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L’or des mélèzes


12 Nov

A défaut d’être allée les voir in situ, sur les pentes de la vallée de la Maurienne par exemple, j’ai pu au moins, grâce à l’envoi d’un cliché d’une férue de ces montagnes, admirer l’or automnal des mélèzes, ces pins qui perdent leurs aiguilles aux saisons froides.

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La beauté féérique de l’or dans le soleil, l’herbe rase et presque blanche dans la lumière. Et la paroi montagneuse dans l’ombre de l’arrière-plan…

J’ai appris récemment (dans le livre « Se changer, changer le monde », livre à quatre mains de Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard) le concept d’ « habituation hédonique ». Il désigne le processus d’habituation au bonheur, finalement le fait de ne plus le vivre comme tel, donc de considérer que les conditions de confort ou de plaisir par exemple dans lesquelles nous vivons sont normales, sans plus les apprécier, et sans plus en être particulièrement conscients, donc heureux.

J’espère ne jamais m’habituer à ce type de beauté. Peu de risques, me direz-vous. Éphémère par nature, elle ne nous laisse pas, et c’est sa force, le temps de nous y habituer.

(photo et titre du post -un grand merci – : Annie Chazal)

Bande-son (elle s’impose) : « J’ai fréquenté la beauté » du dernier album de Jean-Louis Murat (vous verrez, c’est pratique, les paroles s’affichent au fur et à mesure comme en sous-titres sous les images de ce clip poétiquement rural).

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« J’ai fréquenté la beauté/tout le mois de juillet/pauvre coeur, je manquais d’amour… »

Intérieur rouge


04 Fév

En septembre dernier, souvenez-vous, j’étais à Chaumont pour le festival des jardins (voir « Over the Loire » et « La jetée »).  Avant la visite des jardins, nous avons visité le château dans lequel étaient exposées différentes œuvres d’art contemporain. Dans la première salle, j’avais d’ailleurs croisé ces tulipes (sans retenir le nom de l’artiste, je m’en excuse auprès de lui ou d’elle), assez monumentales.

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Cet après-midi, chez moi, le soleil inondait de lumière le bouquet plus modeste posé devant la fenêtre.

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J’ai pensé à ce tableau vu à Chaumont.

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J’ai tourné autour des fleurs.

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Ce que je préfère, c’est l’intérieur.

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Vous vous souvenez de « Rouge », mon post de décembre dernier sur les bords de Loire ? Aujourd’hui, il s’agit de rouge intérieur. Et après les derniers posts, noir et blanc ou gris pour la plupart, je suis contente de faire éclater à nouveau ce « rouge trompette », la couleur que Rimbaud associait au « i » dans ses « Voyelles » (« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ») :

« I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes… »

(photos de l’auteur)

Bande-son : Jean-Louis Murat (avec Camille sur la vidéo), « Polly Jean »

http://www.dailymotion.com/video/x12qmc

« Je voulais voir des corsaires/User des espadons
Me baigner nu dans la mer/Changer de religion

Enfin sauter du manège/Chavirer dans la nuit
Voir si je serais le même/Sur la mer en furie

J´avais rêvé de poursuivre/Sur des rochers luisants
Le galurin de PJ/Galure rouge sang

Profilée dans ses étoffes/Elle hâtait le pas
Elle embrasa/Comme fastoche
Toutes nos haies de lilas

La houle du désir/Emportait Saint-Malo
Nos cœurs évanouis/Gisaient au fond de l´eau

J´ai soulevé la mantille/Aspergé de citron
L´âme grise qu´on aspire

Je regarde et me fascine/La vague où je m´ébats
J´y vois rouler des mantilles/Que je ne connais pas

Voilà déjà que claque/Son tissu rouge sang
Elle en coiffe sa tête/Et me glace Le sang

J´avais rêvé de poursuivre/Sur des rochers luisants
Le galurin de PJ/Galure rouge sang

Même pris par la police/Police des sentiments
Je garde intact mon désir/Rouge sang Dedans

Sur les mâts de misaine/Les marins vous diront/
Que le galure de la reine/N´existe qu´en chansons

J´avais rêvé de poursuivre/Sur des rochers luisants
Le galurin de PJ/Galure rouge sang »

PS. Pour les amoureux des fleurs (j’en connais), qu’ils se rassurent : j’ai mis les fleurs à l’ombre aussitôt les photos prises.

L’écran


10 Sep

Mon chat, dont vous connaissez déjà les coussinets, est comme Catherine Deneuve : une vraie star, qu’indisposent les flashs des photographes. Il a donc trouvé une parade…

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… Il pose et ouvre sa queue en éventail élégant (forcément élégant, aurait dit Duras) entre l’objectif et lui (son museau, qu’il a fort beau et ses yeux, chatoyants et pour cause). Et rien à faire, on a beau tenter la négociation, la ruse, la flatterie, il reste inflexible, contrairement à sa queue, qui suit votre œil, comme si elle devinait vos intentions photographiques et s’interpose systématiquement, et symétriquement.

