Posts Tagged ‘Bruce Springsteen’

Scrapbook/3


18 Mar

Souvent…

neelhe-scrapbook 3 (3)

Dans ce cas, parfois, je me tourne silencieusement vers…

neelhe-scrapbook 3 (4)

… et on ne me voit plus pendant un temps. Je suis absorbée par…

neelhe-scrapbook 3 (6)

Et parfois, face au découragement qui menace, je me demande :

neelhe-scrapbook 3 (7)

Oui ?

neelhe-scrapbook 3 (8)

Et je finis par me rassurer, un peu :

neelhe-scrapbook 3

Bande- son : « Dream baby dream », chant de foi du dernier album de Bruce Springsteen, reprise du groupe Suicide. Entendu par moi pour la première fois lors du bouleversant concert de 2005 à Bercy, en final d’un concert acoustique époustouflant de Bruce en solo. Ici, la vidéo est un bel hommage à la ferveur qui règne lors de ses concerts. (Je le sais, j’y suis souvent.)

Image de prévisualisation YouTube

 

(photos de l’auteur)

Smith and Co


19 Mar

Cette semaine, vitrine à thèmes chez Bertrand, le disquaire de « Madison »… Deux thèmes différents et très clairement identifiés.

neelhe-tours-magasinMadison-vitrine (2)

D’un côté, le visuel très identifiable, en jaune, noir et rose du seul disque des Sex Pistols, le groupe fondateur du punk rock et ses déclinaisons, y compris française avec sa traduction littérale…

De l’autre, dans une série en diagonale inversée, une variation sur le patronyme « Smith », en commençant en haut par le « Hatful of Hollow » des Smiths déjà évoqué sur ce blog (« There is a light that never goes out »), passant par la bonne tête en noir et blanc d’Elliot Smith, folk singer sympa et plutôt doux…

neelhe-tours-magasinMadison-vitrine (13)

… puis par le « Easter » de Patti Smith, on va y revenir…

neelhe-tours-magasinMadison-vitrine (11)

… pour finir, en bas, par la démonstration de judo (ou est-ce du karaté ?) de Jimmy Smith…

neelhe-tours-magasinMadison-vitrine (10)

Félicitations donc à Bertrand pour l’excellence de sa vitrine, sa belle présentation et ses thématiques…

Et revenons à notre Patti, Smith, of course !

Car cet album « Easter », sorti en 1978, et dont je possède un exemplaire justement en vinyle, outre le fait que la photo qui orne la pochette a fait scandale parce que Patti ne s’était pas rasé l’aisselle et que donc elle mettait à mal l’image de la féminité…

neelhe-tours-magasinMadison-vitrine

Cet album, donc, contient un des deux plus grands hits de la chanteuse (l’autre étant, beaucoup plus tard, « People have the Power », sur lequel Darroussin et Catherine Frot dansent un rock endiablé dans « Un air de famille » – est-ce avant ou après que le personnage interprété par Catherine Frot ait éclaté en larmes en déballant son cadeau d’anniversaire, un collier qu’elle croit à destination du chien qu’on vient aussi de lui offrir : « Mais c’est beaucoup trop beau pour un chien ! » – mais je m’éloigne de mon sujet, là)… le hit de l’album « Easter » étant, bien sûr, l’imparable « Because the Night »… L’intro au piano, la voix grave et voilée de Patti, la batterie et la guitare qui déboulent, immédiatement reconnaissables.

Image de prévisualisation YouTube

Et hop, j’en profite pour rebondir sur un de mes sujets favoris, mon chouchou à moi : Bruce. Parce que « Because the Night » est une chanson écrite par Springsteen, qu’il a offerte à Patti, et dont celle-ci a fini d’écrire les paroles dans un sens à la fois plus direct et plus féminin  (à l’époque, Bruce écrivait comme un fou plusieurs chansons par jour, et il n’avait pas le temps de toutes les peaufiner…). N’empêche : il la chantera, et la chante toujours dans ses concerts à lui. Comme sur cette vidéo, à Glastonbury en 2009 :

Image de prévisualisation YouTube

Vous commencez à le savoir, j’aime Bruce (auquel j’ai consacré un article de la « bande-son », plus précisément à « Thunder Road« ). Mais la version de Patti de cette « Because… » est meilleure, plus sensuelle, plus subtile, tout en rendant avec ardeur le sentiment d’urgence du texte, qui parle de désir.

