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Dorian


15 Mai

Bertrand-notre-disquaire a eu raison de me le dire récemment : il y a longtemps que je n’ai pas mis en rapport une pochette de sa vitrine et une chanson, ou un musicien que j’aime. Sa remarque tombait bien. Parmi les pochettes exposées en vitrine de Madison il y a quelques mois…

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Outre la tête épanouie de Fernandel et la très belle pochette du spleené « On the beach » de Neil Young, un de mes chéris (voir « Powderfinger« , « Sunset vallée » et « Plume« ), figure en bas à gauche le profil d’une jeune femme blonde, noir en fond rouge.

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Agnès Obel. Pochette du de son deuxième album « Aventine » (le nom – mais elle dit qu’elle l’ignorait quand elle a trouvé le titre – d’une des sept collines de Rome). Je connaissais son disque précédent, « Philharmonics », qui datait de 2010, et qui avait déjà placé haut sa voix pure et élégante, ses mélodies en boucle (elle aime – entre autres – Erik Satie et Debussy) dominées par le piano, et avait remporté un succès assez inattendu.

Mais avec « Aventine », celle que les Inrockuptibles ont surnommée Lady Gla-Gla (elle est danoise et vit à Berlin. Voir ici leur belle critique du disque) passe un cap, et offre une collection sans faute de chansons magiques : « Fuel for fire », « Aventine », « The Curse » font partie des mélodies qui m’ont accompagnée tous ces derniers mois.

Mais celle qui m’a le plus bouleversée s’appelle « Dorian », dont voici la version de l’album.

A la première écoute (et aux suivantes), la mélodie est d’une simplicité et d’une pureté imparable et la voix d’Agnès qui la survole délicatement est bouleversante. Le tout est renversant. Puis, pour les besoins du blog, j’ai décrypté les paroles, dont je n’avais saisi que des bribes. Et j’ai mesuré la richesse de l’univers d’Agnès, qui n’est pas que musical. Car le texte va à l’encontre de la douceur mélodique, décrivant… quoi, d’ailleurs, exactement ? Le texte est suffisamment poétique, et donc elliptique pour ne pas se laisser saisir d’emblée. Disons qu’il semble s’agir de la description d’une relation entre deux personnes, dont l’une s’adresse à l’autre, qui s’appelle Dorian.

They won’t know who we are/So we both can pretend/It’s written on the mountains/A line that never ends
As the devil spoke we spilled out on the floor/And the pieces broke and the people wanted more/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Ils ne sauront pas qui nous sommes/Alors on peut faire semblant tous les deux/C’est écrit dans les montagnes/Une ligne qui ne finit jamais/
Pendant que le diable parlait, nous nous sommes répandus sur le sol/Et les morceaux se sont brisés et les gens voulaient en voir davantage/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Swaying like the children/Singled out for praise/The inside out on the open/With the straightest face/
As the sad-eyed woman spoke we missed our chance/The final dying joke caught in our hands/And the rugged wheel is turning another round
Dorian, carrion/Will you come along to the end/Will you ever let us carry on

« Nous balançant comme les enfants/Vantés pour nos mérites/Notre vie intérieure ouverte à tout vent/Et le visage le plus franc/
Pendant que la femme aux yeux tristes parlait, nous avons raté notre chance/Une dernière plaisanterie se défaisait dans nos mains/Et la roue rugueuse fait un autre tour/
Dorian, charogne/Seras-tu là à la fin ?/Nous laisseras-tu toujours continuer ? »

Dorian, will you follow us down
« Dorian, nous suivras-tu jusqu’au bout ? »

J’ai trouvé sur le site de traduction la coccinelle ces explications qui semblent venir d’Agnès elle-même (mais sans référence à la source) :  » « Dorian » parle d’une chose qui existe dans une relation entre deux personnes, vous ne pouvez pas mettre de mot dessus mais vous savez qu’elle est là. Lorsque vous atteignez le point de non-retour, que vous êtes perdu, suspendu dans cet endroit étrange qui n’est vraiment nulle part, vous vous languissez des bonnes choses que vous avez vécues avant.

