Archive for juillet, 2014

Zéro


30 Juil

Dans un endroit peu poétique, assez précisément sous l’autoroute A10, se trouve le…

neelhe-point zéro (4)

Je vois le point d’interrogation qui se dessine au-dessus de votre tête, comme dans un vieux Spirou…

Le point zéro. Avec coordonnées géographiques précises.

neelhe-point zéro (3)

… donc, sur un des piliers qui soutiennent la chaussée de l’autoroute. Je vous avais prévenu : a priori, peu poétique.

neelhe-point zéro (7)

Mais… ce point zéro se situe précisément à la « frontière » entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps, entre la ville bourgeoise et sa banlieue (restée) rouge, sur cette ligne de démarcation qui sépare symboliquement « riches » et « pauvres », « possédants » et « ouvriers » (Saint-Pierre a longtemps été, outre un noeud ferroviaire, un important centre industriel).

Et ce point zéro a été voulu comme…

neelhe-point zéro (6)

J’adore l’idée d’une spirale de réconciliation urbaine universelle (nous en avons grand besoin, et bien au-delà de l’antagonisme Tours-Saint-Pierre-des-Corps. Mais il faut un début à tout, et cette réconciliation-là en vaudrait bien une autre pour lancer le mouvement), comme celle de l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine qui, selon son site (dont je vous conseille la visite), « peut être considérée comme une sorte de science poétique d’un nouveau genre : elle consiste à coucher les villes sur le divan, détecter les névroses urbaines et proposer des solutions thérapeutiques adéquates ». Ce magnifique Point zéro est une initiative (c’est écrit trop petit pour que vous le lisiez) du pOlau, le Pôle des arts urbains, qui est une « plateforme de soutien et de mise en œuvre de projets, de conseils et d’études associant démarches artistiques et enjeux urbains ».

Entièrement poétique, donc. Et plein de sens.

(photos de l’auteur)

Rond


25 Juil

Une boule de mots…
neelhe-parant boule (2)

Un globe de texte…

neelhe-parant boule (3)

De plus en plus près, un écrit sans début ni fin, sur une surface ronde et accidentée, comme la terre…
neelhe-parant boule (4)

Envie de prendre ce gros ballon entre ses bras, de le soulever et de le laisser s’envoler loin de la pesanteur, avec ses messages et sa belle écriture…

neelhe-parant boule (5)

Un manuscrit rond, léger, aérien, qu’on espère voir rouler dans l’espace avec fluidité…

L’artiste est Jean-Luc Parant. L’œuvre s’appelle « La grosse boule manuscrite », elle date de 2012. Le texte écrit est celui des soixante premières pages du livre Les Très-Hauts, publiés aux éditions Argol. La « grosse boule manuscrite » est visible jusqu’à mi-septembre à l’Ar[t]senal, centre d’art contemporain de Dreux, au nord de l’Eure-et-Loir dans une expositions intitulée « Graphotopophotologies. Parant y expose son travail conjointement avec Jacqueline Salmon.

neelhe-Parant boule

Leurs travaux se complètent harmonieusement dans ce lieu calme et lumineux, faisant de cette belle découverte une traversée ponctuée de quelques moments de grâce, pour qui aime l’écriture, la lecture intime des paysages, l’inventivité et l’aspect à la fois ludique et bouleversant des choses…

(photos de l’auteur à l’Ar[t]senal à Dreux. Catalogue de l’exposition « Graphotopophotologies »  de Jacqueline Salmon et Jean-Luc Parant aux éditions Marcel le Poney)

PS. Dans le catalogue de l’exposition, j’ai trouvé cette phrase de Jean-Luc Parant. Elle exprime avec justesse ce que je ressens à propos de la photographie. « La photographie a été inventée pour cadrer le monde à la taille de nos yeux, le fixer et le concentrer sur un tout petit espace, car le monde est trop grand dans une nuit trop noire pour nos mains trop petites. »

