Posts Tagged ‘François Truffaut’

François


26 Oct

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Je suis tombée amoureuse de François Truffaut peu de temps avant sa mort. J’étais (très) jeune, c’était en 1983. J’ai un souvenir très précis de ma sortie de la salle de cinéma (« L’Eden ») où je venais de voir « Vivement dimanche ! », ce polar pas très sérieux (« Barbara, vous me mettez dans l’embarras »!) en noir et blanc, me retrouvant sur le trottoir ensoleillé (vérification faite, le film est effectivement sorti en août de cette année 1983), éblouie par la lumière d’été et surtout par le rythme et le charme du film. C’est dans ce même cinéma que j’avais vu trois ans auparavant « Le dernier Métro » (je me souviens très bien, là encore, de cette première vision et notamment de la « fausse fin » – la pièce de théâtre s’insérant parfaitement dans l’intrigue – qui m’avait ravie). Je ne savais pas, et le réalisateur non plus, que « Vivement dimanche » serait son dernier film.

On en trouve peu d’extraits sur le web (celui-là, en français, est sous-titré en espagnol… et Fanny est si délicieuse).

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Alors je ne pouvais pas ne pas aller à…

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… qui rend ces jours-ci hommage à Truffaut dans une belle expo. J’y suis même allée précisément trente ans et un jour après sa mort (dont je me souviens, bien sûr)…

On y trouve une reconstitution du bureau dans lequel il concocta la plupart de ses vingt et un longs-métrages…

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Des photos, des lettres (certaines comme des clins d’oeil)…

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… des objets, comme ceux-ci…

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… qui appartiennent à Antoine Doinel dans…

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… des extraits de films – ou de casting, comme les essais – irrésistibles – de Jean-Pierre Léaud pour « Les 400 coups »…

http://www.dailymotion.com/video/x3z4ka

… Certains souvenirs, tendres et légers ou plus teintés de gravité, voire de drame… La scène finale de « La Femme d’à côté »…

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… et le résumé du début du scénario, de l’écriture reconnaissable de François…

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Au même titre que Springsteen (voir « Thunder Road ») ou Sanson (voir « Besoin de personne ») pour la bande-son, les films de Truffaut ont été des repères dans mon parcours, des clés de compréhension possibles et des moments émus, bouleversants ou heureux, de cinéma. Et pour revoir son visage, réentendre sa voix si caractéristique, et retomber sous son charme, cette interview du moment de la sortie de « Vivement dimanche ! » (on y revient), avec Christine Ockrent…

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Et un extrait du texte de « Jules et Jim » : … « La vie était vraiment des vacances. Jamais, Jules et Jim n’avaient manié d’aussi gros dominos. Le temps passait, le bonheur se raconte mal, il s’use aussi sans qu’on en perçoive l’usure… »

Bande-son : bien sûr, « Le tourbillon » de Jeanne dans le même « Jules et Jim ». Comment résister ?

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(photos de l’auteur, de l’exposition « François Truffaut » à la cinémathèque française.)

Férié


25 Déc

Je me joins (espace-temps un peu différé) à Alfred Hitchcock et sa femme Alma, quand ils souhaitaient à François Truffaut…

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… un très heureux no-L. Moi, c’est à vous, amis lecteurs.

Profitez !

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Le Delta


02 Juil

Je repensais à mon post sur la salle de cinéma anglaise si charming et vintage croisée dans le Somerset (voir « All Stars »)… Dans la ville où j’ai grandi, il y avait à l’époque plusieurs cinémas, l’Eden, le Celtic, le Moulin Blanc, et quelques autres, que m’ont permis de voir mes premiers dessins animés, enfant, puis mes premiers « vrais »  films en famille, entre amis, et puis assez vite « mes » films en solo. J’ai des souvenirs précis de la séance au cours de laquelle j’ai vu « Elephant man » de David Lynch, et mes trois premiers Truffaut (qui allaient aussi être ses derniers), au moment de leur sortie, « Le Dernier Métro », « La Femme d’à côté » et « Vivement dimanche » (contraste entre le noir et blanc sombre du film et le soleil éclatant du samedi après-midi d’août, à la sortie de la salle).

Aujourd’hui, plus de Moulin Blanc, plus de Celtic, plus d’Eden, sur l’emplacement duquel avait été ouvert, peu de temps avant que je quitte la ville, le premier « multisalles », le Delta, quatre salles, un truc de fou à l’époque.

