A relire

19 Fév

Tout à l’heure, j’ai assisté au deuxième étage de l’excellente librairie tourangelle La Boîte à livres à la rencontre organisée par ses responsables avec Christian Bobin, l’auteur de près de quarante livres délicats, vibrants et marquants au sommet desquels figurent pour moi « La Folle allure », « Le Très-Bas » et surtout « La part manquante ».

bobin_v

Moment de grâce et d’intelligence, à écouter un homme qui travaille à dialoguer avec l’essentiel et l’invisible, qui se fait passeur de ses propres auteurs fétiches (ce soir, Ernest Junger – dont il a lu un extrait du « Journal de guerre », extrait qui détaille en mai 1944 la couleur et la texture des fleurs d’un marronnier -, Marceline  Desbordes-Valmore, Robert Antelme, Jean Genet), conteur d’anecdotes visant à éclairer ses propos qui ne sont pas exempts d’une lucidité tranchante sur certains aspects de notre présent (« L’image nous aveugle. La parole nous nourrit »).

Son dernier livre s’intitule « La Grande Vie ». A une question de l’assistance sur la raison du choix de ce titre, Christian Bobin a répondu que la « grande vie » est la seule qui soit finalement digne de chacun de nous, et que c’est parce que nous avons du mal à la vivre dans sa grandeur qu’elle le devient justement, grande.

Il a cité une phrase d’un de ses poètes préférés, Jean Grosjean (c’est à ce moment que j’ai fouillé dans mon sac pour en sortir crayon et carnet), phrase effectivement merveilleuse dans son énoncé simple d’une complexité infinie. « Le passé est imprévisible. »

Passer une heure en présence d’un homme à la parole si précieuse, car attentive et vivante (comme l’eau peut être vive), m’a rendue plus consciente et un peu plus heureuse d’être là.

neelhe- bobin

(Ajouter à la liste : relire Bobin.)

(photo C. Bobin – lien supprimé, sorry ; photo 2 de l’auteur)

Tags: , , , ,

2 Responses

  1. C’est amusant : ma vieille voisine de pallier, quand je vivais étudiante dans le 3e arrondissement de Paris, nous parlait sans cesse de Christian Bobin et s’agaçait toujours que nous le ne connaissions pas. Bien que je ne l’aie toujours pas lu (je vais tenter d’y remédier rapidement !), ce nom reste gravé dans ma mémoire comme une sérieuse lacune. La rencontre avec des auteurs puissants est à mes yeux un immense privilège, un moment rare, intense, et je partage avec vous, chère Neelhe, ce vibrant enthousiasme.

  2. Neelhe dit :

    Merci, Catherine ! Je suis ravie de te faire penser à ta vieille voisine de palier ! Dans la même famille d’auteurs, je n’oublie que je te dois, conjointement avec Annie, ma découverte (entre autres) de Kenneth White…

Leave a Reply

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).