Posts Tagged ‘écriture’

Marguerites


18 Déc

Dans ma vie, depuis longtemps, il y a deux Marguerites. Une Yourcenar et une Duras. Justement.

J’ai acheté le dernier numéro du « Magazine littéraire ».

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J’ai retrouvé intacts les sujets de prédilection de Marguerite Y., son phrasé de reine, ses préoccupations, dont certaines très en phase avec les miennes, actuelles (« Qui sait si l’âme des bêtes va en-bas? »), son amour de l’Histoire, le peu de goût qu’elle avait pour le dévoilement direct. Cette vie de l’autre siècle, définitivement.

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… Mais sa pensée est si actuelle, si féconde, toujours élégante, parfois presque mystique. En témoigne ce koan zen qu’elle a placé en ouverture de « Souvenirs pieux », le premier triptyque de son « Labyrinthe du Monde ».

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Replonger dans cet univers m’a rendue (oh, quelques heures !) plus intelligente et m’a rappelé les longues plages de lecture, lorsque j’étais plus jeune, notamment celle des « Mémoires d’Hadrien » lors d’un voyage à Rome. Je mettais mes pas dans les traces, qui me semblaient fraîches, d’un passé remontant à vingt siècles.

Et puis, il y a l’autre Marguerite. M. D. La fulgurante, la magique, la poétique. Celle dont la lecture du « Ravissement de Lol V. Stein » m’avait ravie. Celle dont la lecture de « La Douleur » m’avait bouleversée. Celle dont j’ai trouvé hier l’extrait d’une interview datant de 1985 dans le dernier numéro des « Inrockuptibles ».

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Ce texte est prophétique. Nous ferions bien de l’apprendre par coeur. Je me doute que vous ne lisez pas bien sur la photo, alors je vous le copie. Il est incroyable.

« Dans les années 2000, il n’y aura plus que des réponses. La demande sera telle qu’il n’y aura plus que des réponses. Tous les textes seront des réponses, en somme.

Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information, dans une information constante. Sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. Ce n’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire.

Ils verront de la télévision. On aura des postes partout, dans la cuisine, dans les water-closets, dans le bureau, dans les rues. Où sera-t-on ? Tandis qu’on regarde la télévision, où est-on ? On n’est pas seul.

On ne voyagera plus. ce ne sera plus la peine de voyager. Quand on peut faire le tour du monde en huit jours ou quinze jours, pourquoi le faire ? Dans le voyage, il y a le temps du voyage. Ce n’est pas voir vite, c’est voir et vivre en même temps. Vivre du voyage, ça ne sera plus possible.

Tout sera bouché, tout sera investi, il restera la mer, quand même, les océans. Et puis la lecture. Les gens vont découvrir ça. Un homme, un jour, lira. Et puis tout recommencera.

On repassera par la gratuité. C’est-à-dire que les réponses, à ce moment-là, elles seront moins écoutées. Ça commencera comme ça, par une indiscipline, un risque pris par l’homme envers lui-même. Le jour où il sera seul à nouveau, avec son malheur, et son bonheur, mais qui lui viendront de lui-même.

Peut-être que ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir, c’est très possible, espérons qu’il y en aura encore… »

Interview, Paris, septembre 1985. Merci aux Inrocks d’avoir exhumé ce texte.

Merci, les Marguerites, pour votre intelligence et votre modernité.

Bilan (et perspectives)


02 Fév

1er novembre 2012-2 février 2013 : trois mois d’existence de ce blog, 93 jours précisément et… c’est aujourd’hui le 100e post (ou article, ou texte : eh oui, si certains jours (rares), rien n’est paru sur ce blog, certains autres, j’ai posté 2 ou 3 textes différents). Cinq catégories, la plus fournie étant bien sûr celle liée à mon voyage au Japon, le « Japanese trip », 59 textes, très loin devant la deuxième « Inspirations », 16 posts, et les 3 autres (« Face B (la bande-son) », 12 ; « Entracte(s) », 12 ; « La transition, le transitionnement, même », 9).

En termes d' »audience », un peu moins de recul, j’ai installé les éléments permettant de mesurer la fréquentation fin novembre, le 26 (ce qui fait 67 jours de recul) :  plus de 1000 visites (1003 précisément), plus de 2000 pages vues (2105), et une durée moyenne de la visite de près de 4 minutes (3 minutes 51!).

Vous vous souvenez de mon premier post, le 1er novembre ?

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Il est bien sûr toujours visible ici et je compte reprendre une partie de son contenu pour faire un texte de présentation du blog sur la page d’accueil.

Ce que je retire de ces trois mois ?

Dans un premier temps, le bonheur d’avoir pu partager à distance et presque en temps réel les découvertes japonaises, puisque le voyage a succédé de peu à la mise en place du blog.

Au retour du Japon, celui d’avoir pu rester un peu plus longtemps « dans » le voyage, d’avoir pu « trier » les souvenirs (et les photos)  autrement, d’avoir dû les organiser, les ordonner, pour les mettre en forme et vous les faire lire ou voir. Et me faire comprendre ce que j’ai aimé de ce pays, et pour quelles raisons.

Ensuite, à partir de janvier, d’avoir cherché et trouvé d’autres sources d’inspiration, de réflexion, d’émerveillement, parfois, plus proches, plus quotidiennes.

