Posts Tagged ‘Etienne Daho’

Tant d’espace(s)


12 Juil

Je parlais d’espace… en plan très large, sentiment d’immensité, noyé dans la lumière, magnifié par l’entrelacs des nuances infinies du bleu et du sable du rivage, à marée basse…

neelhe-granville-juillet13 (2)

… ou vers le soleil, où l’eau et le ciel se confondent dans un même éblouissement…

neelhe-granville-juillet13 (3)

… et, changement d’échelle, en très gros plan, ce petit coquillage dépassant d’une mare d’eau de mer aux reflets doux sur la grève, et les grains de sable qui l’entourent…

neelhe-granville-juillet13

La beauté immense constituée, comme un kaléidoscope, de milliards de minuscules fragments d’infinitésimale beauté, presque invisible à l’oeil nu…

(photos de l’auteur)

Bande-son : Etienne Daho – non, pas « Bleu comme toi » (trop facile) et justement déjà cité dans « Bleu » – mais le langoureux et presque dangereux « Caribbean Sea » (« Caribbean, caribbean Blue, Blue Nights, on islands ») du même album « Pour nos vies martiennes » de 1988.

Bleu


13 Avr

Bertrand m’a fait une blague dans la vitrine de « Madison »  cette semaine.

neelhe-bleu

Une pochette bleue, sans nom, ni titre. Une pochette aquatique, ou pluvieuse. Il m’a mise au défi de trouver quel est le groupe qui a sorti ce disque mystérieux. J’ai cherché, et je n’ai pas trouvé. Ce n’est pas grave (il me le dira, et je vous transmettrai !), parce que je la trouve belle, cette pochette, et que je rebondis sur un sujet lui aussi d’actualité pour moi : les couleurs. Puisque je suis en train de lire le passionnant petit bouquin de M. Pastoureau et D. Simonnet, « Le petit livre des couleurs » (121 pages, en poche !). Le premier chapitre est justement consacré au bleu.

Aujourd’hui couleur préférée des Européens, et donc des Français, il était pourtant dans l’Antiquité et le haut Moyen Age une couleur discrète, presque méprisée, en tout cas dédaignée, à peine considérée comme une couleur en soi, contrairement au blanc, au rouge et au noir.

On a du mal à l’envisager, tant le bleu nous est une couleur familière.

Le bleu de Loire, été…

neelhe-bleu (3)

… hiver…

neelhe-bleu (8)

… le bleu des villes…

neelhe-bleu

… le bleu des mers…

neelhe-bleu (5)

… le bleu du ciel japonais (leur couleur préférée, à eux, est le noir)…

neelhe-bleu (6)

… le bleu du ciel français…

neelhe-bleu (2)

C’est au XIIe et XIIIe siècles que le bleu prend sa place et ses titres de noblesse. Pour des raisons religieuses (je ne peux pas résumer ici les subtilités de toute l’évolution de notre rapport au bleu, ni aux autres couleurs… vraiment, lisez ce petit livre si le sujet vous intéresse, il est court, facile d’accès et très enrichissant). Le Dieu des chrétiens devient un dieu de lumière. Et la lumière devient… bleue !

neelhe-bleu (10)

Extrait, qui concerne notre douce  région : « Vers 1130, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis, ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres… »

… Je sais, c’est bien beau tout ça, mais ce que vous voulez, c’est du bleu dans le ciel (et dans votre moral) MAINTENANT. Y a des trucs que je peux pas faire, sorry. Mais je peux vous remettre en tête quelques ritournelles, avec « bleu » dedans ; certaines vous aideront peut-être à passer une meilleure journée…

Daho, bien sûr, « Bleu comme toi »

Image de prévisualisation YouTube

Christophe, « Les mots bleus »

Image de prévisualisation YouTube

Chris Isaak, « Blue Hotel »

Image de prévisualisation YouTube

Joni Mitchell, sublime, « Blue »

