles VII, en pleine Guerre de Cent Ans, en 1429.

Moins connue, et antérieure, c’est aussi ici qu’a eu lieu une des péripéties de la campagne de dénigrement et d’accusation que menait le roi Philippe le Bel contre l’Ordre du Temple et du bras de fer qui l’opposait au pape Clément V sur ce sujet : y ont été emprisonnés en 1308 Jacques de Molay, grand maître de l’Ordre et soixante et onze autres dignitaires. Le pape qui ne souhaitait pas  sa dissolution avait demandé à les entendre à Poitiers ; mais Philippe le Bel prétexta que les prisonniers étaient trop faibles pour se déplacer ; Clément envoya donc deux cardinaux pour aller les entendre : le document qui est sorti de ces auditions, dit  « le parchemin de Chinon », connu depuis longtemps des spécialistes mais redécouvert et rendu public par le Vatican en 2007,  tendrait à prouver que le pape Clément V avait secrètement absous le dernier maître des Templiers, et les autres dignitaires, des péchés que l’Inquisition médiévale leur avait reprochés et qu’ils avaient reconnus sous la torture (hérésie et idolâtrie, avec force détails…). Cela n’a en rien empêché leur « jugement » et exécution sur le bûcher à Paris entre 1310 et 1313 . Mais ce document prouve que c’est bien Philippe le Bel, le roi de France, et non Clément, le pape, qui a voulu et organisé le discrédit et la destruction de l’Ordre. Et si ça ne change pas le cours de nos vies, eh bien, ça a son importance au regard de l’histoire !

Voici quelques inscriptions sur les murs de la forteresse, gravés au couteau ou même à l’ongle, la pierre de tuffeau étant particulièrement tendre ; elles sont bien sûr beaucoup plus récentes, mais, avec un peu de concentration, qui sait si on ne peut pas sentir l’ombre (bienveillante) des Templiers dans les pièces aux fenêtres étroites ?

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J’aime ces murs historiques…

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… qui ont vu passer des générations de nobles et de manants…

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… qui, tous, comme moi, s’émerveillaient de voir les rais de lumière sur le pavement et les bancs taillées dans les murs des grandes pièces du haut…

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A Chinon, la lumière est douce, même pour des Templiers en sursis…

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… et la vue sur les maisons et la rivière, les cyprès et les vignes, splendide.

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Bande-son : Jean-Louis Murat, « Accueille-moi, paysage » (« Accueille moi paysage /Accueille mon vœu/Fais de moi, paysage/un nuage aux cieux »)

(Photos de l’auteur)

Nils-Udo


22 Mar

J’ai découvert le travail de Nils-Udo lors de l’exposition organisée en 2011 au musée de la Poste à Paris (qui est un musée que j’affectionne, parce qu’il est tout près de Montparnasse, mais surtout parce qu’il donne à voir des expositions bien faites, originales et pas -encore- trop encombrées).

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J’ai surtout aimé ses photographies, et parmi elles, pas les plus connues (la série des nids). J’ai emprunté plus tard un livre de ses œuvres dans une bibliothèque, et j’ai photographié ses photographies. Je vous en livre quelques-unes.

Nils-Udo est un plasticien allemand, qui a aujourd’hui dans les 70 ans. Il a fait partie du mouvement Land Art, mais « s’en démarque en alléguant sa volonté de faire ressortir la vivacité de la nature, et non de l’utiliser » (1).

Et de fait, parmi les photographies de lui qui m’ont le plus touchée, celles qui mettent en lien deux éléments de la nature, l’un fort, l’autre qui semble plus fragile, pour rendre compte de cette union de manière délicate, et harmonieuse.

Ici, la terre, le vent,  la finesse des roseaux, et la figure dynamique du triangle.

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Ici, une construction plus complexe, mais aussi gracile, sur fond de forêt.

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Ici, un très beau travail (il y a en fait une série de photos) sur la force des marées, avec cette construction qui ressemble presque à un autel.

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Ou bien, cette arrivée du soleil dans l’axe d’une sorte de totem, lui-même dans la courbure d’une colline.