Scrapbook/4


21 Juil

Mon scrapbook (voir « Scrapbook/1″, « /2″, « /3″)… Remarques, interrogations, raccourcis, collages, juxtapositions. Et parfois, une seule phrase, collée pleine page. J’en déduis que ce qu’elle exprime est important. Oui, car avec le recul – ce scrapbook a été créé, et terminé, il y a plus de deux ans -, je suis devenue l’interprète des messages que j’ai laissés, comme s’il s’agissait de ceux de quelqu’un d’autre. Qui sait d’ailleurs si ça n’est pas le cas. Nous sommes si peu stables dans les définitions que nous nous donnons de nous-mêmes…

Prise de position ferme (et justifiée, si je peux me permettre ce jugement bienveillant sur moi-même)…

neelhe-scrapbook 4 (22)

Déclaration d’intention un peu idéaliste…

neelhe-scrapbook 4 (20)

Volonté de traverser cette période de transition en acceptant d’être surprise…

neelhe-scrapbook 4 (18)

… mais en étant lucide sur ce que peut générer ce manque de repères…
neelhe-scrapbook 4 (11)

Les moyens de traverser ces zones d’incertitude ? Me persuader que…

neelhe-scrapbook 4 (3)

« Moins, c’est plus »…

Et qu’il faut…

neelhe-scrapbook 4 (4)

Bande-son : Les Valentins, « Les pieds dans la lune », chanson de 1993, avec ses boucles de guitare et ses paroles poétiquement étranges… Merci, Édith (Fambuena, guitariste et chanteuse). Parce que parfois, « sur la lune à pieds, de plumes en funambules, j’essaie de filer… »

Image de prévisualisation YouTube

« Combien de pages ont vu s’échouer/Les gerbes d’orage en bris de mots…
Contents les vents se sont marrés des tours noyés/Dans une mare de cent regrets…

Combien de vagues j’ai ravalé/Quand dans la marge tu n’avais pied…
Violent courage que ce pas fait/Qu’on sait défait.
Mais qui cède s’aide cède à qui sait donner…

Sur la lune à pieds/De plumes en funambules, j’essaie de filer…
Les pieds dans la lune/Qui d’amour jamais ne s’est laissé tomber ? »

(photos de l’auteur)

Proposition


20 Juil

Vous vous souvenez de ma visite récente à la fondation du doute à Blois (voir « La fondation ») ? Mais vous souvenez-vous également de mon amour des photomatons (voir « -matons » de mars 2013) ?

Alors, bien sûr, quand j’ai vu ça dans la grande salle d’entrée-bar-cafétéria qui jouxte la petite pièce où l’on prend ses billets d’entrée à la fondation…

neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (5)

… je n’ai pas pu résister… D’ailleurs, qui pourrait résister à l’idée de devenir une œuvre d’art  ou au minimum, de devenir un autre, de changer d’identité ?

neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (6)

Entre cette jolie proposition et…

neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (1)

… le choix a été facile.

L’autre option était…

neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (3)

… oui, le miroir, pour devenir une œuvre d’art. Tous les matins dans sa salle de bains, dans l’ascenseur qui mène au bureau, tous les midis dans la vitrine du traiteur chinois, tous les soirs dans le rétroviseur de sa voiture. Une œuvre d’art en mouvement, en temps réel, en chair et os. Vous. Moi. Nous.

Car le mouvement Fluxus, qu’expose la fondation, c’est…
neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (2)Et, si je peux me permettre un conseil, demain matin devant votre miroir…

neelhe-photomaton-Ben-fondation du doute (4)

… ça vous permettra peut-être de passer une meilleure journée…

(photos de l’auteur, œuvres de Ben à la fondation du doute à Blois)

Polychrome


15 Juil

Le village de Lavardin est riche, non seulement des ruines de son chateau-fort (voir « Ruines »), mais aussi de son église romane. Et surtout, des peintures murales à l’intérieur de son église consacrée à saint Genest (rien à voir avec la Véronique du même nom qui officiait sur TF1 sous le nom de Julie Lescaut, enfin, j’aime à le penser).

neelhe-Lavardin-église (2)

Les piliers sont peints, le choeur est multicolore, et la voûte est entièrement en bois, comme la coque retournée d’un navire.

neelhe-Lavardin-église (5)

L’église date probablement du XIe siècle et les peintures et sculptures qui la décorent de la période qui va du XIe au XVe siècle.