Image de prévisualisation YouTube

Y en a d’autres : « La Java bleue », le « Blue suede shoes »  d’Elvis et son refrain éternel (traduit, c’est moins flamboyant, forcément : « tu peux faire ce que tu veux, mais ne marche pas sur mes chaussures en daim bleu »), je vous laisse compléter la liste… et attendre le bleu, avec patience, comme nous y enjoint cette couleur paisible…

 

(Photos de l’auteur : 1 et 2, bords de Loire, Tours ; 3, Paris (tours de Saint-Sulpice et clocher de Saint-Germain-des-Près assez reconnaissables) vu du dernier étage du Centre Pompidou ; 4 Ile principale de Chausey ; 5 temple Senso-ji, Tokyo, Japon ; 6 bords de Loire, Tours ; 7 vitrail de la cathédrale Saint-Gatien, Tours)

L’adorer


28 Jan

Le nom d’Étienne Daho lancé dans une conversation entre amis provoque immanquablement des discussions assez animées au bout desquelles il apparaît clairement que les gens qui ne l’aiment pas ne l’aiment pas exactement pour les mêmes raisons que les gens qui l’aiment l’aiment, et que tout est vraiment question de point de vue, car comme il le chante avec Dutronc « Tous les goûts sont dans la(ma) nature »: « il n’a pas de voix » versus « j’adore sa voix et sa façon de chanter, de plus en plus sensuelles » ; « ses textes sont nuls » versus « il parle de choses intimes avec sincérité et pudeur » ; « il ne parle que de son nombril » versus « en parlant de lui, il touche tout le monde »; « il dit toujours la même chose » versus « il réussit à être touchant en évoquant les moments forts d’une histoire amoureuse, la rencontre, le désir, et la fin bien sûr »; « il n’a aucune présence » versus « je l’ai vu en concert plusieurs fois, il a une réelle présence et il est heureux d’être sur scène et de partager »…

Vous vous doutez que si je vous parle de lui, c’est que je me place franchement dans la seconde catégorie, celle des gens qui l’aiment. (et qui aiment les pulls marins, aussi, d’ailleurs.)

neelhe-etiennedaho-2013 (2)

Choix difficile que celui de la chanson emblématique de cette relation à Daho, qui a traversé les époques, d’abord assez légèrement puis de plus en plus « charnellement ». Depuis son premier album « La Notte, la notte » de 1984  jusqu’au dernier « L’invitation »  de 2007 ou plutôt « Le condamné à mort », 2010,  avec Jeanne Moreau sur le texte de Jean Genet et la musique d’Hélène Martin, il y a eu les tubes d’époque bien sûr (« Week-end à Rome », « Paris le Flore », »Duel au soleil »(ma préférée de cette catégorie), « Bleu comme toi »…), mais aussi certaines chansons moins connues, des faces B pour le coup :  « Promesses »  (très belle version sur le dernier live de Pleyel), « Quelqu’un qui m’ressemble », « (Qui sera demain) Mieux que moi », « Carribean Sea »,  « Les Passagers » (chanson en apesanteur), « Des adieux très heureux » , « La Mémoire vive » (petite chanson merveilleusement solaire et douce : « Premier soleil de l’an deux mille/Bien à toi »)…

Et, sur le dernier album, le sublime « L’adorer »  :

« Avant que l’infidèle à la beauté assassine/ne me morde la main/ne me couronne d’épines/Désadorer l’adorer/

Avant que ses baisers ne deviennent couteaux/que ses bouquets de fleurs ne me fassent la peau/Désadorer l’adorer/

Mais arborer/ce chagrin si haut/que je porte/beau comme un drapeau/en vainqueur/dont on admire le sort/courageux/qui sait aimer trop fort/

Car comme les dieux qu’on adore adorer/j’adorais l’adorer… »

ici en live à Pleyel (avec Edith Fambuena à la guitare) :

Image de prévisualisation YouTube

« L’adorer », écrit à l’origine pour figurer dans la bande originale du film de Gaël Morel « Après lui », avec THE Deneuve, qu’il chante donc avec elle, dans une version studio reprise dans la compile « Monsieur Daho ».