« Dorian » est ma construction de cet état d’esprit. Personne, en dehors de la bulle de ces deux êtres, ne peut le voir. Ça semble très joli et beau, mais si vous pénétrez sur ce ring, vous vous rendez compte que tout n’est qu’une sorte d’effondrement et de pourrissement.

J’ai senti que « Dorian » était un beau nom et… pour moi, j’aime donner ma propre signification à un mot, ajouter mes propres histoires aux mots ou aux noms. Dans un coin de ma tête, je connaissais Dorian Gray mais ça n’est pas intentionnel et la chanson ne traite pas de ce personnage. Je suis sûre que ça l’a colorée mais ça n’est pas le propos. »

C’est bien qu’elle le précise, Agnès, qu’il ne s’agit pas de Dorian Gray, le héros du roman d’Oscar Wilde, dont le portrait peint sur un tableau vieillit et se flétrit à sa place, cumulant les rides et les marques de sa vie de débauche, pendant que lui reste d’une jeunesse qui semble éternelle… En effet, « Dorian, carrion » (« Dorian, charogne ») semble être destiné au personnage manipulateur et criminel qui ne trouvera sa fin qu’en poignardant son propre portrait, se plongeant de fait la lame dans le cœur.

En cadeau, une version live de cette merveille :

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Merci, lady Gla-Gla, pour la douceur sensuelle de cette mélodie magique, aussi aérienne que vénéneuse. Et très addictive.

(photos de la pochette de l’auteur : vitrine du magasin Madison, rue Colbert, Tours)

L’automne à Tokyo


15 Oct

Il y a quelques mois, Bertrand, notre disquaire, avait mis cette pochette dans la vitrine de son magasin « Madison » :

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Beaucoup d’éléments du Japon traditionnel figurent sur la pochette : le cerisier en fleurs, les geta (chaussures traditionnelles)…

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… les cloisons japonaises, les bambous, les nénuphars… même la couleur orange du haut de la pochette rappelle celle de beaucoup de temples shinto.

Et c’est sans doute l’arrivée de l’automne et l’approche du premier anniversaire de la date de mon départ pour Tokyo, mais ça me parle, en ce moment, ces « Vacances au Japon »… même si la musique de fond de ce séjour n’était pas celle de « Ricardo Santos et son orchestre »…

Alors, pour le fun, la beauté de l’automne là-bas, et ce petit goût de nostalgie… quelques clichés, pour mémoire…

Le Pavillon d’Or, à Kyoto…

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Le toit du Pavillon d’Argent au milieu de la mer de couleurs des arbres de novembre…

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Le jardin « sec » du même Pavillon d’Argent…

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Et la porte du sanctuaire shinto Kasuga taisha de Nara… (voir « Toits japonais », « Intérieur temple », et « Nara Day »)

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… qui ouvre l’espace et les perspectives. Ailleurs.

Alors, si je dois faire un voeu et lancer une pièce :

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(photos de l’auteur)

Vinyl records


21 Juin

Cette semaine, dans la lignée de la catégorie « Pochettes surprises », plutôt que de détailler une pochette de disque de « Madison », le magasin de vinyles de Bertrand à Tours, petit flash-back sur le Somerset trip… entre autres spécialités, les Anglais gardent, plus que nous apparemment, la culture du « disque noir » et j’ai croisé pas mal de disquaires, des vrais (qui vendent des vinyles, quoi !). Petit florilège, et petite balade…

A Taunton, sans doute le magasin le plus grand et le plus beau…

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« Blackcat Records »… les disques du chat noir. Avec un nom comme ça, je ne pouvais que tomber sous le charme (bien qu’un chat européen, un bon vieux gouttière, tigré gris, beige, blanc et noir, c’est très bien aussi, même peut-être un poil mieux… « Gouttière Cat  Records » ?…). Avouez que leur logo est bien trouvé, non ?

