Posts Tagged ‘Gérard Manset’

L’épée de lumière


13 Mai

Quand j’ai sorti mon fidèle Bic Cristal de mon sac, voilà ce que j’ai déposé sur la table :

neelhe-l'épée de lumière (1)

Un (modeste) crayon brisé en son centre.

Vous savez à quoi cette vision m’a fait penser ?

neelhe-l'épée de lumière (2)

Ceux qui ont lu l’œuvre maîtresse et magistrale de Tolkien (comme moi il y a longtemps) ou ceux qui ont vu au cinéma la très belle trilogie de Peter Jackson tirée du « Seigneur des Anneaux » (comme moi plus récemment) ont saisi l’allusion : avant même le début des événements rapportés par le récit, dans des temps très anciens et très légendaires (ah bon ?), l’épée du roi Elendil, qui s’appelle Narsil (oui, car dans ces contrées, les épées ont des noms), se brise en plusieurs morceaux lorsque Sauron (le super méchant, pour ceux qui ne connaissent pas – pire que ça, le mal incarné, le « Seigneur des Ténèbres ») tue le roi lors de la bataille de Barad-dûr. Son fils aîné utilise le moignon de l’épée pour couper l’un des doigts de Sauron, celui qui porte l’Anneau Unique (le « Préccccieux »), dont il sera question tout au long de l’épopée puisqu’il s’agira de le détruire, lui et sa force maléfique (« Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver. Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. » – autant vous dire qu’on n’en mène pas large). Les restes de l’épée Narsil sont amenés dans un des royaumes elfes, Fondcombe, où elle sera plus tard reforgée sous le nom d’Andùril (et servira bien sûr du côté des bons contre les méchants).

Le crayon. L’épée. Et une chanson m’est revenue en tête. Manset, 1982, dans l’excellent 33 tours « Comme un guerrier ». La dernière chanson de l’album s’appelle « L’épée de lumière ». Si on passe sur la musique (assez datée, mais assez rock, surtout pour du Manset) et le début des paroles, on arrive au refrain :

« … Et je porte avec moi/Sur le côté droit/Le crayon
L’épée de lumière/Est pointée devant moi
Le canon
Et je porte avec moi/Le crayon/L’épée de lumière/Le canon
Qui sert aux hommes…
Qui sert aux hommes… »

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Le crayon, l’épée de lumière, le canon. Bel hommage à l’objet mais surtout à son pouvoir. Capable de contrer celui, maléfique, de l’Anneau, qui peut prendre, on le sait (et c’est sa force), de multiples formes.

Tout ça à cause d’un Bic Cristal.

(photo de l’auteur. épée Narsil)

Entrez dans le rêve


30 Avr

Cette semaine dans la vitrine de Bertrand-le-disquaire-de-Madison :

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« Lumières », disque de 1984 de Gérard Manset, que j’ai déjà cité dans ce blog (voir le post « Lueurs ») ; qui figure toujours dans ma « vinylethèque », avec les autres disques de Manset que j’ai écoutés en boucle pendant mon adolescence et mes débuts d’adulte.

Résumé rapide : Manset est depuis 1968 (date de son premier disque, « Animal on est mal ») un auteur-compositeur-interprète, et aussi un peintre, un photographe (j’ai vu une de ses expos l’année dernière à la galerie VU à Paris) et un écrivain (son livre sur Bashung « Visage d’un dieu inca » vient de sortir en poche). Il est aussi un grand voyageur, notamment en Asie à la fin des années 70, début des années 80 (« Royaume de Siam »). Vous vous souvenez sans doute du succès qui l’a fait connaître, « Il voyage en solitaire » en 1975, complainte au piano tremblé (il était barbu et chevelu, c’était l’époque qui voulait ça !) :

Image de prévisualisation YouTube :