Pourquoi j’aime Daho ? Parce que j’ai vieilli avec lui, certainement. Parce qu’il décrit sans complaisance les ruses et les délices du désir (« Ouverture », « L’invitation », « Les voyages immobiles »), la difficulté d’aimer durablement. Et les souffrances de la rupture et du renoncement (« La Baie », déchirant). Qu’il n’a plus peur de prendre des risques (il faut le chanter, ce « Condamné à mort », même avec l’appui de Jeanne Moreau, ce n’est vraiment pas un texte neutre).

neelhe-etiennedaho-jeannemoreau-jeangenet-condamnéàmort

Alors, justement, parce que le texte est magnifique, et qu’il la chante parfaitement : « Sur mon cou », extrait du « Condamné » :

Image de prévisualisation YouTube

« Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou/Que ma main plus lègère et grave qu’une veuve /Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve, /Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne /Arrive dans mes yeux qui seront morts demain. /Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main /Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir, /Ni les fleurs soupirer, et des près l’herbe noire /Accueillir la rosée où le matin va boire, /Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.
Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde ! /Visite dans sa nuit ton condamné à mort. /Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords, /Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour. /Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes. /On peut se demander pourquoi les Cours condamnent /Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.
Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes ! /Traverse les couloirs, descends, marche léger, /Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger, /Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs, s’il le faut marche au bord /Des toits, des océans, couvre-toi de lumière, /Use de la menace, use de la prière, /Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort. »

Bouleversant.

(Vous voulez une bonne nouvelle ? Daho est en studio, un nouvel album est prévu pour l’automne.)

(Spéciale dédicace : Delphine G., Cucuron, Luberon, 2004)

(Photo E. Daho – lien supprimé, sorry  ; photo E. Daho et J. Moreau)

Frimas


17 Jan

C’est parti, comme tous les ans : « l’offensive de l’hiver ». On râle, on s’emmitoufle, on s’écharpe, on se gantise, on se bonnetise, on pense à la note de chauffage, on souffle en montant les bûches de la cave, on ajoute une deuxième couette sur le lit, on dort avec des chaussettes.

En février dernier, remember, il faisait déjà (!)  froid, il avait neigé, pas mal, la Loire se refroidissait elle aussi. J’étais sur ses rives. C’était beau…

Comme ces flocons, mi-neige, mi-glace, restés prisonniers au bout des branches de ce saule, à  la lisière de l’eau, comme les éléments d’un mobile naturel…

neelhe-tours-neige2012 (3)

Délicat, parfois,

neelhe-tours-neige2012 (4)

Graphique, souvent…

neelhe-tours-neige2012 (5)

Comme un rappel de la fragilité des choses et de leur courage…

neelhe-tours-neige2012 (7)

Et de la grâce de la nature, même en dessous de zéro…

neelhe-tours-neige2012

Ce jour-là, il faisait gris ; les jours suivants, il s’est mis à faire un soleil radieux, un ciel bleu clair magnifique, et le thermomètre continuait à descendre, ça caillait sec. S’il neige demain là où je suis, comme nous l’annoncent nos prévisionnistes, je vous montrerai mes clichés des jours de soleil et de neige, bleus et blancs, promis. En attendant, couvrez-vous bien.

(Photos de l’auteur)

Bande-son : Étienne Daho : « Quatre hivers » (« Déjà quatre hivers/à ne savoir que faire »); les Valentins, « Février » (« L’hiver était las/De m’entendre claquer des doigts/Des cieux bleus de froid/Qui s’étendent jusqu’où l’on voit/Mais février m’a fait vriller »); Jean-Louis Murat « Margaux » (« Le givre brille à ma fenêtre/tu es loin/Ô Margaux ») et « Le Troupeau » (« D’avoir mené les chevaux/D’avoir traversé les glaces/Pour me bâtir un troupeau/N’apaise pas mon angoisse »).

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).