Mais le Delta, qui a été longtemps le seul cinéma de la ville, a lui aussi fermé.

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Heureusement pour la vie locale, un « multiplexe » l’a remplacé, qui en plus de ses missions de distribution de junk food (pop-corn et Coca) et de films d’action américains en 3D, programme de temps à autre un film français d' »art et d’essai » qui attire, victoire, quatre  ou cinq spectateurs dans une des salles les plus petites…

Et le Delta est resté depuis lors à l’abandon, avec sa façade rose et ses emplacements d’affiches vides, symbole nostalgique de « La Dernière Séance », la chanson d’Eddy Mitchell, « C’était sa dernière séance, c’était sa dernière séquence, et le rideau sur l’écran est tombé »…

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(Mais le Delta, qui est aussi le nom d’une rue du IXe arrondissement de Paris, et le titre d’une vieille chanson de Julien Clerc -« Comme une rivière en delta »- est un symbole plus vaste et parfois plus heureux que ce cinéma…)

(photos de l’auteur)

A même la peau


25 Jan

Je vous ai déjà parlé brièvement sur ce blog d’un de mes films préférés (un de mes 5 films préférés, et croyez-moi, ou plutôt faites l’exercice, il est difficile – quand on aime le cinéma, du moins !- de faire cette liste…), voir le post « Les outils du calligraphe » : « The Pillow Book », de Peter Greenaway, sorti en 1996.

Un film qui mêle trois des éléments que j’aime le plus au monde : l’écriture, dans ce qu’elle a de plus esthétique et aussi de plus physique, la calligraphie ; l’Asie, et plus précisément le Japon, et ses raffinements, ses traditions, ses idéogrammes et ses cruautés ; et le corps, désiré et désirant et ici aussi support à l’écriture et à ses beautés.

C’est un film qui me bouleverse et me touche à chaque vision (critère important pour faire partie du club des 5 films préférés !). Des premières images, de Nagiko enfant, écoutant l’histoire de l’origine de l’homme que lui raconte son père en écrivant sur son visage les idéogrammes correspondants…

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… à celles où elle cherche quelqu’un qui sera capable d’écrire sur sa peau avec autant de justesse…

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… puis au moment où elle décide d’écrire elle-même sur la peau des autres…

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Toutes ces images ne sont là que pour vous donner une idée de la splendeur visuelle du film (à laquelle on peut être complètement étanche, j’en connais !), et elles ne racontent bien sûr pas le cœur de l’histoire de Nagiko.

Ce rappel donc pour vous redire à quel point je suis toujours touchée quand il s’agit d’allier le pinceau et la peau et de tracer des signes sur l’enveloppe de nos corps.

Un des projets de Lionel Bayol-Thémines, sa série « Dédipix to futur » de 2011, m’a donc immédiatement tapé dans l’oeil et émue. Vous allez comprendre : une citation, la première est de René Char, un crayon, un corps, et le corps parle, aussi avec ou sans ses vêtements, et bien sûr, un appareil-photo, et un oeil…

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Une citation de Leonard de Vinci…

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Une de Gabriel Matzneff…

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Jacques Derrida…

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Une citation sans auteur, sans doute une phrase du photographe lui-même… Oui, « tout est permis en dedans »…

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On est loin de la sophistication et de l’esthétique de la calligraphie japonaise, on est loin du romanesque (je repense à cette phrase qui est écrite et prononcée par deux héroïnes de Truffaut, dans deux de ses films, « Jules et Jim » et « Les Deux Anglaises et le Continent » : « Ce papier est ta peau, cette encre est mon sang, j’appuie fort pour qu’il entre ».) . Mais même dans ce contexte, plus « brut », presque politique, cette idée et cette vision des mots à même le corps, d’écriture sur la peau, m’émeut, et il me semble que le message que la photo véhicule prend un sens beaucoup plus fort. Et plus intime.

Parce que, sans doute aussi, citation d’Eric Fottorino, la peau se souvient.

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Vous pouvez aller sur le site de l’artiste : vous trouverez bien une citation, une photo, un corps, et le mariage des trois, qui vous toucheront…

(Photos de « The Pillow Book » extraites du tumblr The Pillow Book ; Photos « Dédipix to futur » : site de Lionel Bayl-Themines. Un e-book des photos est même téléchargeable ici, merci à l’artiste).

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Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).