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L’adorer


28 Jan

Le nom d’Étienne Daho lancé dans une conversation entre amis provoque immanquablement des discussions assez animées au bout desquelles il apparaît clairement que les gens qui ne l’aiment pas ne l’aiment pas exactement pour les mêmes raisons que les gens qui l’aiment l’aiment, et que tout est vraiment question de point de vue, car comme il le chante avec Dutronc « Tous les goûts sont dans la(ma) nature »: « il n’a pas de voix » versus « j’adore sa voix et sa façon de chanter, de plus en plus sensuelles » ; « ses textes sont nuls » versus « il parle de choses intimes avec sincérité et pudeur » ; « il ne parle que de son nombril » versus « en parlant de lui, il touche tout le monde »; « il dit toujours la même chose » versus « il réussit à être touchant en évoquant les moments forts d’une histoire amoureuse, la rencontre, le désir, et la fin bien sûr »; « il n’a aucune présence » versus « je l’ai vu en concert plusieurs fois, il a une réelle présence et il est heureux d’être sur scène et de partager »…

Vous vous doutez que si je vous parle de lui, c’est que je me place franchement dans la seconde catégorie, celle des gens qui l’aiment. (et qui aiment les pulls marins, aussi, d’ailleurs.)

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Choix difficile que celui de la chanson emblématique de cette relation à Daho, qui a traversé les époques, d’abord assez légèrement puis de plus en plus « charnellement ». Depuis son premier album « La Notte, la notte » de 1984  jusqu’au dernier « L’invitation »  de 2007 ou plutôt « Le condamné à mort », 2010,  avec Jeanne Moreau sur le texte de Jean Genet et la musique d’Hélène Martin, il y a eu les tubes d’époque bien sûr (« Week-end à Rome », « Paris le Flore », »Duel au soleil »(ma préférée de cette catégorie), « Bleu comme toi »…), mais aussi certaines chansons moins connues, des faces B pour le coup :  « Promesses »  (très belle version sur le dernier live de Pleyel), « Quelqu’un qui m’ressemble », « (Qui sera demain) Mieux que moi », « Carribean Sea »,  « Les Passagers » (chanson en apesanteur), « Des adieux très heureux » , « La Mémoire vive » (petite chanson merveilleusement solaire et douce : « Premier soleil de l’an deux mille/Bien à toi »)…

Et, sur le dernier album, le sublime « L’adorer »  :

« Avant que l’infidèle à la beauté assassine/ne me morde la main/ne me couronne d’épines/Désadorer l’adorer/

Avant que ses baisers ne deviennent couteaux/que ses bouquets de fleurs ne me fassent la peau/Désadorer l’adorer/

Mais arborer/ce chagrin si haut/que je porte/beau comme un drapeau/en vainqueur/dont on admire le sort/courageux/qui sait aimer trop fort/

Car comme les dieux qu’on adore adorer/j’adorais l’adorer… »

ici en live à Pleyel (avec Edith Fambuena à la guitare) :

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« L’adorer », écrit à l’origine pour figurer dans la bande originale du film de Gaël Morel « Après lui », avec THE Deneuve, qu’il chante donc avec elle, dans une version studio reprise dans la compile « Monsieur Daho ».

Pourquoi j’aime Daho ? Parce que j’ai vieilli avec lui, certainement. Parce qu’il décrit sans complaisance les ruses et les délices du désir (« Ouverture », « L’invitation », « Les voyages immobiles »), la difficulté d’aimer durablement. Et les souffrances de la rupture et du renoncement (« La Baie », déchirant). Qu’il n’a plus peur de prendre des risques (il faut le chanter, ce « Condamné à mort », même avec l’appui de Jeanne Moreau, ce n’est vraiment pas un texte neutre).

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Alors, justement, parce que le texte est magnifique, et qu’il la chante parfaitement : « Sur mon cou », extrait du « Condamné » :

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« Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou/Que ma main plus lègère et grave qu’une veuve /Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve, /Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne /Arrive dans mes yeux qui seront morts demain. /Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main /Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir, /Ni les fleurs soupirer, et des près l’herbe noire /Accueillir la rosée où le matin va boire, /Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.
Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde ! /Visite dans sa nuit ton condamné à mort. /Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords, /Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour. /Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes. /On peut se demander pourquoi les Cours condamnent /Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.
Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes ! /Traverse les couloirs, descends, marche léger, /Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger, /Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs, s’il le faut marche au bord /Des toits, des océans, couvre-toi de lumière, /Use de la menace, use de la prière, /Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort. »

Bouleversant.

(Vous voulez une bonne nouvelle ? Daho est en studio, un nouvel album est prévu pour l’automne.)

(Spéciale dédicace : Delphine G., Cucuron, Luberon, 2004)

(Photo E. Daho – lien supprimé, sorry  ; photo E. Daho et J. Moreau)

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