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Je trouve ces photos en noir et blanc magnifiques, dans leur conception, leur rendu et leur message, que chacun peut interpréter et comprendre à sa guise. Mais il fait aussi un très beau travail sur les couleurs.

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Délicatesse, graphisme presque, douceur. Et la nature, magnifiée dans ce qu’elle a de plus fragile, de plus éphémère, de plus léger.

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Et pour finir, cette série que j’ai trouvée très belle – même si l’idée n’est pas neuve – dont voici deux exemples.

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Le cycle de la vie, de la jeunesse à la maturité puis la mort, dans sa simplicité. Et son évidence.

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Ce sont des exemples assez succincts et qui ne rendent pas forcément compte de la richesse et de l’harmonie de ces œuvres, assez bouleversantes. Si une expo, ou un livre de Nils-Udo croise votre chemin, arrêtez-vous, regardez ; et vous verrez une forme de beauté à laquelle personne, je pense, ne peut rester insensible.

(1) phrase tirée de l’article de Wikipédia consacré à l’artiste.

(affiche de l’exposition ; photos de Nils-Udo tirée du livre « Nils-Udo, de l’art avec la nature » de Wolfgang Becker, éditions Wienand, 1999)

Bande-son : Jean-Louis Murat, « L’éphémère » , 1991 : « Tout est éphémère/la vie, la terre/les choses vues qui nous ont plu/les papillons, l’hiver/les loups, les cerfs/je ne sais plus…/je parcours les rues du monde disparu/où j’étais volontaire/naguère/non, je ne me souviens plus/de tout ce temps perdu/je me sens éphémère… »

PS. Après Neil Young (sur la chanson « Powderfinger »), Nils-Udo est la deuxième personne dont je parle ici et dont le nom est en résonance avec le mien…

… impudique, la suite


20 Mar

Donc, après ma découverte du bestiaire chimérique,  je rentrais, assez contente, et le nez toujours en l’air, en passant sous les gargouilles de Saint-Gatien, déjà photographiées, et je ne comptais pas en reparler tout de suite… quand la lumière rasante m’a fait m’interroger à nouveau sur un détail… comment dire ? saillant… Vous reconnaissez à droite, en hauteur, avec sa gueule ouverte, notre gargouille impudique… mais vous voyez celle qui est à sa gauche, à la même hauteur ? Oui, au-dessus de la statue de l’évêque ou du saint… il y a un tout petit détail sur le bas de son ventre, éclairé par le soleil…

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Je me suis mise en face, et j’ai zoomé…

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Godverdomme ! me suis-je écriée, en flamand (c’est un des trois mots de cette langue que je connais – juron qui signifie quelque chose comme « Nom de Dieu ! » ou littéralement : « Dieu me damne ! », assez blasphématoire, mais assez approprié à la situation). Car il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je tenais ma seconde (pour le moment !) gargouille impudique ! J’avoue que j’étais assez bluffée, à la fois qu’elle existe, mais aussi qu’elle m’ait échappé. Parce que si vous regardez mon post sur la première, vous verrez que j’ai même photographié les deux gargouilles juste en-dessous d’elle (la seconde) en m’interrogeant sur ce qui se passait réellement entre ces gargouilles et les personnages qu’elles tenaient sous elles, mais sans voir le membre viril épanoui de la gargouille du haut, qui surplombait la scène (je ne tire pas de conclusion sur mes interrogations, mais quand même…).

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A ma décharge (en me relisant, je me rends compte que cette expression dans ce contexte précis est un peu limite…), la seconde est moins visible, à cause des jambes plus resserrées, de la couleur plus sombre de la pierre. Le rayon du soleil, éclairant latéralement le bout de ce détail de sculpture,  m’a bien aidé à le repérer.