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Mon chat, c’est quelqu’un.

(photos de l’auteur – spéciale dédicace à Marie R. pour son dernier commentaire… et le beau mot de la semaine de Jankelevitch sur son blog)

Bande-son : Jean-Louis Murat, « Le chat noir » dans son excellent dernier album « Toboggan ». « le chat noir pris dans le vent/ passe son âme/passe son âme…/ le chat noir pris dans le vent/ passe  sa vie en cabriolant… »

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« … passent nos vies en tourbillonnant… »

 

Fort Alamo


21 Jan

En 1994, je vois, lors de sa sortie, un film de Claire Denis, qui s’appelle « J’ai pas sommeil », dont l’histoire est plus ou moins inspirée par celle du tueur en série Thierry Paulin, le « tueur des vieilles dames » qui a sévi dans le Nord et l’Est de Paris dans les années 80.

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Dans ce film figure une scène assez incroyable où le personnage principal, travesti, sur la piste d’une boîte gay parisienne, entouré d’hommes silencieux aux regards ardents, fait un play-back et une chorégraphie assez troublants sur une chanson que je ne connais pas,  paroles très belles et musique à l’orchestration dépouillée, à la mélodie d’apparence simple : « On se croit d’amour/Oh on se croit féroce, enraciné/mais revient toujours/le temps du lien défait/On se croit d’amour/oh on se sent épris d’éternité/mais revient toujours/le temps du lien défait ». N’est-ce pas, dit avec poésie et élégance, ce qu’on craint souvent, dans les histoires d’amour, que « ça » s’arrête, et que revienne, oui, le temps du lien défait ?

Extrait du film, « repiquage télé d’époque » :

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J’attends la fin du générique pour apprendre le nom de l’interprète, à la belle voix sensuelle, Jean-Louis Murat, et je file acheter le CD (on ne trouvait déjà plus de vinyles, too bad), dont le titre est « Le Manteau de pluie du singe ».

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Dix belles chansons, ma préférée sur ce disque reste aujourd’hui encore « Le lien défait » (« Comme la vipère/Comme la reine des près/Morte terre/Tu déferas le tien…/Comme la femme douce/Comme l’homme léger/Au moment d’oublier/Tu déferas le tien… »), un univers poétique dans lequel la nature est très présente (« Comme un lichen gris/sur le flanc d’un rocher/comme un loup sous la Voie Lactée/je sens monter en moi/un sentiment profond/d’abandon/Par mon âme et mon sang/Col de la Croix-Morand/Je te garderai »), je tombe sous le charme, et me procure les autres opus, « Cheyenne autumn », « Venus ».

En 1996, il sort un nouvel album, « Dolorès ». Une pochette assez moche (mais c’est un peu une spécialité chez lui, et encore ce n’est pas la pire),

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… mais un disque magnifique, que je considère aujourd’hui encore comme son plus beau (pourtant, il est prolixe, Jean-Louis), qui détaille les souffrances, les conséquences et les regrets d’une rupture et d’un chagrin d’amour. Murat vient de se faire plaquer et c’est dur.

Ca commence par « Fort Alamo », batterie seule, percussions, rythme soutenu et la voie qui se pose, grave, toujours sensuelle, mais sans plus d’effet, il s’agit de rendre compte : « Qu’il est dur de défaire/J’en reste KO/Dans ta ville-frontière/sise au bord de l’eau…/Abruti de lumière/Comme pris au lasso/Je me laisse défaire de tous mes oripeaux. » La guitare est lancée et Jean-Louis n’entend pas être tendre, ni avec celle qui vient de le lâcher, ni avec lui-même : « Tes gestes d’orfèvre/Ta vie de femelle/je te jure que je m’en fous/Le plaisir vorace/dans l’impasse/Et alors?/De ma vie vulgaire/dans l’armée de l’air/je garde l’amour/c’est tout/Plus rien n’est en place/comme tout s’efface/et alors je m’en fous… » Le constat continue et il est aride : « je n’ai plus de visage/je reste caché/caché dans ton ombre/ton ombre portée…/Je suis dans l’espace/un temple de glace/je n’aime plus rien du tout/malgré les menaces/comme tout me lasse/je m’en fous… » ; un souhait d’apaisement, quand même, une sorte de respiration vers la fin : « Donnez-moi la lumière/sur ce chant muet/ce long chant de misère/et de vanité », mais l’angoisse regagne : ‘comme tout est triste dans l’air/tout est à côté/ami, voilà ma prière/voilà mes péchés… » et le refrain vient ré-enfoncer le clou : « je suis dans l’espace/un temple de glace/je n’aime plus rien du tout/je vis dans la crasse/je suis dégueulasse/et alors?/le chien de l’espace/dans la glace/n’aboiera plus/whoo whoo whoo… » Murat aboyant comme le « chien de l’espace », absolument désespéré et au bout de tout, c’est ça , « Fort Alamo », et tous les gens qui ont connu un chagrin d’amour le comprennent bien, cet aboiement.