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Et l’intérieur aussi, spacieux, qui offre (comme chez Bertrand) vinyles et cd…

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A Brighton, à l’intérieur du marché couvert Saint-quelque chose (le nom m’échappe et je ne le retrouve pas sur le net..!)… des disques dont le vinyle n’est pas banalement noir, mais vert ou rose ou même directement décoré d’une photo… (pour ma part, je possède un exemplaire du « Sergent Pepper » des Beatles au vinyle orange !)

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… Des petites échoppes dans les allées…

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… Au moins quatre spécialistes des vieux disques, occasions d’époque et réimpressions…

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… certaines, presque des stands, mais avec des spécialités (que peuvent contenir ces pochettes de « best sellers » sobres, sans photo…?)…

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… et même à Glastonbury, qui est plutôt spécialisé dans les copies de l’épée Excalibur, les encens au patchouli, et les livres sur la symbolique du Graal, on trouve un « Tor Records »…

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Vous avez compris, j’aime beaucoup ce côté un peu décalé, un peu vintage, et j’apprécie que nos voisins soient férus de ces vieilles galettes de vinyles gravées de musique…

Au fait, une petite question qu’un de mes camarades de 5e (j’avais 12 ans, hein, mais y a des trucs qui marquent) m’avait posée : combien y a-t-il de sillons dans un 33 tours ? J’avais séché (j’étais jeune !).

… un seul, bien sûr, sinon, le « diamant » (ou le saphir) n’avancerait pas…!

(photos de l’auteur)

Contact


21 Mai

Cette semaine, attention les yeux : la vitrine de Bertrand, notre-disquaire-de-Madison-le-magasin-de-vinyles-(mais-pas-seulement)-de-Tours, recèle, parmi d’autres, mais on est bien obligé de choisir, une pépite : une pochette – comment la décrire ?- à tout le moins… érotico-décalée. Je vous laisse savourer :

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« Secrets d’alcôve n°4, Contact… racontés par André Daick à Chantal… interdit aux mineurs ». Ouh là là. Le  seul élément figurant en plus sur la pochette, c’est que ça passe en mono-stéréo, ce qui est plutôt rassurant (ah bon ?). Pour le reste, peu d’indices et donc beaucoup de possibilités… Bertrand m’a confié ne pas avoir écouté le contenu… et je le comprends : parfois, mieux vaut en rester à l’image… cette poitrine apparemment plutôt juvénile, ce sein qui semble à la fois ferme et pointant,  et cet index s’apprêtant à appuyer dessus comme si c’était le bouton de la valise nucléaire… cette main, justement, baguée d’une espèce de chevalière fine (un dandy ? et plutôt riche, on voit une sorte de pièce de monnaie sur le doigt… tout est suggéré, il faut être attentif aux détails !) et surtout, les éclairs verts et roses sur fond orange censés symboliser l’électricité passant entre le mamelon et l’index… Euh.

J’ai fait une recherche rapide sur le net, et j’ai trouvé le verso (si dans ce contexte, je peux m’exprimer ainsi sans ambiguïté) d’un autre disque du même auteur, une autre série, pas « Secrets d’alcôve » comme sur notre pochette, mais « Indiscrétions »…

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Je ne sais pas pour vous, mais moi, en lisant la présentation et en voyant les photos d’André Daick, je me dis que d’accord, je vais en rester à la pochette sans trop de regrets… qu’ils restent secrets, ces « secrets d’alcôve n°4 » !

Et puisqu’on est dans le décalage, j’ai retrouvé cette vidéo d’une chanson interprétée par Brigitte Bardot en 1968, sur un texte de Gainsbourg. Bardot m’a toujours un peu agacée, mais là, le kitsch est tellement absolu, la musique pseudo psychédélique, et les paroles de science-fiction (au sens strict : « il me faut une transfusion de mercure/j’en ai tant perdu par cette blessure »), que ça vaut le coup d’œil… et justement, ça s’appelle « Contact » ! (tout se tient)

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(photo 1 de l’auteur ; photo 2)

Michel le grand


22 Avr

Samedi, c’était le Disquaire Day, célébration des disquaires et des vinyles, avec mise en vente de raretés spécialement pressées pour l’occasion, versions alternatives, et autres 45 tours pour collectionneurs… Autant dire que Bertrand-notre-disquaire avait mis les petits plats dans les grands et des ballons sur la vitrine de « Madison » !