Donc, je résume…

Une première gargouille impudique, assez triomphante…

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Une seconde, plus discrète, mais néanmoins indéniable… ça nous fait donc deux gargouilles impudiques, l’une à côté de l’autre, qui veillent de manière très virile sur le sud, qui leur semble apparemment très désirable… et en ces temps d’hiver un peu interminable, on peut les comprendre, de vouloir un peu de la chaleur méridionale… Et les deux évêques  (ils n’ont pas de crosse, mais un bâton, ce sont donc plutôt de saints personnages) qui se situent sous chacune d’elles compensent sans doute par leur grande sagesse la fougue qui les surplombe…

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Quoi qu’il en soit, cette cathédrale Saint-Gatien semble loin de nous avoir livré tous ses secrets…

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D’autres statues, d’autres gargouilles, d’autres détails architecturaux auxquels on ne pense même pas, sans doute…

(photos de l’auteur.)

Smith and Co


19 Mar

Cette semaine, vitrine à thèmes chez Bertrand, le disquaire de « Madison »… Deux thèmes différents et très clairement identifiés.

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D’un côté, le visuel très identifiable, en jaune, noir et rose du seul disque des Sex Pistols, le groupe fondateur du punk rock et ses déclinaisons, y compris française avec sa traduction littérale…

De l’autre, dans une série en diagonale inversée, une variation sur le patronyme « Smith », en commençant en haut par le « Hatful of Hollow » des Smiths déjà évoqué sur ce blog (« There is a light that never goes out »), passant par la bonne tête en noir et blanc d’Elliot Smith, folk singer sympa et plutôt doux…

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… puis par le « Easter » de Patti Smith, on va y revenir…

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… pour finir, en bas, par la démonstration de judo (ou est-ce du karaté ?) de Jimmy Smith…

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Félicitations donc à Bertrand pour l’excellence de sa vitrine, sa belle présentation et ses thématiques…

Et revenons à notre Patti, Smith, of course !

Car cet album « Easter », sorti en 1978, et dont je possède un exemplaire justement en vinyle, outre le fait que la photo qui orne la pochette a fait scandale parce que Patti ne s’était pas rasé l’aisselle et que donc elle mettait à mal l’image de la féminité…

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Cet album, donc, contient un des deux plus grands hits de la chanteuse (l’autre étant, beaucoup plus tard, « People have the Power », sur lequel Darroussin et Catherine Frot dansent un rock endiablé dans « Un air de famille » – est-ce avant ou après que le personnage interprété par Catherine Frot ait éclaté en larmes en déballant son cadeau d’anniversaire, un collier qu’elle croit à destination du chien qu’on vient aussi de lui offrir : « Mais c’est beaucoup trop beau pour un chien ! » – mais je m’éloigne de mon sujet, là)… le hit de l’album « Easter » étant, bien sûr, l’imparable « Because the Night »… L’intro au piano, la voix grave et voilée de Patti, la batterie et la guitare qui déboulent, immédiatement reconnaissables.

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Et hop, j’en profite pour rebondir sur un de mes sujets favoris, mon chouchou à moi : Bruce. Parce que « Because the Night » est une chanson écrite par Springsteen, qu’il a offerte à Patti, et dont celle-ci a fini d’écrire les paroles dans un sens à la fois plus direct et plus féminin  (à l’époque, Bruce écrivait comme un fou plusieurs chansons par jour, et il n’avait pas le temps de toutes les peaufiner…). N’empêche : il la chantera, et la chante toujours dans ses concerts à lui. Comme sur cette vidéo, à Glastonbury en 2009 :

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Vous commencez à le savoir, j’aime Bruce (auquel j’ai consacré un article de la « bande-son », plus précisément à « Thunder Road« ). Mais la version de Patti de cette « Because… » est meilleure, plus sensuelle, plus subtile, tout en rendant avec ardeur le sentiment d’urgence du texte, qui parle de désir.

