Posts Tagged ‘Guise’

Escalier


27 Mai

… La photo que je  préfère de ma visite au familistère de Guise (voir « Familistère ») : une vue en contre-plongée (le terme semble un peu emphatique…) d’un des escaliers qui relie les différents étages du bâtiment principal du Palais social.

neelhe-familistère Guise (13)

Trajet en coquille d’escargot (voir « La liberté de l’escargot »), décor de film se déroulant dans un 36, quai des Orfèvres lumineux ou au bout de la salle des Pas perdus (j’adore ce nom) d’un grand tribunal, décor kafkaïen d’un bâtiment administratif labyrinthique… L’ensemble du Familistère serait d’ailleurs un décor rêvé pour le tournage d’une histoire en cinémascope (je sais, ça n’existe plus) ou en vidéo… ce qu’on déjà fait, mais en bande dessinée, les auteurs de « De briques et de sang », David François et Régis Hautière, dont l’histoire se déroule à Guise entre 1914 et 1936.

Je vous laisse rêver…

(photo de l’auteur)

Familistère


22 Mai

Le familistère de Guise dans l’Aisne (voir « Centenaire ») est un haut lieu de l’histoire économique et sociale du XIXe et XXe siècles, nous dit notre ami Wikipédia.

A première vue, c’est un ensemble de bâtiments en brique rouge (on est en Picardie, pas très loin de la Belgique, et du Nord), dont l’essentiel s’articule autour d’une grande place au milieu de laquelle trône une statue : celle du fondateur. Jean-Baptiste André Godin.

neelhe-familistère Guise (34)

Godin est le fondateur de la société des poêles en fonte qui porte son nom : les fameux poêles Godin, dont voici un des (très) nombreux modèles.

neelhe-familistère Guise (8)

Sa tête ? (pas rigolard sur ce cliché, je vous l’accorde…)

neelhe-familistère Guise (7)

Ses idées, à la base de la fondation du familistère ?

neelhe-familistère Guise (6)

Vous commencez à voir ?

Né en 1817, Godin apprend très jeune le travail des métaux (son père est serrurier), et fait pendant deux ans, en compagnie d’un de ses cousins, le Tour de France des compagnons. Il découvre à cette occasion la misère de la vie des ouvriers. Revenu dans sa ville natale, il  dépose en 1840 un brevet pour la fabrication de poêles en fonte et fonde une petite manufacture. Il découvre en parallèle les écrits de Charles Fourier, le philosophe français inventeur du concept de phalanstère. En 1946, il installe à Guise sa manufacture d’appareils domestiques. En 1887, l’usine emploie 1 526 employés.

Je copie ici le paragraphe de Wikipédia qui concerne la présentation de l’idée du familistère : « Sensible à l’idée de la redistribution des richesses industrielles aux ouvriers, il souhaite créer une alternative à la société industrielle en plein développement à son époque, et offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois pouvaient alors bénéficier.

À partir de 1859, il entreprend de créer un univers autour de son usine de Guise, le familistère, dont le mode de fonctionnement peut être considéré comme précurseur des coopératives de production d’aujourd’hui. Il favorise le logement en construisant le Palais social (logements modernes pour l’époque), des lavoirs et des magasins d’approvisionnements, l’éducation en construisant une école obligatoire et gratuite, les loisirs et l’instruction avec la construction d’un théâtre, d’une piscine et d’une bibliothèque. Tous les acteurs de l’entreprise avaient accès aux mêmes avantages quelle que soit leur situation dans l’entreprise. La construction du Familistère de Guise s’étend de 1859 à 1884. Au cours de cette période, l’activité de la manufacture se développe considérablement pour employer jusqu’à 1 500 personnes. »

Reprenons :

Le familistère comprend plusieurs ensembles de bâtiments : le Palais social, formé d’un pavillon central encadré par deux ailes de taille un peu plus modeste, destiné à l’habitation (plus le pavillon Cambrai, situé à l’écart du Palais social en face de son aile droite, lui aussi destiné à l’habitation. C’est le bâtiment le plus tardif, construit en 1883).

