Archive for mai, 2014

Escalier


27 Mai

… La photo que je  préfère de ma visite au familistère de Guise (voir « Familistère ») : une vue en contre-plongée (le terme semble un peu emphatique…) d’un des escaliers qui relie les différents étages du bâtiment principal du Palais social.

neelhe-familistère Guise (13)

Trajet en coquille d’escargot (voir « La liberté de l’escargot »), décor de film se déroulant dans un 36, quai des Orfèvres lumineux ou au bout de la salle des Pas perdus (j’adore ce nom) d’un grand tribunal, décor kafkaïen d’un bâtiment administratif labyrinthique… L’ensemble du Familistère serait d’ailleurs un décor rêvé pour le tournage d’une histoire en cinémascope (je sais, ça n’existe plus) ou en vidéo… ce qu’on déjà fait, mais en bande dessinée, les auteurs de « De briques et de sang », David François et Régis Hautière, dont l’histoire se déroule à Guise entre 1914 et 1936.

Je vous laisse rêver…

(photo de l’auteur)

Familistère


22 Mai

Le familistère de Guise dans l’Aisne (voir « Centenaire ») est un haut lieu de l’histoire économique et sociale du XIXe et XXe siècles, nous dit notre ami Wikipédia.

A première vue, c’est un ensemble de bâtiments en brique rouge (on est en Picardie, pas très loin de la Belgique, et du Nord), dont l’essentiel s’articule autour d’une grande place au milieu de laquelle trône une statue : celle du fondateur. Jean-Baptiste André Godin.

neelhe-familistère Guise (34)

Godin est le fondateur de la société des poêles en fonte qui porte son nom : les fameux poêles Godin, dont voici un des (très) nombreux modèles.

neelhe-familistère Guise (8)

Sa tête ? (pas rigolard sur ce cliché, je vous l’accorde…)

neelhe-familistère Guise (7)

Ses idées, à la base de la fondation du familistère ?

neelhe-familistère Guise (6)

Vous commencez à voir ?

Né en 1817, Godin apprend très jeune le travail des métaux (son père est serrurier), et fait pendant deux ans, en compagnie d’un de ses cousins, le Tour de France des compagnons. Il découvre à cette occasion la misère de la vie des ouvriers. Revenu dans sa ville natale, il  dépose en 1840 un brevet pour la fabrication de poêles en fonte et fonde une petite manufacture. Il découvre en parallèle les écrits de Charles Fourier, le philosophe français inventeur du concept de phalanstère. En 1946, il installe à Guise sa manufacture d’appareils domestiques. En 1887, l’usine emploie 1 526 employés.

Je copie ici le paragraphe de Wikipédia qui concerne la présentation de l’idée du familistère : « Sensible à l’idée de la redistribution des richesses industrielles aux ouvriers, il souhaite créer une alternative à la société industrielle en plein développement à son époque, et offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois pouvaient alors bénéficier.

À partir de 1859, il entreprend de créer un univers autour de son usine de Guise, le familistère, dont le mode de fonctionnement peut être considéré comme précurseur des coopératives de production d’aujourd’hui. Il favorise le logement en construisant le Palais social (logements modernes pour l’époque), des lavoirs et des magasins d’approvisionnements, l’éducation en construisant une école obligatoire et gratuite, les loisirs et l’instruction avec la construction d’un théâtre, d’une piscine et d’une bibliothèque. Tous les acteurs de l’entreprise avaient accès aux mêmes avantages quelle que soit leur situation dans l’entreprise. La construction du Familistère de Guise s’étend de 1859 à 1884. Au cours de cette période, l’activité de la manufacture se développe considérablement pour employer jusqu’à 1 500 personnes. »

Reprenons :

Le familistère comprend plusieurs ensembles de bâtiments : le Palais social, formé d’un pavillon central encadré par deux ailes de taille un peu plus modeste, destiné à l’habitation (plus le pavillon Cambrai, situé à l’écart du Palais social en face de son aile droite, lui aussi destiné à l’habitation. C’est le bâtiment le plus tardif, construit en 1883).

neelhe-familistère Guise (2)

… le bâtiment des économats (où les habitants pouvaient s’approvisionner en produits frais à prix avantageux car négociés), en face de l’aile gauche du Palais social.

neelhe-familistère Guise (33)

… le bâtiment des écoles et du théâtre, en face du pavillon central du Palais social.

neelhe-familistère Guise (35)

… la buanderie, les bains et la piscine, situé sur l’autre rive de l’Oise, du côté de l’usine.

neelhe-familistère Guise (11)

Godin a une idée que je trouve très pionnière : il pense qu’on doit améliorer les conditions de vie des familles ouvrières, en leur apportant les « équivalents de la richesse ».