Take me now baby, here as I am /Pull me close, try and understand
Desire is hunger is the fire I breathe /Love is a banquet on which we feed

« Prends-moi maintenant, chéri, comme je suis /Serre-moi fort, essaie de comprendre
Le désir c’est la faim, c’est le feu que je respire /L’amour est un banquet où nous nous nourrissons »

Come on now and try and understand /The way I feel when I’m in your hands
Take my hand as the sun descends

« Allez, viens, essaie de comprendre /Ce que je ressens quand je suis entre tes mains
Prends ma main, le soleil descend »

They can’t hurt you now
Can’t hurt you now
Can’t hurt you now

« Ils ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant  »

Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us

« Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit appartient au désir
Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit nous appartient »

Et pour vous convaincre du talent de Patti, qui est aussi écrivain (notamment de sa biographie « Just Kids » qui raconte entre autres son amitié avec Robert Mapplethorpe), poète, peintre (elle a fait une expo en 2005 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, intitulée « Land 205 ») et photographe, qui a une passion pour Rimbaud et William Blake dont elle a fait des lectures publiques, qui est engagée politiquement et socialement, bref, qui est une personnalité hors norme… une version acoustique de « Because the Night »,  où elle est juste accompagnée à la guitare.

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Sur cet album, « Easter », d’autres chansons mériteraient qu’on s’y arrête : « Rock’n’roll nigger », « Ghost dance » et surtout le bouleversant « We Three » (Don’t take my hope away from me)..mais à défaut, écoutez ou réécoutez-le et… continuez de danser sur « Because the night »…

(Photos de l’auteur.)

Spéciale dédicace : Irène Smith – qui aimait Patti Smith.

Petit bestiaire chimérique


18 Mar

… Donc, l’autre jour, j’examinais, avec le plaisir qu’on prend à découvrir des détails qu’on n’avait jamais pris le temps de s’arrêter pour voir, les petites sculptures qui ornent le coin de chaque arc de décharge des fenêtres, sur le côté sud de la cathédrale.

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C’est vrai qu’il faut prendre le temps de les remarquer, elles sont assez petites, hautes… par exemple celle de gauche…

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… de plus près, ce qui semble être une sorte de félin, prêt à bondir, l’air un peu halluciné… (j’ai un peu agrandi les photos, pour une meilleure vue des bestioles…)

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Et ces petits monstres (est-ce ce qu’on appelle des chimères en architecture médiévale ?  je ne suis pas certaine, les définitions diffèrent), ces figures grotesques apparaissent presque attendrissantes, parce qu’une sorte de connivence vous lie soudain à elles : vous les avez regardées, et vous les avez vues. Le dragon ailé, plutôt placide me semble-t-il -mais je m’y connais peu en dragons ailés-… (Est-il de la famille de celui qui a été vaincu par saint Michel ? son arrière petit-neveu, peut-être ?)

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Sur la fenêtre suivante…

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… à gauche, une sorte de gros lézard… ou une salamandre (Catherine, au secours, je ne sais toujours pas les différencier!), à moins que ce soit un varan (non, je blague) ou tout simplement, un dragon sans aile, ce qui le rend tout de suite moins noble… Quoi qu’il en soit, pas sympa-sympa…

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Et à droite, un drôle de mammifère (un ours ?) avec la colonne vertébrale bien visible, lui est assez drôle, on dirait qu’il vient de faire une ânerie, et qu’il est monté là pour échapper aux représailles, l’air quand même un peu contrit…

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Et sur la troisième fenêtre décorée de cette manière… un personnage mi-animal, mi-démon…? Plutôt content, lui, d’avoir fait l’ânerie qu’il vient de faire (et s’il est pris la main dans le pot à confitures, il en semble plutôt fier et pas loin de vouloir se délecter aussi de la personne qui les a confectionnées)…

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… et un homme, pas à son aise, qui semble vouloir fuir en escaladant la guirlande de pierre à laquelle il s’agrippe… il tourne résolument la tête du côté opposé à celle de ces bestioles chimériques… et on peut le comprendre, surtout si l’échelle est respectée…

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… Et, à mieux y regarder, il y en des centaines, sur Saint-Gatien, des petites sculptures comme celles-là… De quoi s’émerveiller, et être surpris(e)… Et de quoi se raconter de belles histoires, ou des effrayantes…

(Photos de l’auteur.)

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