neelhe-familistère Guise (2)

… le bâtiment des économats (où les habitants pouvaient s’approvisionner en produits frais à prix avantageux car négociés), en face de l’aile gauche du Palais social.

neelhe-familistère Guise (33)

… le bâtiment des écoles et du théâtre, en face du pavillon central du Palais social.

neelhe-familistère Guise (35)

… la buanderie, les bains et la piscine, situé sur l’autre rive de l’Oise, du côté de l’usine.

neelhe-familistère Guise (11)

Godin a une idée que je trouve très pionnière : il pense qu’on doit améliorer les conditions de vie des familles ouvrières, en leur apportant les « équivalents de la richesse ».

« Cette expression désigne l’ensemble des conditions de confort, de salubrité, d’enrichissement culturel que la bourgeoisie s’offre par l’argent et que les « Familistériens » pourront s’offrir désormais par la coopération. Hygiéniste convaincu, Godin inclut dans ces « équivalents de la richesse » tout ce qui garantit la salubrité du logement. La luminosité des appartements, la circulation de l’air, l’accès à l’eau potable à chaque étage sont des éléments fondamentaux que garantit l’architecture particulière des bâtiments. » Ici, la cour intérieure (et couverte par une magnifique et gigantesque verrière) du bâtiment central du Palais social :

neelhe-familistère Guise (3)

Vue d’une des coursives :

neelhe-familistère Guise (20)

Il faudrait détailler l’intelligence et le soin avec lequel ces bâtiments ont été pensés, conçus et construits. Ici, l’intérieur d’un logement (tous modulables en fonction du type de famille qui l’occupait) :

neelhe-familistère Guise (26)

Vous voulez des chiffres ? (merci encore, Wikipédia) 30 000 m2 de surfaces sont offerts par l’ensemble des trois pavillons. 1 kilomètre de coursives parcourt les trois pavillons du Palais.1 748 personnes habitent au Familistère en 1889. 495 appartements sont aménagés dans l’ensemble des cinq pavillons du Familistère avant 1918.

neelhe-familistère Guise (23)

« Le soin du corps est également assuré par la création d’une buanderie, située près du cours d’eau, dans lequel on lave et sèche le linge (évitant ainsi les odeurs d’humidité dans les logements), et comportant également des douches et une piscine (au plancher mobile, pour permettre aux enfants d’y nager en toute sécurité) dont l’eau, provenant de l’usine toute proche où elle a servi à refroidir les tuyaux, arrive à parfaite température. » La piscine :

neelhe-familistère Guise (12)

On trouve aussi un gymnaste, un club d’archers, un jardin d’agrément (qui a été réaménagé), un potager…

Au Familistère, l’école est obligatoire jusqu’à 14 ans (la loi de cette époque autorise le travail des enfants à partir de 10 ans) : elle est laïque, et fait remarquable pour l’époque, mixte (l’école est toujours en activité dans les mêmes locaux).

neelhe-familistère Guise (39)

Il existe une nourricière et une pouponnière, sorte de crèche avant l’heure.

On y trouve bien sûr une bibliothèque et (oui, messieurs-dames) un théâtre…

neelhe-familistère Guise (1)

… une fanfare, et un kiosque à musique….

Les salaires étaient de 30 % plus élevés que dans les autres fabriques du même secteur à la même époque. Il existait aussi un système de protection sociale basés sur des caisses de secours protégeant contre la maladie, les accidents du travail et assurant une retraite aux plus de 60 ans.