Pour moi, le Disquaire Day c’était plutôt la veille, quand je suis passée dans son magasin, et repartie avec trois vinyles, dont :

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… le double disque, en vinyle, de la BO des « Demoiselles » !

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… avec ce final charmant (les sœurs Dorléac, quand même !) et joyeux, « La chanson d’un jour d’été »  (« Aimer la vie/aimer les fleurs/aimer les rires et les pleurs/ Aimer le jour/aimer la nuit/aimer le soleil et la pluie… »)…

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Et, en y repensant, mon post sur Jacques Demy est un peu injuste, parce que je n’y cite pas une seule fois le compositeur des musiques et chansons des films de Demy, alors qu’elles en sont le cœur, et constituent une grande partie de leur magie. Michel Legrand, oui.

Et, comme par hasard, mes amies musiciennes du Pocklectif m’ont fait réécouter samedi le générique d’un dessin animé diffusé au début des années 70 (mais dont bizarrement je ne garde pas de souvenir) : « Oum le dauphin » ! Musique et interprétation de Michel Legrand (« Il a – le poil blanc comme l’hermine… » Oum, le seul dauphin à poils ! pour être précise, en reprenant notre ami Wikipédia, « comme tous les cétacés, le Grand dauphin n’a pas de fourrure, même si quelques poils sont présents durant les premiers mois de sa vie ») – eh bien, on était d’accord, la musique est formidable…

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Comme est formidable ce duo, qui va faire plaisir jusqu’en Belgique, Michel et  Nana, « Quand on s’aime »…

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Et spéciale dédicace pour ce 22 avril, « Les Moulins de mon cœur » (çelle-là, je me souviens bien de l’avoir écoutée souvent dans mon enfance, et avec bonheur !)

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Chapeau, l’artiste – et bon anni à qui de droit !

(photos de l’auteur)

La conjonction « si »


05 Avr

Je reviens sur une des pochettes-surprises de Bertrand le disquaire de la semaine dernière.

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Pochette particulièrement brillante, donc particulièrement pleine de reflets, à travers la vitre du magasin. J’ai donc cherché une repro plus « visible », qui permet d’apprécier la plastique de la chanteuse, inconnue de moi – recherche faite, c’est aussi une artiste multimédia, musicienne, écrivain, peintre, photographe… elle a sorti un album récemment intitulé sobrement « Madame Sex and l’âme érotique ». Rien que ça.

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Il y a quand même une différence entre la pochette trouvée sur le web et celle du magasin de Tours : la langue du titre de l’album, en anglais « everything could be so perfect… » (avec le could en italique) sur la toile mondiale et en français dans la vitrine de Bertrand, « tout pourrait être si parfait… »

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Ce « tout pourrait être si parfait… » qu’on n’arrête pas de penser, de dire parfois à voix haute, ce soupir plein de regrets… qui reste parfois dans la généralité, dans le flou… mais qui souvent se complète d’une suite, qui commence par la célèbre conjonction  « SI »… « tout pourrait être si parfait si… » (… j’étais riche, mon mari était plus attentif, ma femme plus vertueuse, mes enfants plus travailleurs, mon chien moins aboyeur, mon banquier moins banquier, la météo plus ensoleillée, les programmes télé moins débiles, ce qu’on mange plus sain, la Grèce moins ruinée, le Japon moins loin, la pauvreté moins répandue… etc., etc., on pourrait continuer à l’infini, bien sûr).