« Cette expression désigne l’ensemble des conditions de confort, de salubrité, d’enrichissement culturel que la bourgeoisie s’offre par l’argent et que les « Familistériens » pourront s’offrir désormais par la coopération. Hygiéniste convaincu, Godin inclut dans ces « équivalents de la richesse » tout ce qui garantit la salubrité du logement. La luminosité des appartements, la circulation de l’air, l’accès à l’eau potable à chaque étage sont des éléments fondamentaux que garantit l’architecture particulière des bâtiments. » Ici, la cour intérieure (et couverte par une magnifique et gigantesque verrière) du bâtiment central du Palais social :

neelhe-familistère Guise (3)

Vue d’une des coursives :

neelhe-familistère Guise (20)

Il faudrait détailler l’intelligence et le soin avec lequel ces bâtiments ont été pensés, conçus et construits. Ici, l’intérieur d’un logement (tous modulables en fonction du type de famille qui l’occupait) :

neelhe-familistère Guise (26)

Vous voulez des chiffres ? (merci encore, Wikipédia) 30 000 m2 de surfaces sont offerts par l’ensemble des trois pavillons. 1 kilomètre de coursives parcourt les trois pavillons du Palais.1 748 personnes habitent au Familistère en 1889. 495 appartements sont aménagés dans l’ensemble des cinq pavillons du Familistère avant 1918.

neelhe-familistère Guise (23)

« Le soin du corps est également assuré par la création d’une buanderie, située près du cours d’eau, dans lequel on lave et sèche le linge (évitant ainsi les odeurs d’humidité dans les logements), et comportant également des douches et une piscine (au plancher mobile, pour permettre aux enfants d’y nager en toute sécurité) dont l’eau, provenant de l’usine toute proche où elle a servi à refroidir les tuyaux, arrive à parfaite température. » La piscine :

neelhe-familistère Guise (12)

On trouve aussi un gymnaste, un club d’archers, un jardin d’agrément (qui a été réaménagé), un potager…

Au Familistère, l’école est obligatoire jusqu’à 14 ans (la loi de cette époque autorise le travail des enfants à partir de 10 ans) : elle est laïque, et fait remarquable pour l’époque, mixte (l’école est toujours en activité dans les mêmes locaux).

neelhe-familistère Guise (39)

Il existe une nourricière et une pouponnière, sorte de crèche avant l’heure.

On y trouve bien sûr une bibliothèque et (oui, messieurs-dames) un théâtre…

neelhe-familistère Guise (1)

… une fanfare, et un kiosque à musique….

Les salaires étaient de 30 % plus élevés que dans les autres fabriques du même secteur à la même époque. Il existait aussi un système de protection sociale basés sur des caisses de secours protégeant contre la maladie, les accidents du travail et assurant une retraite aux plus de 60 ans.

Vous voulez des visages, maintenant, pour donner aux chiffres plus de réalités ? En voici quelques-uns.

neelhe-familistère Guise (22)

Une « utopie réalisée » ? Sans aller jusqu’à l’enthousiasme béat, force est de constater que Godin avait des idées, certaines très en avance sur son temps (notamment l’égalité, non seulement entre classes sociales mais entre hommes et femmes) et la volonté de les appliquer. Toute création est critiquable, et la sienne le fut, autant par les tenants du socialisme scientifique ou ceux du socialisme révolutionnaire que par la droite conservatrice et libérale.

N’empêche. « Après la mort de Godin en 1888, l’Association continue de fonctionner. Prospère notamment grâce au renom de la marque « Godin », l’entreprise se maintient parmi les premières du marché jusqu’aux années 1960.  » Malgré les difficultés liées au manque d’initiative et d’esprit d’innovation des successeurs, ce n’est qu’en 1968 que l’entreprise, mal en point financièrement, se transforme en société anonyme. La marque Godin appartient aujourd’hui aux cheminées Philippe.

