Posts Tagged ‘lumière’

Troisième étage


22 Août

Immeuble parisien, palier du troisième étage, sans ascenseur. Vous venez d’arriver devant la porte de l’appartement dans lequel vous avez rendez-vous. Un petit mot près de la sonnette signale, en italien (« Il campanello non funziona ») que justement, elle ne fonctionne pas. Vous vous apprêtez donc à frapper, mais ce n’est pas pratique avec les sacs que vous portez. Vous les posez donc au sol. Et dans la seconde où vos yeux ont quitté leur cible (la porte) et votre cerveau son objectif découpé en tâches futures à accomplir (frapper, attendre qu’on ouvre, reprendre les sacs, entrer), ils (vos yeux, votre cerveau) ont enregistré quelque chose de brillant légèrement derrière vous, à droite. Vous vous retournez.

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Ce n’est rien. Une tâche de lumière sur le mur de la cage d’escalier. Quand même. Cette vision, formes incurvées, à-plats de couleurs (blanc et bleu des murs et marron du bois de l’escalier), et ce triangle  lumineux couché, strié, posé pile à l’angle du mur, vous arrêtent dans l’enchaînement mécanique des gestes et des pensées.

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Vous inhalez doucement la bouffée d’air dont vous ignoriez manquer, et expirez avec lenteur, silencieusement, comme pour ne pas déranger la lumière  posée comme un papillon sur le mur. La rumeur de l’immeuble dont vous n’aviez pas conscience jusque-là (une discussion sonore dans la cour, le bruit atténué de la télévision ou de la radio plus bas, quelqu’un qui passe l’aspirateur quelque part) et celle de la ville au-delà (la circulation, l’agitation) vous font prendre conscience du calme dans lequel vous baignez sur ce palier du troisième étage, escalier C. Vous restez quelques instants à contempler. Tout est suspendu.

(Photos de l’auteur)

Eblouissement


09 Août

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Le plafond d’une chambre silencieuse au sortir d’une sieste bienfaisante, un après-midi de grand soleil, lors de vacances dans le Sud…

La courbe projetée de l’ombre d’une montagne familière vue à travers des paupières à peine ouvertes, les yeux un peu aveuglés…

Le bleu délavé d’un vieux tee-shirt tie and dye, passé à la Javel…

De très près, le flanc de la personne aimée qui fait face à la fenêtre un matin au réveil…

La dernière vision d’une personne qui meurt…

Un rêve vaporeux…

(photo de l’auteur)

 

Loupiottes


12 Nov

Dans la nuit parisienne de novembre, une guirlande d’ampoules colorées au-dessus de la vitrine protégée de grilles d’un magasin, dans une rue calme, à l’écart de l’agitation.

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L’ampoule rouge tombe exactement sur le dessin de l’étoile, rouge elle aussi, qui surplombe la grille, et la porte.

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Capter le détail, insignifiant, et le rendre, à sa mesure, signifiant. Parce que chaque signe, si on est attentif, peut nous parler; ou au moins nous faire un clin d’œil. Et rendre l’instant plus beau.

(Photos de l’auteur.)

Toupie


30 Août

J’ai reçu cette photo sur le tout petit écran de mon téléphone. Je vous la livre telle quelle.

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Un bout de parquet, un morceau de pied flou, l’ombre d’une tête, quelques reflets, et le mouvement en spirale d’une petite toupie lumineuse, écrivant sur le sol un signe léger, aérien, dynamique, et rose. Comme un minuscule serpentin, se ployant et se déployant avec la vivacité d’un insecte surpris, et sautillant. Une luciole fluo et tournoyante.

De plus près, un peu plus contrasté, ça donne ça.

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Une sorte de « e » majuscule, dont la boucle du bas aurait du mal à finir de s’entortiller, mais qui quand même, au final, s’ouvrirait en se suspendant… une calligraphie de la lumière…

Pourquoi je vous fais voir ce cliché ? Parce que,  jusque dans ce qu’il est – une photo prise sur le vif avec un téléphone -, il me semble un bon instantané de la grâce et de la légèreté de l’éphémère.

(photo : NL)

Aube


13 Août

C’est un miracle quotidien… et à la montagne, comme l’horizon est haut, on n’a pas besoin de se lever trop tôt pour le voir… les premières lueurs, les débuts de l’aube, le silence qui laisse place petit à petit aux premiers chants d’oiseaux, la lumière rasante qui met en relief les forêts de sapins vers l’est…

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… la progression de la lumière, qui devient plus franche, plus éblouissante…

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Et d’un coup, au-dessus des arbres et au-dessus de la ligne de crête…

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Oui, un miracle quotidien. Le miracle fondamental, sans doute.

Bande-son : « Sunday morning » du Velvet Underground, un poil nostalgique, mais si beau. Image de prévisualisation YouTube

A relire : Rimbaud, « Aube » dans les Illuminations  (« J’ai embrassé l’aube d’été/Rien ne bougeait encore au front des palais… »).

(photos de l’auteur)

 

Le facteur chance


29 Mar

Être là, au bon moment, au bon endroit. Voir le poudroiement des nuages bas sur les cimes, la fin du jour, puis soudain, l’incendie de la lumière, très haut sur la montagne, qui gagne, au moment de disparaître, dans un ultime flamboiement. Et impose délicatement le silence du ravissement contemplatif.

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Et avoir en tête, sans raison apparente, cette expression charmante qui juxtapose deux éléments fondamentaux pour en créer un troisième, plus aventureux, plus hasardeux :  au petit bonheur la chance.

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Au petit bonheur la chance, oui, parfois.

Bande-son : Maissiat, « Tropiques » (« Des jours meilleurs/des jours d’hiver/Comme une ode à la nuit/Comme une audace, une délivrance/une folie ordinaire/un facteur chance… »)

(photos de l’auteur : massif face au village de Hauteluce (qui porte bien son nom, donc), Beaufortain, Savoie)

Lueurs


31 Jan

Il y a une chose dont je suis de plus en plus sûre, c’est que…

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Parfois on ne comprend pas, parce que c’est un peu fouillis, en noir et blanc…

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ou en couleur…

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Parfois on n’entend pas, parce qu’on est…

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Alors que souvent il faut  juste regarder (les formes)…

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Si on peut, s’émerveiller (du désordre)…

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Et intégrer qu’il n’y a…

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… à comprendre.

La lumière se suffit à elle-même.

(Photos de l’auteur : exposition à la Maison Rouge, « Néon, who’s afraid of red, yellow and blue ? « , février-mai 2012)

(Bande-son : Gérard Manset,  « Lumières »; Dominique A., « Par les lueurs »)

Lumières


09 Déc

… Ce soir, quelques lampions et lanternes. Envie de partager la douceur des formes, la variété des couleurs et des idéogrammes, la beauté calme et enveloppante de la lumière…

Ici, à Asakusa, en plein jour, les formes rebondies ou oblongues des lampions d’un petit temple…

Les énormes lampes de l’entrée du temple Sensô-ji…

Dans l’obscurité d’un temple dans le parc d’Ueno…

Ici, à Kyoto, au Yasaka-jinja, à la tombée de la nuit…

Un sentiment un peu tendre et doux. Etre là.

(Photos de l’auteur.)

 

 

 

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