Archive for novembre, 2014

Graphes


27 Nov

Hier soir, j’ai écrit un texte et je ne l’ai pas publié dans la foulée, contrairement à ce que je fais d’habitude pour le blog. En le relisant tout à l’heure, j’ai compris pourquoi, et pourquoi j’avais bien fait : le ton est ironique. Et je n’aime pas l’ironie -particulièrement en ce moment où tout le monde l’utilise à tort et à travers – surtout quand elle est injustifiée et persifleuse. Et mon texte frisait ce ton-là. Je l’ai donc supprimé et vous ne le lirez jamais, et tant mieux. Par contre, je vais essayer de savoir pourquoi j’ai écrit en utilisant un ton que je n’aime pas, dans lequel je ne me reconnais pas. Une trop grande perméabilité aux humeurs de l’époque ? ça m’inquiète à moitié.

Du coup, je vous offre quelques photos prises la semaine dernière au parc aux biches, sur la rive droite de la Loire. Sans trop de commentaire, ça évitera les dérapages.

Au début de la balade, le ciel était chargé de lourds nuages.

neelhe-automne (2)

Au retour, je suis repassée par cet endroit où j’avais remarqué beaucoup d’ajoncs, de roseaux et autres osiers. On sait depuis le Japanese trip combien je suis fan de bambous (voir « Seuils de bambous »). Le soleil était apparu vers le fleuve, donnant aux herbes hautes, entremêlées de feuilles jaunes, des airs de blé mur.

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Oui, de blé mur.

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A côté, jaillissant d’un fouillis élégant, de hautes tiges se déployaient en  balais, tournés vers le ciel.

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Des antennes-râteaux célestes.

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… Un ensemble graphique, jusque dans la traînée laissée par le passage d’un avion dans le bleu du ciel.

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(Rien d’ironique. Du beau, et du silencieux.)

((photos de l’auteur)

Majeur


18 Nov

Je me faisais la réflexion l’autre jour. Il existe un nom spécifique pour désigner chaque âge de la vie : l’enfance, l’adolescence, voire la jeunesse, la maturité (on dirait que je parle d’un fruit), la vieillesse. Mais cet âge central, l’âge adulte ? Il y a bien l’adultère, mais bon, paraît qu’on parle d’autre chose. Alors, quoi ? L’adultérisme ? L’adultération (pas mal, pour son petit côté allitération) ? Le plus adapté serait sans doute l’adultérance, mélange assez réussi d’adulte et d’errance qui correspond bien à la situation des adultes aujourd’hui, je trouve. D’ailleurs, je serais bien en peine de donner une définition satisfaisante qui rende compte de cette notion pouvant recouvrir tellement d’identités différentes…

Pourquoi je me faisais cette réflexion ? à cause de la couverture d’un livre qui traîne chez moi en attendant que je le lise.

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Outre la belle gueule de Pasolini, l’arrière-plan de plage et de mer italiennes, le beau noir et blanc, il y a le titre…

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Adulte ? Jamais. J’aime beaucoup cette déclaration d’intention de Pasolini, écrivain, poète, journaliste et par ailleurs grand cinéaste. Auquel un autre cinéaste italien Nanni Moretti a rendu un magnifique hommage dans son film Caro Diario, « Journal intime ». Il y longe en scooter, au son du splendide « Köln Concert » de Keith Jarrett,  la plage d’Ostie sur laquelle Pasolini a été assassiné une nuit de novembre 1975.

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Ne serait-ce que pour la musique…

… Et pour le questionnement : alors, adulte ?

(photos de l’auteur)

L’or des mélèzes


12 Nov

A défaut d’être allée les voir in situ, sur les pentes de la vallée de la Maurienne par exemple, j’ai pu au moins, grâce à l’envoi d’un cliché d’une férue de ces montagnes, admirer l’or automnal des mélèzes, ces pins qui perdent leurs aiguilles aux saisons froides.

neelhe-or des mélèzes

La beauté féérique de l’or dans le soleil, l’herbe rase et presque blanche dans la lumière. Et la paroi montagneuse dans l’ombre de l’arrière-plan…

J’ai appris récemment (dans le livre « Se changer, changer le monde », livre à quatre mains de Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard) le concept d’ « habituation hédonique ». Il désigne le processus d’habituation au bonheur, finalement le fait de ne plus le vivre comme tel, donc de considérer que les conditions de confort ou de plaisir par exemple dans lesquelles nous vivons sont normales, sans plus les apprécier, et sans plus en être particulièrement conscients, donc heureux.

J’espère ne jamais m’habituer à ce type de beauté. Peu de risques, me direz-vous. Éphémère par nature, elle ne nous laisse pas, et c’est sa force, le temps de nous y habituer.

(photo et titre du post -un grand merci – : Annie Chazal)

Bande-son (elle s’impose) : « J’ai fréquenté la beauté » du dernier album de Jean-Louis Murat (vous verrez, c’est pratique, les paroles s’affichent au fur et à mesure comme en sous-titres sous les images de ce clip poétiquement rural).

Image de prévisualisation YouTube

« J’ai fréquenté la beauté/tout le mois de juillet/pauvre coeur, je manquais d’amour… »

Tél(écran)


06 Nov

Je tentais d’expliquer récemment comment, pour essayer de ne garder que le meilleur et le plus heureux des situations (et m’éviter ainsi de souffrir bêtement de ce que certains appellent « la double flèche » – non seulement quelque chose vous a blessé, mais en le réactualisant par le souvenir, en y repensant, ce quelque chose continue de vous faire souffrir -), je m’efforçais de ne pas enregistrer les souvenirs  les plus inutilement douloureux. Comme je suis loin d’être une sainte, je n’y arrive pas toujours, certaines phrases ou attitudes restent malgré tout gravées et je ne peux pas m’empêcher de repasser le film des événements. Je suis sûre que vous saisissez  l’idée. Et l’analogie qui m’est venue pour expliquer ce désir d’effacement est celle du Télécran – appelé aussi, mais c’est moins drôle, l’ardoise magique. Le télécran, c’était ça :

neelhe-télécran (2)

Un écran verdâtre, deux boutons qui servaient l’un à tracer des lignes horizontales, l’autre des lignes verticales avec un curseur (qu’il était impossible de « lever », la ligne étant toujours continue). Autant dire qu’il fallait être très doué et très bien coordonné des poignets pour obtenir des diagonales (j’étais nulle en diagonales). Mais le plus formidable, c’était l’effacement. Après avoir gribouillé péniblement un pauvre dessin, qui dans le meilleur des cas, les jours de grande patience, ressemblait à ça (personnellement, mes efforts ne m’ont jamais permis d’obtenir un résultat ne serait-ce qu’approchant) :

neelhe-télécran (1)(… et je ne vois vraiment pas comment le dessinateur a réussi à positionner un soleil dans le ciel qui ne soit accroché à rien), bref, après avoir tenté un dessin, on estimait qu’il était temps de l’effacer, on empoignait le télécran des deux mains, on le retournait, face contre terre, et on secouait le tout (ce qui produisait un bruit de sable).

Quand on retournait à nouveau le Télécran et qu’on remettait l’écran vers le haut, il était à nouveau vierge.

On souhaiterait parfois que notre mémoire ait cette faculté d’effacement, en secouant un peu la tête, en un clin d’œil, dans un délicat petit bruit de sable.

(photos télécran 1 et 2)

 

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Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).