Les logements quant à eux ont été vendus en 1968. Quelques anciens Familistériens y vivent toujours. Classés « Monuments historiques » en 1990, les bâtiments font depuis 2000 l’objet d’une restauration d’ampleur. Ils se visitent en partie aujourd’hui. Bel héritage.

Et une sacrée leçon d’histoire, dont on ferait bien de s’inspirer davantage. Non ?

neelhe-familistère Guise (9)

(photos de l’auteur. Sources et citations : la visite sur place, merci à notre guide. Wikipédia, articles sur Godin et le Familistère)

PS. Godin, ce n’était pas que le fameux poêle. C’était aussi des cuisinières… qu’on devine très solides…
neelhe-familistère Guise (16)

… des chaufferettes…
neelhe-familistère Guise (17)

… tous sortes d’objets en fonte servant à la diffusion de la chaleur…

Centenaire


21 Mai

J’ai passé deux jours dans le département de l’Aisne, à l’angle nord-est de la France, à l’autre bout de la Picardie par rapport à la baie de Somme (voir « L’autre baie » et « L’autre baie, deuxième »). C’est une terre d’Histoire, notamment celle, centenaire, de la guerre 14-18. On y trouve entre autres le Chemin des Dames, nom charmant qui contraste avec la série de batailles et d’offensives sanglantes qui s’y sont déroulées, notamment celle de 1917, causant des milliers de morts inutiles, et la ville de Craonne (que les Picards prononcent « Cranne » – mais, beaux joueurs, ils acceptent pour l’Histoire l’ajout d’une syllabe à ce nom) , restée célèbre aussi pour sa chanson, contestataire, antimilitariste même, qui a accompagné les mouvements de mutinerie des soldats de cette année 17, celle de l’explosion de la révolution russe, encore plus à l’est.

Image de prévisualisation YouTube

Le refrain, désespéré, en est :

« Adieu la vie, adieu l’amour/Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours/de cette guerre infâme
C’est à Craonne, sur le plateau/qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés/
Nous sommes les sacrifiés »

Le dernier couplet, et la reprise de l’air du refrain, le final, est effectivement un appel clair à la révolte, à la mutinerie – qui a dit « à la justice » ? Et qui a ajouté qu’en ces temps de guerre économique, les choses n’ont changé que d’apparence – et d’échelle ?

« C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards/tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose/Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués/f’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien/Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront/Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions/vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros/de monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau »

Mais cette terre de souffrances est aussi une terre d’utopie. Pour en avoir une idée, il faut monter un peu plus au nord, jusqu’à la petite ville de Guise (que les Picards prononcent Guïse, en séparant le « u » du « i »). Car à Guise, on peut visiter le Familistère. Le quoi ?

Le Familistère.

neelhe-familistère Guise (2)

Pour l’instant, c’est un terme qui mélange les mots de « famille » et de « mystère », non ? Laissons-le planer, le mystère, jusqu’au prochain post…

(photo de l’auteur)

Dorian


15 Mai

Bertrand-notre-disquaire a eu raison de me le dire récemment : il y a longtemps que je n’ai pas mis en rapport une pochette de sa vitrine et une chanson, ou un musicien que j’aime. Sa remarque tombait bien. Parmi les pochettes exposées en vitrine de Madison il y a quelques mois…

neelhe-agnès obel-Dorian (2)

Outre la tête épanouie de Fernandel et la très belle pochette du spleené « On the beach » de Neil Young, un de mes chéris (voir « Powderfinger« , « Sunset vallée » et « Plume« ), figure en bas à gauche le profil d’une jeune femme blonde, noir en fond rouge.

neelhe-agnès obel-Dorian (1)

Agnès Obel. Pochette du de son deuxième album « Aventine » (le nom – mais elle dit qu’elle l’ignorait quand elle a trouvé le titre – d’une des sept collines de Rome). Je connaissais son disque précédent, « Philharmonics », qui datait de 2010, et qui avait déjà placé haut sa voix pure et élégante, ses mélodies en boucle (elle aime – entre autres – Erik Satie et Debussy) dominées par le piano, et avait remporté un succès assez inattendu.