Pour écouter (pas de clip correspondant et les lives qu’on trouve sur les sites sont moins bons – à mon avis) :

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L’album, s’il est globalement sombre (« Perce-neige », « Margot », « Réversibilité »), est aussi plein de trouées lumineuses (« Brûle-moi » : « Viens, ma toute belle, canoter, c’est l’été/Nous aurons le ciel à partager »), plein de tendresses (« Dieu n’a pas trouvé mieux » : « Mieux que le moulin qui s’arrête/Qu’une brindille dans tes cheveux/Mieux que ton regard qui s’inquiète/Non, Dieu n’a pas trouvé mieux »), de départs entre tristesse et espoir (Dans un train bleu/je sommeille/Entre Lyon et Genève/le coeur peuplé d’idées noires…/quand dans un vol d’oies sauvages/sur les étangs s’élève/mon coeur épris de voyages… »), du rappel de l’importance du plaisir, et pas n’importe lequel  (« Le baiser » : « Nacrée ou lilas/viens aiguiser sur moi/ta beauté/Abandonne-toi/Éprouve au fond de toi/le baiser..), jusqu’à la réaffirmation que le fait d’aimer est bien ce à quoi on mesure une vie (« Dis, as-tu aimé chanter « aime-moi »?/as-tu aimé que se referment ses bras?/as-tu aimé poser ton coeur à l’intérieur/d’un être heureux?/As-tu aimé, en morte saison/semer la graine fleur/qui pousse au coeur/des gens heureux ? »). Vraiment, une très belle collection de chansons, à laquelle je retourne régulièrement, et c’est aussi à ça qu’on mesure l’importance de ce qu’on aime, la régularité avec laquelle on retourne s’y nourrir.

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Jean-Louis a fait depuis d’autres très belles chansons (« La chanson de Dolorès – L’irrégulière », « Gagner l’aéroport », « Accueille-moi, paysage »), d’autres qui m’ont moins plu et c’est vrai, il dit souvent des conneries maintenant quand il passe dans les médias. Mais ça ne change rien pour moi (juste qu’il devrait ne pas boire en interview !) : c’est un poète, et « Dolorès » est dans la liste de mes 10 albums favoris.

(Spéciale dédicace à la personne avec qui j’étais, entre autres, au cinéma en 1994 : as-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux?)

(photos : affiche « J’ai pas sommeil » ; pochette « Le Manteau de pluie »; pochette « Dolorès » ; photo Jean-Louis Murat)

Frimas


17 Jan

C’est parti, comme tous les ans : « l’offensive de l’hiver ». On râle, on s’emmitoufle, on s’écharpe, on se gantise, on se bonnetise, on pense à la note de chauffage, on souffle en montant les bûches de la cave, on ajoute une deuxième couette sur le lit, on dort avec des chaussettes.

En février dernier, remember, il faisait déjà (!)  froid, il avait neigé, pas mal, la Loire se refroidissait elle aussi. J’étais sur ses rives. C’était beau…

Comme ces flocons, mi-neige, mi-glace, restés prisonniers au bout des branches de ce saule, à  la lisière de l’eau, comme les éléments d’un mobile naturel…

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Délicat, parfois,

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Graphique, souvent…

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Comme un rappel de la fragilité des choses et de leur courage…

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Et de la grâce de la nature, même en dessous de zéro…

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Ce jour-là, il faisait gris ; les jours suivants, il s’est mis à faire un soleil radieux, un ciel bleu clair magnifique, et le thermomètre continuait à descendre, ça caillait sec. S’il neige demain là où je suis, comme nous l’annoncent nos prévisionnistes, je vous montrerai mes clichés des jours de soleil et de neige, bleus et blancs, promis. En attendant, couvrez-vous bien.

(Photos de l’auteur)

Bande-son : Étienne Daho : « Quatre hivers » (« Déjà quatre hivers/à ne savoir que faire »); les Valentins, « Février » (« L’hiver était las/De m’entendre claquer des doigts/Des cieux bleus de froid/Qui s’étendent jusqu’où l’on voit/Mais février m’a fait vriller »); Jean-Louis Murat « Margaux » (« Le givre brille à ma fenêtre/tu es loin/Ô Margaux ») et « Le Troupeau » (« D’avoir mené les chevaux/D’avoir traversé les glaces/Pour me bâtir un troupeau/N’apaise pas mon angoisse »).

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