Eh ben, ça tombe bien, ce titre d’album, parce que c’est mon combat du moment : cesser de penser : « tout pourrait être si parfait (si)… » et voir ce qui est, peut-être même trouver que ce n’est déjà pas si mal, et arrêter, nom d’un chien (pas trop aboyeur) de me focaliser sur ce qui « devrait » être, et ramer dans la distance entre la réalité et ce que je voudrais qu’elle soit (qui s’éloigne comme l’horizon au fur et à mesure qu’on croit s’en rapprocher). Ce qui n’implique pas une vision béate de l’existence ou une négation des difficultés. Juste cesser de projeter son bonheur toujours plus loin et de le faire dépendre de conditions dont on sait qu’on les multipliera à l’infini.

En bref, cesser de penser : tout pourrait être si parfait si tout était si parfait.

(photos de l’auteur; sauf 2)

Smith and Co


19 Mar

Cette semaine, vitrine à thèmes chez Bertrand, le disquaire de « Madison »… Deux thèmes différents et très clairement identifiés.

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D’un côté, le visuel très identifiable, en jaune, noir et rose du seul disque des Sex Pistols, le groupe fondateur du punk rock et ses déclinaisons, y compris française avec sa traduction littérale…

De l’autre, dans une série en diagonale inversée, une variation sur le patronyme « Smith », en commençant en haut par le « Hatful of Hollow » des Smiths déjà évoqué sur ce blog (« There is a light that never goes out »), passant par la bonne tête en noir et blanc d’Elliot Smith, folk singer sympa et plutôt doux…

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… puis par le « Easter » de Patti Smith, on va y revenir…

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… pour finir, en bas, par la démonstration de judo (ou est-ce du karaté ?) de Jimmy Smith…

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Félicitations donc à Bertrand pour l’excellence de sa vitrine, sa belle présentation et ses thématiques…

Et revenons à notre Patti, Smith, of course !

Car cet album « Easter », sorti en 1978, et dont je possède un exemplaire justement en vinyle, outre le fait que la photo qui orne la pochette a fait scandale parce que Patti ne s’était pas rasé l’aisselle et que donc elle mettait à mal l’image de la féminité…

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Cet album, donc, contient un des deux plus grands hits de la chanteuse (l’autre étant, beaucoup plus tard, « People have the Power », sur lequel Darroussin et Catherine Frot dansent un rock endiablé dans « Un air de famille » – est-ce avant ou après que le personnage interprété par Catherine Frot ait éclaté en larmes en déballant son cadeau d’anniversaire, un collier qu’elle croit à destination du chien qu’on vient aussi de lui offrir : « Mais c’est beaucoup trop beau pour un chien ! » – mais je m’éloigne de mon sujet, là)… le hit de l’album « Easter » étant, bien sûr, l’imparable « Because the Night »… L’intro au piano, la voix grave et voilée de Patti, la batterie et la guitare qui déboulent, immédiatement reconnaissables.

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Et hop, j’en profite pour rebondir sur un de mes sujets favoris, mon chouchou à moi : Bruce. Parce que « Because the Night » est une chanson écrite par Springsteen, qu’il a offerte à Patti, et dont celle-ci a fini d’écrire les paroles dans un sens à la fois plus direct et plus féminin  (à l’époque, Bruce écrivait comme un fou plusieurs chansons par jour, et il n’avait pas le temps de toutes les peaufiner…). N’empêche : il la chantera, et la chante toujours dans ses concerts à lui. Comme sur cette vidéo, à Glastonbury en 2009 :

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Vous commencez à le savoir, j’aime Bruce (auquel j’ai consacré un article de la « bande-son », plus précisément à « Thunder Road« ). Mais la version de Patti de cette « Because… » est meilleure, plus sensuelle, plus subtile, tout en rendant avec ardeur le sentiment d’urgence du texte, qui parle de désir.