Mais avec « Aventine », celle que les Inrockuptibles ont surnommée Lady Gla-Gla (elle est danoise et vit à Berlin. Voir ici leur belle critique du disque) passe un cap, et offre une collection sans faute de chansons magiques : « Fuel for fire », « Aventine », « The Curse » font partie des mélodies qui m’ont accompagnée tous ces derniers mois.

Mais celle qui m’a le plus bouleversée s’appelle « Dorian », dont voici la version de l’album.

A la première écoute (et aux suivantes), la mélodie est d’une simplicité et d’une pureté imparable et la voix d’Agnès qui la survole délicatement est bouleversante. Le tout est renversant. Puis, pour les besoins du blog, j’ai décrypté les paroles, dont je n’avais saisi que des bribes. Et j’ai mesuré la richesse de l’univers d’Agnès, qui n’est pas que musical. Car le texte va à l’encontre de la douceur mélodique, décrivant… quoi, d’ailleurs, exactement ? Le texte est suffisamment poétique, et donc elliptique pour ne pas se laisser saisir d’emblée. Disons qu’il semble s’agir de la description d’une relation entre deux personnes, dont l’une s’adresse à l’autre, qui s’appelle Dorian.

They won’t know who we are/So we both can pretend/It’s written on the mountains/A line that never ends
As the devil spoke we spilled out on the floor/And the pieces broke and the people wanted more/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Ils ne sauront pas qui nous sommes/Alors on peut faire semblant tous les deux/C’est écrit dans les montagnes/Une ligne qui ne finit jamais/
Pendant que le diable parlait, nous nous sommes répandus sur le sol/Et les morceaux se sont brisés et les gens voulaient en voir davantage/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Swaying like the children/Singled out for praise/The inside out on the open/With the straightest face/
As the sad-eyed woman spoke we missed our chance/The final dying joke caught in our hands/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Nous balançant comme les enfants/Vantés pour nos mérites/Notre vie intérieure ouverte à tout vent/Et le visage le plus franc/
Pendant que la femme aux yeux tristes parlait, nous avons raté notre chance/Une dernière plaisanterie se défaisait dans nos mains/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Dorian, will you follow us down
« Dorian, nous suivras-tu jusqu’au bout ? »

J’ai trouvé sur le site de traduction la coccinelle ces explications qui semblent venir d’Agnès elle-même (mais sans référence à la source) :  » « Dorian » parle d’une chose qui existe dans une relation entre deux personnes, vous ne pouvez pas mettre de mot dessus mais vous savez qu’elle est là. Lorsque vous atteignez le point de non-retour, que vous êtes perdu, suspendu dans cet endroit étrange qui n’est vraiment nulle part, vous vous languissez des bonnes choses que vous avez vécues avant.

« Dorian » est ma construction de cet état d’esprit. Personne, en dehors de la bulle de ces deux êtres, ne peut le voir. Ça semble très joli et beau, mais si vous pénétrez sur ce ring, vous vous rendez compte que tout n’est qu’une sorte d’effondrement et de pourrissement.

J’ai senti que « Dorian » était un beau nom et… pour moi, j’aime donner ma propre signification à un mot, ajouter mes propres histoires aux mots ou aux noms. Dans un coin de ma tête, je connaissais Dorian Gray mais ça n’est pas intentionnel et la chanson ne traite pas de ce personnage. Je suis sûre que ça l’a colorée mais ça n’est pas le propos. »

C’est bien qu’elle le précise, Agnès, qu’il ne s’agit pas de Dorian Gray, le héros du roman d’Oscar Wilde, dont le portrait peint sur un tableau vieillit et se flétrit à sa place, cumulant les rides et les marques de sa vie de débauche, pendant que lui reste d’une jeunesse qui semble éternelle… En effet, « Dorian, carrion » (« Dorian, charogne ») semble être destiné au personnage manipulateur et criminel qui ne trouvera sa fin qu’en poignardant son propre portrait, se plongeant de fait la lame dans le cœur.

En cadeau, une version live de cette merveille :

Image de prévisualisation YouTube

Merci, lady Gla-Gla, pour la douceur sensuelle de cette mélodie magique, aussi aérienne que vénéneuse. Et très addictive.

(photos de la pochette de l’auteur : vitrine du magasin Madison, rue Colbert, Tours)

L’épée de lumière


13 Mai

Quand j’ai sorti mon fidèle Bic Cristal de mon sac, voilà ce que j’ai déposé sur la table :

neelhe-l'épée de lumière (1)

Un (modeste) crayon brisé en son centre.

