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Goodbye Yellow Brick Road


07 Mar

Elton John. Oui, Elton John. Je sais. Le gars qui a commencé à chanter il y a plus de quarante ans. Le vieux, un peu gros, qui s’est fait poser des implants de cheveux (je n’ai pas de preuves, mais je le pense sérieusement), qui chante ses bluettes, qui font un carton à chaque fois, dont on a les oreilles rebattues. Celui qui a chanté aux funérailles de Diana (la princesse, pas Diana Ross).

Avant d’être tout ça, qui n’est pas rien, et qui inclut le fait qu’il a vendu 350 millions de disques (je répète : 350 millions !), a fait 3000 concerts,  qu’il a épousé son compagnon et élève deux enfants avec lui, qu’il a été anobli par la reine d’Angleterre (délicieusement désuet, non ?), avant tout ça, donc, il y a eu les années 70, et ses premiers succès, ses excentricités vestimentaires, ses milliers de paires de lunettes, ses improvisations incroyables au piano, bref, son talent immense et sa personnalité. Ses chansons.

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Rappelez-vous, vous les connaissez forcément : « Your song », le magnifique « Rocket man », le sublime « Someone saved my life tonight »,  l’imparable « Sorry seems to be the hardest word », le faussement léger « Daniel »… tout ça dans le registre chansons plutôt lentes, voire tristes. Et dans le genre plus dansant, « Crocodile Rock », « Island Girl », « Take me to the pilot », « Bennie and the Jets »…

J’avais plusieurs disques de lui, notamment le premier « best of ».

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Une collection de monuments : mélodies et orchestrations limpides, textes au vocabulaire simple (parfait pour se mettre à niveau en anglais) mais au sens parfois double, voire triple (le premier parolier d’Elton, Bernie Taupin, lui a écrit toutes ses premières chansons et premiers tubes, une très belle et fructueuse collaboration), et d’interprétations sobres et délicates quand il le faut.

(Elton tout jeunot – et chevelu – et son parolier Bernie)

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Dans cette collection, « Goodbye Yellow Brick Road », chanson de 1973, issue du disque du même nom.

Ecoutez et regardez :

Certains diront : trop sirupeux ? J’assume. Il ne faut pas se fier aux apparences. Il ne s’agit pas d’une chanson d’amour, mais plutôt de désillusion, d’où la critique sociale n’est pas exclue :

When are you gonna come down ?/When are you going to land ?/
I should have stayed on the farm/I should have listened to my old man

You know you can’t hold me forever/I didn’t sign up with you
I’m not a present for your friends to open/This boy’s too young to be singing the blues

So goodbye yellow brick road/Where the dogs of society howl
You can’t plant me in your penthouse/I’m going back to my plough
Back to the howling old owl in the woods/Hunting the horny back toad
Oh I’ve finally decided my future lies/Beyond the yellow brick road

« Quand vas-tu redescendre ?/Quand vas-tu atterrir ?
J’aurais dû rester à la ferme/J’aurais dû écouter mon père
Tu sais que tu ne peux pas me retenir pour toujours/je n’ai rien signé avec toi
Je ne suis pas un cadeau à déballer pour tes amis/ce garçon est trop jeune pour chanter le blues

Alors, adieu, chemin (ou « route ») de briques jaunes,/où les chiens de la société aboient
Tu ne peux pas me planter dans ton bel appartement/je retourne à ma charrue
et à la vieille chouette hululant dans les bois/qui chasse le crapaud noir et cornu
Oh, j’ai finalement décidé que mon avenir se trouve/au-delà du chemin de briques jaunes »

What do you think you’ll do then/I bet that’ll shoot down your plane
It’ll take you a couple of vodka and tonics/To set you on your feet again

Maybe you’ll get a replacement/There’s plenty like me to be found
Mongrels who ain’t got a penny/Sniffing for tidbits like you on the ground

So goodbye yellow brick road/Where the dogs of society howl
You can’t plant me in your penthouse/I’m going back to my plough
Back to the howling old owl in the woods/Hunting the horny back toad
Oh I’ve finally decided my future lies/Beyond the yellow brick road

« Que penses-tu faire ?/je parie que tu vas être abattu
Il va bien te falloir un double vodka-tonic/pour te remettre sur pied
Tu me trouveras peut-être un remplaçant/On en trouve plein, des comme moi
Des corniauds, qui n’ont pas un sou/qui reniflent au niveau du sol pour trouver des morceaux de choix comme toi

Alors, adieu, chemin de briques jaunes,/où les chiens de la société aboient
Tu ne peux pas me planter dans ton bel appartement/je retourne à ma charrue
et à la vieille chouette hululant dans les bois/qui chasse le crapaud noir et cornu
Oh, j’ai finalement décidé que mon avenir se trouve/au-delà du chemin de briques jaunes »

Bon, vous êtes comme j’étais, vous vous demandez : c’est quoi, ce chemin de briques jaunes ? Il avait trop fumé d’herbe qui fait rigoler, le parolier ?

Ben non : le chemin de briques jaunes, dans la culture anglo-saxonne, fait référence au « Magicien d’Oz ». Vous savez, le film musical (qui auparavant, était un livre, un des plus célèbres de la littérature pour enfants) avec Judy Garland, dans le rôle de Dorothy, et son chien Toto, qui atterrissent (à la suite d’une tornade, depuis leur Kansas natal) à Munchkinland, une contrée du pays d’Oz. Là, elle rencontre une bonne puis une méchante sorcière, qui la menace, elle et Toto, à cause d’une paire de chaussures rouge, sans doute magique, que Dorothy s’est appropriée par erreur… pour s’en sortir, elle  doit aller chercher de l’aide auprès du magicien d’Oz qui habite dans la cité d’émeraude, et pour le trouver, qu’est-ce qu’elle suit ? Bingo ! la route de briques jaunes, sur laquelle elle rencontrera ses futurs amis, l’épouvantail, l’homme en fer blanc, et le lion peureux (comme quoi l’auteur aussi avait fumé de l’herbe qui fait rigoler) qui l’aideront dans sa quête…

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(Notons au passage que le livre d’où est tiré le scénario, ce roman pour enfants de L. Frank Baum paru en 1900, était en fait une allégorie… de la crise économique vécue par les agriculteurs de l’ouest américain à la fin du XIXe siècle, et une critique des solutions proposées par les économistes et politiques de l’époque.)

C’est un must de la culture nord-américaine, dont on connaît forcément des bribes, notamment la chanson-phare du film, « Over the rainbow »…

http://www.dailymotion.com/video/x1w6yi

Avec la morale du film (in english, there’s no place like home, « il n’y a pas de meilleur endroit que sa maison »), on fait le lien avec ce que chante le personnage de la chanson d’Elton John : on a beau courir après l’or et les paillettes, les illusions finissent par apparaître pour ce qu’elles sont. Et rien ne vaut l’endroit auquel on appartient. Au-delà du chemin de briques jaunes, bien sûr.

(photos 1 (lien inactif) ; 2 ; 3 ; 4)

(Spéciale dédicace : Félix, « je reste auprès de ceux que j’aime »)

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