Take me now baby, here as I am /Pull me close, try and understand
Desire is hunger is the fire I breathe /Love is a banquet on which we feed

« Prends-moi maintenant, chéri, comme je suis /Serre-moi fort, essaie de comprendre
Le désir c’est la faim, c’est le feu que je respire /L’amour est un banquet où nous nous nourrissons »

Come on now and try and understand /The way I feel when I’m in your hands
Take my hand as the sun descends

« Allez, viens, essaie de comprendre /Ce que je ressens quand je suis entre tes mains
Prends ma main, le soleil descend »

They can’t hurt you now
Can’t hurt you now
Can’t hurt you now

« Ils ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant  »

Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us

« Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit appartient au désir
Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit nous appartient »

Et pour vous convaincre du talent de Patti, qui est aussi écrivain (notamment de sa biographie « Just Kids » qui raconte entre autres son amitié avec Robert Mapplethorpe), poète, peintre (elle a fait une expo en 2005 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, intitulée « Land 205 ») et photographe, qui a une passion pour Rimbaud et William Blake dont elle a fait des lectures publiques, qui est engagée politiquement et socialement, bref, qui est une personnalité hors norme… une version acoustique de « Because the Night »,  où elle est juste accompagnée à la guitare.

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Sur cet album, « Easter », d’autres chansons mériteraient qu’on s’y arrête : « Rock’n’roll nigger », « Ghost dance » et surtout le bouleversant « We Three » (Don’t take my hope away from me)..mais à défaut, écoutez ou réécoutez-le et… continuez de danser sur « Because the night »…

(Photos de l’auteur.)

Spéciale dédicace : Irène Smith – qui aimait Patti Smith.

Addendum


15 Mar

En ces temps d’Extra omnes, d’Habemus papam et autre bénédiction urbi et orbi, bref d’élection papale, je fais un petit addendum à deux posts à la fois… c’est pas tous les jours qu’on peut parler l’latin. Même si je suis pas pape. Pour mémoire, et parce que jamais on ne s’en lasse, la vidéo des Deschiens en rapport avec ce vaste sujet des papes, qui feraient mieux de rester chez eux, de la papomobile, et de la chasub’. Spirituellement assez indépassable, c’est plus ça que j’dis.

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Donc – revenons à nos posts -, je suis passée voir Bertrand, le disquaire de Madison hier. Et il m’avait déjà prévenu par mail : la pochette qui s’était détachée de la vitrine et cachée derrière celle du dessous, comme on peut le voir dans « Illusion », avait dû faire une crise de pudeur… étonnant ! car Bertrand l’avait mise là en référence à la gargouille impudique… Vous allez comprendre :

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Peu d’infos sur le groupe, à part qu’il fait du « garage typiquement australien »  et qu’un des membres, Kid Congo Powers (wouaou, le nom !) a rejoint ponctuellement les Bad Seeds de Nick Cave (pas mal). Pour le reste, la pochette se suffit à elle-même, très loin des préoccupations papales (quoique). Et sans oublier que le pantalon en velours à côtes est toujours tendance – d’accord, pas partout-. Comme la bague à tête de mort et yeux rouges, d’ailleurs.

… Mais reconnaissons que les choses progressent, comme dit Juliette (la chanteuse) sur son compte Twitter : il y a cent ans, l’Église condamnait le tango pour lascivité, aujourd’hui le pape est argentin. J’ignore si le rock « garage typiquement australien » a fait l’objet d’une encyclique, mais j’en doute… pas assez lascif ?  N’empêche que notre gargouille impudique l’est depuis plusieurs siècles sur le côté sud de la cathédrale… y aurait-il deux poids-deux mesures ? Faut-il un réunir un concile, pour mettre tout ça à plat ? Et si on allait haranguer les foules place Saint-Pierre ?

(photo de l’auteur)

Illusion


12 Mar

Cette semaine, dans la vitrine de « Madison », le magasin de disques de Bertrand…

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… quelques merveilles, comme d’habitude ; et une nouveauté : une pochette a décidé qu’elle ne participerait pas à notre aventure, elle l’a fait comprendre en se détachant et se cachant derrière une autre, et c’est son droit, que sur ce blog, nous respectons totalement, car nous sommes pour la liberté d’expression, y compris pour les pochettes de vinyles…

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… nous restent donc sept pochettes… dont une se détache non pas de son support, mais du lot (pour moi, du moins).