Vous savez à quoi cette vision m’a fait penser ?

neelhe-l'épée de lumière (2)

Ceux qui ont lu l’œuvre maîtresse et magistrale de Tolkien (comme moi il y a longtemps) ou ceux qui ont vu au cinéma la très belle trilogie de Peter Jackson tirée du « Seigneur des Anneaux » (comme moi plus récemment) ont saisi l’allusion : avant même le début des événements rapportés par le récit, dans des temps très anciens et très légendaires (ah bon ?), l’épée du roi Elendil, qui s’appelle Narsil (oui, car dans ces contrées, les épées ont des noms), se brise en plusieurs morceaux lorsque Sauron (le super méchant, pour ceux qui ne connaissent pas – pire que ça, le mal incarné, le « Seigneur des Ténèbres ») tue le roi lors de la bataille de Barad-dûr. Son fils aîné utilise le moignon de l’épée pour couper l’un des doigts de Sauron, celui qui porte l’Anneau Unique (le « Préccccieux »), dont il sera question tout au long de l’épopée puisqu’il s’agira de le détruire, lui et sa force maléfique (« Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. » – autant vous dire qu’on n’en mène pas large). Les restes de l’épée Narsil sont amenés dans un des royaumes elfes, Fondcombe, où elle sera plus tard reforgée sous le nom d’Andùril (et servira bien sûr du côté des bons contre les méchants).

Le crayon. L’épée. Et une chanson m’est revenue en tête. Manset, 1982, dans l’excellent 33 tours « Comme un guerrier ». La dernière chanson de l’album s’appelle « L’épée de lumière ». Si on passe sur la musique (assez datée, mais assez rock, surtout pour du Manset) et le début des paroles, on arrive au refrain :

« … Et je porte avec moi/Sur le côté droit/Le crayon
L’épée de lumière/Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi/Le crayon/L’épée de lumière/Le canon
Qui sert aux hommes…
Qui sert aux hommes… »

Image de prévisualisation YouTube

Le crayon, l’épée de lumière, le canon. Bel hommage à l’objet mais surtout à son pouvoir. Capable de contrer celui, maléfique, de l’Anneau, qui peut prendre, on le sait (et c’est sa force), de multiples formes.

Tout ça à cause d’un Bic Cristal.

(photo de l’auteur. épée Narsil)

(chat) pas sport


09 Mai

J’avais besoin d’un nouveau passeport.

J’ai essayé d’être méthodique.

Je suis allé(e) au photomaton où j’ai suivi les instructions pour photos officielles : de face, regard vers l’objectif, sans lunettes, barrette, foulard, mèche barrant le front. Sans sourire. Bref, une photo de repris de justesse. J’ai gardé mes moustaches, on a sa dignité.

neelhe-passeportchat (2)

Ensuite, j’ai demandé le formulaire. Là, j’avais ma botte secrète. Quand j’affronte l’administration, j’ai toujours cet excellent livre à portée de patte, au cas où la moutarde me monterait aux vibrisses.

neelhe-passeportchat

Puis, j’ai rempli le formulaire. Ça prend un peu de temps, mais je suis patient.

neelhe-passeportchat (4)

Enfin, je suis allé(e) déposer le dossier. On a pris mes empreintes, parce que maintenant les passeports sont biométriques, figurez-vous. Je me suis laissé faire avec bonhomie (j’aime bien pratiquer la bonhomie, ça me rapproche des humains).

neelhe-passeportchat (3)

Après quelques semaines d’attente…

neelhe-passeportchat (6)

Mes projets de voyage ?

neelhe-passeportchat (1)

… ou…

neelhe-passeportchat (7)

La contemplation avant tout…

(photos 1, 4 et 5 de l’auteur. Photo 3 et dernier dessin issu de « Toi, mon chat » de Kwon Yoonjoo, éditions Zulma. Avant-dernière illustration de Sempé, photo prise dans l’exposition sur son œuvre au dernier salon du livre en mars, porte de Versailles à Paris. Photo de couverture de « Yoga pour chats » de C. et C. Gaudin, éditions le Relié)

Apeloig noir et blanc


06 Mai

Je sais, je vous ai déjà parlé de l’expo de Philippe Apeloig au musée des arts déco de Paris (voir « Typorama ») en mars dernier. Et en plus, l’expo est close, les œuvres ne sont donc plus visibles. Mais j’ai eu envie de vous faire à nouveau partager quelques-unes de ses créations, en noir et blanc.