D’accord, la pochette de « Lumières » donne plutôt envie de partir en courant (où a-t-il été chercher ce communiant ?). D’accord,  « Lumières » n’est sans doute pas le 33 tours de lui que je préfère (ce serait plutôt « Royaume de Siam », ou « Le train du soir » ou « Long long chemin » ou alors « L’atelier du crabe », vous voyez, j’ai le choix). Mais y figure (entre autres, quand même) cette chanson, « Entrez dans le rêve » dont j’ai toujours trouvé le texte très pertinent, très pointu presque dans ce qu’il décèle de notre réalité, et dont on parle généralement très rarement dans les chansons : l’omniprésence des écrans (en 84, il s’agissait essentiellement de la télé), de la fiction, et la déformation de la réalité qu’elle induit. Et le questionnement va s’élargissant – il s’agit de Manset, le chanteur le plus cortiqué, le plus exigeant (il a quand même sorti un disque où il chante en latin un extrait de « La Guerre des Gaules » de Jules César), le plus parano peut-être (et peut-être à juste titre), en tout cas le plus original. Sur cette photo d’une époque antérieure (sans doute 1981, l’époque de « L’atelier du crabe »), on voit bien qu’il ne rigole pas, le Gérard.

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A cela s’ajoutent sa voix, brûlée (j’ai beau chercher, c’est ce terme qui me semble correspondre le mieux), et, sur « Entrez dans le rêve » sa musique, assez datée (80’s, ce qui n’est pas une insulte !) et au service de ce texte ciselé, percutant et poétique :

Jugez-en plutôt :

« Ramenez le drap sur vos yeux/Entrez dans le rêve/
Reprendre la vie des autres où on l’a laissée/Quand le jour s’achève/
Voir les couleurs voir les formes/Enfin marcher pendant que les autres dorment/
Voir les couleurs voir les formes…
Les villes sont des villes bordées de nuit/Et peuplées d’animaux qui marchent sans bruit/
Toujours dans votre dos, la peur qui vous suit/Toujours dans votre dos… »

Vous voulez écouter  (pas de vidéo correspondante, juste un défilé de photos de ciel…) ?

Image de prévisualisation YouTube

« Ramenez le drap sur vos yeux/Entrez dans le rêve/
Allumez l’écran merveilleux/Quand le jour s’achève/
Retrouver l’amour blessé/Au fond du tiroir où on l’avait laissé/
Retrouver l’amour blessé… »

Et cette phrase, qui déborde le cadre strict du propos de la chanson- un de ces raccourcis et de ces fulgurances qui font que j’aime Manset par-delà les années :

« Découper le monde à coups de rasoir/Pour voir au cœur du fruit le noyau noir/
La vie n’est pas la vie ni ce qu’on nous fait croire/
La vie n’est pas la vie… »

Et comme un apaisement, presque logiquement, sur ce même album figure une chanson assez longue, « Finir pêcheur », qui donne une porte de sortie possible à ce constat (« la vie n’est pas la vie, ni ce qu’on nous fait croire »). Et parfois, oui, c’est juste ça qu’on voudrait, sur un rivage lointain, calme et si possible ensoleillé : « Un jour, finir pêcheur/Mollusque divin/Peau de parchemin… » .

(photo 1 de l’auteur ; photo 2)

Lueurs


31 Jan

Il y a une chose dont je suis de plus en plus sûre, c’est que…

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Parfois on ne comprend pas, parce que c’est un peu fouillis, en noir et blanc…

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ou en couleur…

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Parfois on n’entend pas, parce qu’on est…

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Alors que souvent il faut  juste regarder (les formes)…

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Si on peut, s’émerveiller (du désordre)…

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Et intégrer qu’il n’y a…

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… à comprendre.

La lumière se suffit à elle-même.

(Photos de l’auteur : exposition à la Maison Rouge, « Néon, who’s afraid of red, yellow and blue ? « , février-mai 2012)

(Bande-son : Gérard Manset,  « Lumières »; Dominique A., « Par les lueurs »)

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