Au-dessus du chœur, un christ enseignant, Pantocrator en grec (merci à qui de droit pour l’info), entouré des quatre évangélistes, représentés de manière allégorique, l’ange pour saint Matthieu, l’aigle pour saint Jean (que les lecteurs de Tintin et du « secret de la Licorne » connaissent bien, voir « Pause »), le taureau pour saint Luc et le lion, généralement ailé, pour saint Marc.

neelhe-Lavardin-église (4)

La lumière douce, tombant des fenêtres romanes, magnifie les couleurs et les sculptures sur les piliers…

neelhe-Lavardin-église (8)

On reconnaît certaines scènes du panthéon catholique, comme ce Jugement Dernier…

neelhe-Lavardin-église (7)

Même le pavement est beau…
neelhe-Lavardin-église (9)

Quelques conseils arides mais certainement avisés sont inscrits sur les murs  (j’ai lu : « Allez, aurons et de peu dînerons » – manque-t-il quelque chose ?…)

neelhe-Lavardin-église (10)

Toutes ces merveilles dans le Loir-et-Cher, cher – justement – à Michel Delpech, près de Vendôme… A priori, rien de bien exotique. Et pourtant… Une merveille.

neelhe-Lavardin-église (1)

(photos de l’auteur, église Saint-Genest de Lavardin)

Le nouveau western


10 Juil

Exposition « Indiens des plaines » au musée du quai Branly, à Paris (sans mon appareil-photo, d’où la qualité  médiocre des clichés pris avec mon phone soi-disant smart).

Vous vous souvenez de mon post « Sunset vallée » et de la chanson de Neil Young, « Pocahontas » ?

Tout un imaginaire. Sioux, Cheyennes, Comanches, Pawnees, Cree, Blackfoot…

Parure de plumes vue de face…

neelhe-expo Indiens des plaines (2)

… vue de l’arrière…

neelhe-expo Indiens des plaines (5)

Sculptures, instruments de guerre comme ce bouclier…

neelhe-expo Indiens des plaines (11)

… Dessins magnifiques exécutés sur des capes d’apparat ou des robes en peaux de bisons, motifs géométriques…

neelhe-expo Indiens des plaines (10)

… ou figuratifs…

neelhe-expo Indiens des plaines (8)

… ou mêlant les deux…

neelhe-expo Indiens des plaines (9)

… Vêtements richement décorés…

neelhe-expo Indiens des plaines (3)

… Objets de cérémonie comme ce tambourin (on dirait bien des hirondelles ou des martinets – voir « Collection d’oiseaux printemps-été » -, non ?)…

neelhe-expo Indiens des plaines (1)

… Et œuvres plus récentes d’artistes amérindiens…

neelhe-expo Indiens des plaines (4)

Rappel de la quasi extermination rapide de ces cultures qui étaient liées de manière indissociable à la nature dont elles respectaient chaque manifestation et à l’animal dont elles tiraient tout, objets de la vie quotidienne, nourriture, chauffage, le bison. Le bison dont la population était estimée à  40 000 000 en 1800 (oui, vous avez bien lu, 40 millions) et dont il restait moins de 1000 représentants en 1895 (oui, vous avez bien lu, moins de mille). On imagine avec peine le massacre, en moins d’un siècle.

Et découverte de l’effort des survivants pour faire revivre cette culture à travers, notamment, la création d’oeuvres d’art contemporain reprenant les motifs ancestraux.  Et de celui des Américains pour rendre compte d’une histoire moins héroïque et plus juste de la conquête de l’Ouest. Des extraits de westerns cités et diffusés dans l’exposition permettent de mesurer le chemin parcouru.

Nous avons tous joué aux cow boys et aux Indiens (moi, beaucoup).

Et MC Solaar, dans cette chanson de 1995, dont la musique est basé sur un sample de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg, a réactualisé de manière magistrale les enjeux de cette conquête de l’Ouest. Très bien écrit, rapide, truffé d’allusions à des westerns mythiques. En prime, le clip est réussi.