Take me now baby, here as I am /Pull me close, try and understand
Desire is hunger is the fire I breathe /Love is a banquet on which we feed

« Prends-moi maintenant, chéri, comme je suis /Serre-moi fort, essaie de comprendre
Le désir c’est la faim, c’est le feu que je respire /L’amour est un banquet où nous nous nourrissons »

Come on now and try and understand /The way I feel when I’m in your hands
Take my hand as the sun descends

« Allez, viens, essaie de comprendre /Ce que je ressens quand je suis entre tes mains
Prends ma main, le soleil descend »

They can’t hurt you now
Can’t hurt you now
Can’t hurt you now

« Ils ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant  »

Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us

« Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit appartient au désir
Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit nous appartient »

Et pour vous convaincre du talent de Patti, qui est aussi écrivain (notamment de sa biographie « Just Kids » qui raconte entre autres son amitié avec Robert Mapplethorpe), poète, peintre (elle a fait une expo en 2005 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, intitulée « Land 205 ») et photographe, qui a une passion pour Rimbaud et William Blake dont elle a fait des lectures publiques, qui est engagée politiquement et socialement, bref, qui est une personnalité hors norme… une version acoustique de « Because the Night »,  où elle est juste accompagnée à la guitare.

Image de prévisualisation YouTube

Sur cet album, « Easter », d’autres chansons mériteraient qu’on s’y arrête : « Rock’n’roll nigger », « Ghost dance » et surtout le bouleversant « We Three » (Don’t take my hope away from me)..mais à défaut, écoutez ou réécoutez-le et… continuez de danser sur « Because the night »…

(Photos de l’auteur.)

Spéciale dédicace : Irène Smith – qui aimait Patti Smith.

Thunder Road – Route de tonnerre


07 Jan

Automne 1980, j’ai 15 ans. A la radio, j’entends un truc énorme,  qui emporte tout sur son passage, tendance rock à cuivres et à chœurs, voix chaude, virile et généreuse, accent américain à couper au couteau, batterie éclatante,  un truc qui donne envie de prendre les gens qu’on aime dans ses bras pour les faire danser n’importe comment. « Hungry Heart », Bruce Springsteen. J’achète le 45 tours.

neelhe-pochettespringsteen-hungryheart

Je lis les paroles au dos de la pochette. La musique est irrésistiblement gaie et enthousiaste. Le texte est plus surprenant, si on s’y penche :

« Got a wife and kids in Baltimore, Jack/I went out for a ride and I never went back/Like a river that don’t know where it’s flowing,/I took a wrong turn and I just kept going.

Everybody’s got a hungry heart… (…)

Everybody needs a place to rest/Everybody wants to have a home/Don’t make no difference what nobody says/Ain’t nobody like to be alone »

(J’ai une femme et des enfants à Baltimore, Jack/je suis sorti faire un tour et je ne suis jamais revenu/comme une rivière qui ne sait pas où elle coule/j’ai tourné au mauvais endroit et j’ai simplement continué.

Tout le monde a le cœur affamé (…) »

Ensuite, le gars rencontre une fille dans un bar à Kingstown, ils tombent amoureux, puis se séparent, il se retrouve seul et il conclut, comme une évidence qui a besoin d’être redite :

« Everybody needs a place to rest/Everybody wants to have a home/Don’t make no difference what nobody says/Ain’t nobody like to be alone »

« Tout le monde a besoin d’un endroit où se reposer/Tout le monde veut avoir un foyer/Que personne ne le dise ne change rien : /Personne n’aime être seul »

L’idée de la chanson semble être : oui, la vie peut être dure, mais on est là pour vivre et pour y croire, au bonheur, et pour continuer à avancer, alors autant le faire avec énergie, et cette chanson en dégage, de l’énergie…

Dans la foulée de cette découverte, je lis dans un vieux numéro de Rock’n’folk une excellente critique sur un des albums précédents du gars en question, sorti en 1975. La pochette en noir et blanc me plaît, ce que dit le critique aussi. Je vais l’acheter, pour voir.

neelhe-pochetteborntorun

Je pose le saphir (était-ce un diamant ?) sur le vinyle. Intro au piano qui égrène les notes et les célèbres premières mesures d’harmonica, tempo plutôt lent, voix toujours chaude et grave, mais au chant doux, presque douloureux. C’est une ballade, là où je m’attendais à un rock un peu pétaradant.

« The screen door slams/Mary’s dress waves/Like a vision she dances across the porch/As the radio plays/Roy Orbison singing for the lonely/Hey that’s me and I want you only/Don’t turn me home again/I just can’t face myself alone again… »

« La porte d’entrée claque/la robe de Marie ondule./Comme une vision elle danse à travers le porche au son de la radio./Roy Orbison chante pour les solitaires :/ »Hey,c’est moi et je ne veux que toi « ./Ne m’envoie pas encore balader, je ne peux plus supporter d’être seul »

La musique s’emballe un peu,  mais surtout Springsteen chante vite, les mots se bousculent, s’enchaînent, il en a, des choses à dire, à cette « Mary ». Comme l’empereur Joseph II reprochait à Mozart d’avoir mis « trop de notes » dans son opéra, on peut penser que Springsteen met « trop de mots » dans cette chanson, mais tout tient en équilibre et progresse grâce à la fièvre qui semble l’habiter, et la nécessité de convaincre cette fille de le suivre, et elle semble pressentir que l’enjeu est plus important  qu’une simple ballade en voiture :