Tout au long, le plaisir de l’écriture et celui de l’image. Trouver le bon mot, la bonne tournure, la bonne photo, le bon éclairage.  L’alliance des deux, pour trouver du sens, et parfois ajouter un peu de fantaisie, un peu de poésie, un peu de beauté, enfin j’espère. Et globalement, l’intérêt de voir en les montrant certains de mes centres d’intérêt. Et être attentive, autrement.

Enfin, techniquement, la recherche de l’info qui manquait pour présenter visuellement telle chose comme je le voulais, pour installer telle extension sur le blog qui permet de l’améliorer, en bref une meilleure maîtrise de l’outil. (et il reste du chemin!)

Les perspectives ?

Un post par jour était mon objectif dans les premiers mois, à la fois pour prendre le rythme de l’écriture, celui de l’inspiration, pour voir si j’en étais capable (!) et m’améliorer. C’est fait, et ce rythme-là me semble trop soutenu, à la fois pour moi (certains posts prennent du temps à rédiger et présenter… et ce ne sont pas forcément les plus réussis !) et pour les lecteurs. Je compte donc passer à deux posts par semaine (plus quelques bonus, le cas échéant !).

Je compte aussi étoffer les catégories, en en ajoutant une ou deux : c’est en réflexion.

Enfin, il va de soi que ce blog est pour l’instant à mon image : en transition. Il va donc continuer à évoluer, et à changer, pour se stabiliser dans une forme et sur des thèmes sans doute plus facilement identifiables, un jour… ou non !

Et comme ce 100e post est une étape, merci de m’avoir accompagnée et lue jusque-là.

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Un merci particulier à Catherine pour l’accompagnement pédagogique des premiers posts en direct des tables basses de nos chambres de ryokans. Et à Carole et Valérie pour l’assistance technique et les infos sur le Net et les outils.

(photo de l’auteur)

A même la peau


25 Jan

Je vous ai déjà parlé brièvement sur ce blog d’un de mes films préférés (un de mes 5 films préférés, et croyez-moi, ou plutôt faites l’exercice, il est difficile – quand on aime le cinéma, du moins !- de faire cette liste…), voir le post « Les outils du calligraphe » : « The Pillow Book », de Peter Greenaway, sorti en 1996.

Un film qui mêle trois des éléments que j’aime le plus au monde : l’écriture, dans ce qu’elle a de plus esthétique et aussi de plus physique, la calligraphie ; l’Asie, et plus précisément le Japon, et ses raffinements, ses traditions, ses idéogrammes et ses cruautés ; et le corps, désiré et désirant et ici aussi support à l’écriture et à ses beautés.

C’est un film qui me bouleverse et me touche à chaque vision (critère important pour faire partie du club des 5 films préférés !). Des premières images, de Nagiko enfant, écoutant l’histoire de l’origine de l’homme que lui raconte son père en écrivant sur son visage les idéogrammes correspondants…

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… à celles où elle cherche quelqu’un qui sera capable d’écrire sur sa peau avec autant de justesse…

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… puis au moment où elle décide d’écrire elle-même sur la peau des autres…

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Toutes ces images ne sont là que pour vous donner une idée de la splendeur visuelle du film (à laquelle on peut être complètement étanche, j’en connais !), et elles ne racontent bien sûr pas le cœur de l’histoire de Nagiko.

Ce rappel donc pour vous redire à quel point je suis toujours touchée quand il s’agit d’allier le pinceau et la peau et de tracer des signes sur l’enveloppe de nos corps.

Un des projets de Lionel Bayol-Thémines, sa série « Dédipix to futur » de 2011, m’a donc immédiatement tapé dans l’oeil et émue. Vous allez comprendre : une citation, la première est de René Char, un crayon, un corps, et le corps parle, aussi avec ou sans ses vêtements, et bien sûr, un appareil-photo, et un oeil…

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Une citation de Leonard de Vinci…

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Une de Gabriel Matzneff…

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Jacques Derrida…

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Une citation sans auteur, sans doute une phrase du photographe lui-même… Oui, « tout est permis en dedans »…

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On est loin de la sophistication et de l’esthétique de la calligraphie japonaise, on est loin du romanesque (je repense à cette phrase qui est écrite et prononcée par deux héroïnes de Truffaut, dans deux de ses films, « Jules et Jim » et « Les Deux Anglaises et le Continent » : « Ce papier est ta peau, cette encre est mon sang, j’appuie fort pour qu’il entre ».) . Mais même dans ce contexte, plus « brut », presque politique, cette idée et cette vision des mots à même le corps, d’écriture sur la peau, m’émeut, et il me semble que le message que la photo véhicule prend un sens beaucoup plus fort. Et plus intime.

Parce que, sans doute aussi, citation d’Eric Fottorino, la peau se souvient.

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Vous pouvez aller sur le site de l’artiste : vous trouverez bien une citation, une photo, un corps, et le mariage des trois, qui vous toucheront…

(Photos de « The Pillow Book » extraites du tumblr The Pillow Book ; Photos « Dédipix to futur » : site de Lionel Bayl-Themines. Un e-book des photos est même téléchargeable ici, merci à l’artiste).

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Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).