Image de prévisualisation YouTube

« Le vent souffle en Arizona/Un Etat d´Amérique dans lequel Harry zona/
Cow-boy dingue du bang bang du flingue/De l’arme, du cheval et de quoi faire la bringue/
Poursuivi par Smith & Wesson,/Colt, Derringer, Winchester & Remington/
Il erre dans les plaines, fier, solitaire/Son cheval est son partenaire/
Parfois, il rencontre des indiens/Mais la ruée vers l´or est son seul dessein/
Sa vie suit un cours que l´on connaît par coeur/La rivière sans retour d´Otto Preminger/
Tandis que John Wayne est looké à la Lucky Luke/Propre comme un archiduc/
Oncle Sam me dupe/Hollywood nous berne. Hollywood berne !
Dans la vie de tous les jours comme dans
Les nouveaux westerns.

On dit gare au gorille, mais gare à Gary Cooper/Le western moderne est installé dans le secteur/
Quand la ville dort, les trains ne sifflent pas/Les sept Mercenaires n´ont pas l´once d´un combat/
Harry désormais est proche de gare de l´Est/Il saute les époques et les lieux pour un nouveau Far-West/
Les saloons sont des bistrots, on y vent des clopes/Pas de la chique, du top ! Du CinémaScope/
Il entre dans le bar, commande un indien/Scalpe la mousse, boit, repose le verre sur le zinc/
Une 2 chevaux se parque, saouls, des types se beignent/Pour des motifs futiles comme dans
Les nouveaux westerns.

Les States sont comme une sorte de multinationale/Elle exporte le western et son modèle féodal/
Dicte le bien, le mal, Lucky Luke et les Dalton/Sont camouflés en Paul Smith et Weston/
On dit que ce qui compte c´est le décor/L´habit ne fait pas le moine dans la ruée vers l´or/
Dès lors les techniques se perfectionnent/La carte à puce remplace le Remington/
Mais Harry à Paris n´a pas eu de chance/On le stoppe sur le périph´ avec sa diligence/
Puis on le place à Fresnes pour que Fresnes le freine/Victime des directives de ce que l´on appelle
Le nouveau western…

Parfois la vie ressemble à une balle perdue/Dans le système moderne se noie l´individu/
Pour rester lucide il s´abreuvait de Brandy/Désormais on brandit, télé, shit et baby/
Blanche est la Chevauchée Fantastique/Toujours à contre-jour, c´est bien moins héroïque/
Dans le monde du rêve on termine par un happy end/
Est-ce aussi le cas dans ce que l´on nomme
Le nouveau western… »

Et il termine en récitant quelques noms mythiques: « Sitting Bull, Cochise, Calamity Jane, James West… Les squaws, les scalps, tomahawks »

Et le meilleur pour la fin, que les fans des « Mystères de l’Ouest » reconnaîtront : « Miguelito Loveless… »

Il me semble que nous sommes tous, plus ou moins, des Indiens des plaines.

(photos de l’auteur à l’exposition « Indiens des plaines » au musée du quai Branly)

 

Injonction


04 Juil

Parfois, une pensée s’impose, comme une injonction qui traverse les circonstances, et vous semble la seule chose adaptée à réaliser.

neelhe-Ben fondation du doute

Évidemment, dans l’absolu, c’est complètement crétin.

Mais tout dépend du contexte.

(photo de l’auteur à la Fondation du doute à Blois, œuvre de Ben)

 

Le mauvais oeil (lequel ?)


01 Juil

Cette photo, prise à la Maison de la Magie, à Blois (qui ne mérite par ailleurs guère le détour), me fait penser au film d’Hitchock « La maison du docteur Edwardes » (Spellbound) dans lequel le personnage interprété par Gregory Peck fait un long rêve psychanalytique (dont l’interprétation permettra d’établir la vérité, et son innocence), illustré à la demande du grand Alfred par Salvador Dali himself…

Le rêve dans le film…

neelhe-maison de la magie (2)

La salle du haut à la Maison de la Magie…

neelhe-maison de la magie

Cerné par les yeux, les regards, les jugements… On se sent un rien coupable, non ? Comme dans un vieil Hitchcock. Pas très détendant, avouez…

(photo de l’auteur. Photo tirée de « La maison du docteur Edwardes »)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).