Vous voulez des visages, maintenant, pour donner aux chiffres plus de réalités ? En voici quelques-uns.

neelhe-familistère Guise (22)

Une « utopie réalisée » ? Sans aller jusqu’à l’enthousiasme béat, force est de constater que Godin avait des idées, certaines très en avance sur son temps (notamment l’égalité, non seulement entre classes sociales mais entre hommes et femmes) et la volonté de les appliquer. Toute création est critiquable, et la sienne le fut, autant par les tenants du socialisme scientifique ou ceux du socialisme révolutionnaire que par la droite conservatrice et libérale.

N’empêche. « Après la mort de Godin en 1888, l’Association continue de fonctionner. Prospère notamment grâce au renom de la marque « Godin », l’entreprise se maintient parmi les premières du marché jusqu’aux années 1960.  » Malgré les difficultés liées au manque d’initiative et d’esprit d’innovation des successeurs, ce n’est qu’en 1968 que l’entreprise, mal en point financièrement, se transforme en société anonyme. La marque Godin appartient aujourd’hui aux cheminées Philippe.

Les logements quant à eux ont été vendus en 1968. Quelques anciens Familistériens y vivent toujours. Classés « Monuments historiques » en 1990, les bâtiments font depuis 2000 l’objet d’une restauration d’ampleur. Ils se visitent en partie aujourd’hui. Bel héritage.

Et une sacrée leçon d’histoire, dont on ferait bien de s’inspirer davantage. Non ?

neelhe-familistère Guise (9)

(photos de l’auteur. Sources et citations : la visite sur place, merci à notre guide. Wikipédia, articles sur Godin et le Familistère)

PS. Godin, ce n’était pas que le fameux poêle. C’était aussi des cuisinières… qu’on devine très solides…
neelhe-familistère Guise (16)

… des chaufferettes…
neelhe-familistère Guise (17)

… tous sortes d’objets en fonte servant à la diffusion de la chaleur…

Centenaire


21 Mai

J’ai passé deux jours dans le département de l’Aisne, à l’angle nord-est de la France, à l’autre bout de la Picardie par rapport à la baie de Somme (voir « L’autre baie » et « L’autre baie, deuxième »). C’est une terre d’Histoire, notamment celle, centenaire, de la guerre 14-18. On y trouve entre autres le Chemin des Dames, nom charmant qui contraste avec la série de batailles et d’offensives sanglantes qui s’y sont déroulées, notamment celle de 1917, causant des milliers de morts inutiles, et la ville de Craonne (que les Picards prononcent « Cranne » – mais, beaux joueurs, ils acceptent pour l’Histoire l’ajout d’une syllabe à ce nom) , restée célèbre aussi pour sa chanson, contestataire, antimilitariste même, qui a accompagné les mouvements de mutinerie des soldats de cette année 17, celle de l’explosion de la révolution russe, encore plus à l’est.

Image de prévisualisation YouTube

Le refrain, désespéré, en est :

« Adieu la vie, adieu l’amour/Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours/de cette guerre infâme
C’est à Craonne, sur le plateau/qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés/
Nous sommes les sacrifiés »

Le dernier couplet, et la reprise de l’air du refrain, le final, est effectivement un appel clair à la révolte, à la mutinerie – qui a dit « à la justice » ? Et qui a ajouté qu’en ces temps de guerre économique, les choses n’ont changé que d’apparence – et d’échelle ?

« C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards/tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose/Pour nous c’est pas la même chose
Au lieu d’se cacher, tous ces embusqués/f’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien/Nous autres les pauv’ purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront/Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini, car les trouffions/vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros/de monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau »

Mais cette terre de souffrances est aussi une terre d’utopie. Pour en avoir une idée, il faut monter un peu plus au nord, jusqu’à la petite ville de Guise (que les Picards prononcent Guïse, en séparant le « u » du « i »). Car à Guise, on peut visiter le Familistère. Le quoi ?

Le Familistère.

neelhe-familistère Guise (2)

Pour l’instant, c’est un terme qui mélange les mots de « famille » et de « mystère », non ? Laissons-le planer, le mystère, jusqu’au prochain post…

(photo de l’auteur)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).