Quelques dessins, notamment le chandelier à sept branches (la menorah) issu de la tradition juive…

neelhe-expo Apeloig (10)

… quelques mises en perspective et travaux de la formidable affiche sur l’expo de Chicago au musée d’Orsay…

neelhe-expo Apeloig (3)

… un chat halluciné (mais ne le sont-ils pas tous) en couverture d’un livre de Jarry…
neelhe-expo Apeloig (2)

… une enveloppe comme on aimerait en recevoir dans sa boîte à lettres…

neelhe-expo Apeloig (7)

… une conjonction de coordination…

neelhe-expo Apeloig (6)

… et une lettre qui peut être aspirée ou muette…

neelhe-expo Apeloig (5)

Et enfin, un mot qui exprime tout cela :

neelhe-expo Apeloig (1)

Moi, tant d’harmonie, ça m’apaise.

(photos de l’auteur à l’exposition « Typorama » du musée des arts décoratifs de Paris, oeuvres de Philippe Apeloig : son site ici)

Collection d’oiseaux printemps-été


04 Mai

A partir de début avril, on me voit souvent la tête en l’air (ça arrive aussi à d’autres moments de l’année) et l’oreille aux aguets. Et pour cause. Je guette l’arrivée des martinets. Mais non, pas le petit fouet à plusieurs lanières qu’on trouve encore en droguerie (ou dans d’autres magasins spécialisés, je pense) qui lui, n’est pas un oiseau migrateur (ah bon ?).

verybig-50-1Non, le martinet, l’oiseau noir (sauf sa gorge, blanche) qui se reconnait facilement à la forme de ses ailes, en faucille, à son vol différent de celui des hirondelles avec lesquelles on le confond (et qui arrivent chez nous plus tôt, à partir de début mars), à son corps plus grand…

Martinet-noir-12-07-07_09

… à ses vols en groupe à pleine vitesse (jusqu’à 150 km/heure ! on appelle ça des « poursuites stridentes », nous apprend notre ami Wikipédia), dans le ciel des soirs d’été (les autres moments de la journée aussi, mais le soir -ou le matin- c’est plus calme, on entend mieux)…

neelhe-martinet (2)

… et à ses cris, reconnaissables, émouvants, adorables et donc un peu « stridents » et signifiant le printemps, les beaux jours, les soirées à dîner dehors, le soleil, la douceur de vivre… (et là, paf, je vous colle une vidéo très courte  – 21 secondes – qui n’est en fait qu’une série de 3 photos. Mais on entend le cri des martinets, c’est même fait exprès)…

Image de prévisualisation YouTube

Donc, cette année, j’ai entendu et vu mes premiers martinets très haut dans le ciel au-dessus des bords de Loire le 12 avril, ce qui était tôt mais pas forcément étonnant, vu le beau printemps dont nous bénéficions.

Puis j’en ai vu en vitrine d’un beau magasin parisien de cerfs-volants (ce sont plutôt des hirondelles, mais je ne pouvais pas passer à côté)…

neelhe-martinet (1)

Mais il n’a été évident qu’ils étaient vraiment arrivés, et en troupe, avec leurs cris fendant l’espace, que vers le 20 avril (belle date), comme toutes les autres années. C’est un repère, un plaisir, une joie de les entendre la première fois, et les fois suivantes, de suivre leur vol super rapide au-dessus des toits, parfois même, quand ils frôlent la maison, à Tours, qui est aussi la cité martinienne (de saint Martin – tout se tient), d’entendre qu’ils fendent l’air, à la manière d’une lanière de fouet (de martinet ?) en prenant leur virage au ras du toit, comme des fous. Leur vol, et leurs cris, sont comme un émerveillement d’enfant, renouvelé jusqu’à leur départ vers des terres plus hospitalières pour l’hiver, début août…

Et je les entends pendant que j’écris.

(soupir d’aise.)

(photos : martinet-fouet ; martinet ; martinets en groupe; magasin de cerfs-volants : photo de l’auteur)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).