« Don’t run back inside/Darling, you know just what I’m here for/So you’re scared and you’re thinking/That maybe we ain’t that young anymore/Show a little faith, there’s magic in the night (…) »

« Ne rentre pas à l’intérieur/chérie, tu sais pour quoi je suis venu/alors tu as peur, et tu penses que peut-être nous ne sommes plus assez jeunes pour tout ça/Aie un peu confiance/il y a de la magie dans la nuit… »

Il la connaît, il connaît ses hésitations, et il sait aussi qu’il n’est pas le héros dont toutes les filles rêvent : ce qu’il propose semble simple mais peut devenir magique par leur volonté commune.

« You can hide ‘neath your covers/And study your pain/Make crosses from your lovers/Throw roses in the rain/Waste your summer praying in vain/For a savior to rise f rom these streets/Well now l’m no hero/That’s understood/All the redemption I can offert girl/Is beneath this dirty hood/With a chance to make it good somehow/Hey what else can we do now/Except roll down the window/And let the wind blow back your hair/Well the night’s busting open/These two lanes will take us anywhere/We got one last chance to make it real/To trade in these wings on some wheels/Climb in back, heaven’s waiting on down the tracks/Oh come take my hand/We’re riding out tonight to case the promised land/Oh Thunder Road, oh Thunder Road … »

« Tu peux te cacher sous les couvertures/et ressasser ta souffrance/faire le compte de tes amoureux/ jeter des roses sous la pluie/gaspiller ton été à prier en vain pour qu’un sauveur émerge de ces rues./Je ne suis pas un héros, c’est clair/Tout le salut que je peux offrir tient sous ce capot sale/avec une chance de faire que ce soit bien quand même/ Et qu’est-ce qu’on peut faire d’autre maintenant/à part baisser la vitre et laisser le vent souffler dans tes cheveux/la nuit nous est grande ouverte/ces routes à deux voies nous emmèneront n’importe où/On a une dernière chance d’y arriver/de transformer ces roues en ailes/grimpe à l’arrière, le paradis nous attend au bout du chemin/Oh, oh, viens prendre ma main/roulons ce soir pour atteindre la terre promise/oh, route de tonnerre …  »

La suite est à l’avenant (pour une traduction et les paroles complètes, voir ici), de plus en plus poétique, mêlant des images un peu spectrales d’aube pâle aux bruits de moteurs qui disparaissent dans le lointain, chantée avec la même urgence… jusqu’à la phrase finale, où, après une dernière demande à Mary pour qu’elle se décide enfin à tenter le coup (« So, Mary, climb in ») , il énonce de manière grave et décidée en même temps que douloureuse :

« It’s a town full of losers/And l’m pulling out of here to win. »

(« C’est une ville pleine de perdants/et je me tire d’ici pour gagner. »)

Quelques notes encore au piano, puis le solo de saxophone du génial Clarence Clemons vient encore agrandir le paysage, tout en force contenue, et donne véritablement  cette impression à la fois mélancolique et pleine d’espoir d’avancer en se disant que oui, « je sais qu’il est tard, mais on peut y arriver si on se dépêche. » (« I know it’s late but we can make it if we run »).

Vous voulez entendre (et voir) ?  Dans une version de 1975, dépouillée, Bruce tout jeunot, à bonnet, voix et interprétation superbes, mais image  d’époque, sombre et bleutée:

Image de prévisualisation YouTube

Ou dans la version du Live de Barcelone en 2002,  « grosse machine rock de scène » , mais touchante parce que le public connaît les paroles et reprend chaque mot en chœur :

Image de prévisualisation YouTube

Ou dans un duo acoustique, doux et assez magique avec Melissa Etheridge :

Image de prévisualisation YouTube

La découverte de cette chanson, et des sept autres du disque, tout aussi novatrices, touchantes et enthousiasmantes, chacune dans leur catégorie (rock jouissif, opéra rock, ballade jazzy à la trompette, sans compter l’hymne imparable, le « Born to run » du titre…) m’ouvre l’univers de Springsteen : son lyrisme, sa générosité, son énergie, son romantisme parfois douloureux, son idéalisme dont il connaît les limites mais dont il a besoin pour avancer, ses engagements, ses erreurs même parfois, son intégrité :  j’ai 15 ans, je ne comprends pas tout ça, mais je pressens que ses visions, sa musique et ses mots vont m’accompagner, me porter, m’émouvoir, me concerner, me précéder parfois. Oui, les chansons de Springsteen pour moi, c’est vraiment la bande-son d’une vie. Et « Thunder Road » est en tête de liste.

C24379

(Pochettes : 45 tours « Hungry Heart » ; 33 tours « Born to run » ; photo )

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).