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Ce n’est pas tant le groupe, der deutsche Adel, dont un blog en français nous donne l’historique et que je vous résume briévement : groupe de (cold) new wave des années 80, constitué de cinq musiciens allemands et tchèques, der deutsche Adel n’a sorti qu’un album, en 1984, celui-ci donc, sans titre, mais dont les chansons tournent autour de l’histoire d’un jeune homme contraint de participer à une guerre. J’ai écouté un extrait… bon, ce n’est pas trop mon genre de musique, bien que ce ne soit pas inécoutable.

Mais la pochette…

Le visage d’Erich von Stroheim, sa minerve et son monocle, ça vous dit quelque chose… Et oui : « La Grande Illusion », film de Jean Renoir de 1937, avec Gabin, Pierre Fresnay, Marcel Dalio. L’utilisation de cette photo est donc parfaitement logique pour un groupe dont la traduction du nom est « la noblesse allemande » et dont le sujet est l’horreur de la guerre.

Vous ne vous souvenez peut-être pas très bien… alors voici la bande-annonce du film, dans sa version restaurée de 2012.

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« La Grande Illusion » est souvent citée par les grands réalisateurs parmi les douze films les plus importants du cinéma.

L’histoire se déroule pendant la Première Guerre mondiale, et (en simplifiant beaucoup le scénario, plus riche et subtil que mon résumé) met en scène un groupe de prisonniers de guerre français, de différentes classes et de différents milieux, sous la surveillance d’un aristocrate allemand, von Rauffenstein, inerprété par von Stroheim. Il est question des rapports entre ces hommes, d’entente malgré les différences (sociales, nationales…), sur fond de volonté d’évasion des Français : par exemple, les deux aristocrates, l’Allemand et le Français, s’entendent et s’apprécient malgré leur différence de nationalité, ce qui n’empêchera pas la priorité donnée à sa patrie par le personnage interprété par Fresnay, qui se sacrifiera pour couvrir l’évasion de ses compatriotes, et obligera son ami allemand à l’abattre.

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C’est un film magnifique, porté par l’interprétation des acteurs principaux. Sorti deux ans avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il a été interdit en Allemagne par le régime nazi et en Italie par le régime fasciste, en raison de son esprit pacifiste et du caractère sympathique du personnage juif, interprété par Dalio (qui en plus réussit à s’échapper !). Aux États-Unis, il fut projeté à la Maison-Blanche en novembre 1937, et Roosevelt déclara : « Tous les démocrates du monde devraient voir ce film ». En France, ce fut un immense succès à sa sortie ; mais il fut interdit dès octobre 1940 et jusqu’à la fin de la guerre.

Reste une question, qui n’a jamais été clairement résolue, et ne le sera sans doute définitivement jamais : qu’est-ce que cette « grande illusion » ? Le fait que la guerre de 14-18 devait être la « der des der », la dernière de toutes les guerres, (dialogue de fin entre les évadés : Maréchal : « Il faut bien qu’on la finisse cette putain de guerre… en espérant que c’est la dernière. » – Rosenthal : « Ah, tu te fais des illusions ! ») et dans ce cas, malheureusement, Renoir s’est avéré clairvoyant, puisque la Seconde Guerre a éclaté deux ans après la sortie de son film ? Le fait que tous les hommes peuvent s’entendre malgré les différences ? L’idée qu’il puisse y avoir une dernière guerre, qui ouvrirait sur un monde pacifié ?… autre chose ?

Comme quoi une pochette de disques peut amener à des questionnements complexes…

(Photos 1 à 3 de l’auteur; 4)


05 Mar

Nouvelle semaine, nouvelle vitrine chez Bertrand le disquaire, nouvelles pochettes sur la porte d’entrée de « Madison »… (les reflets font désormais partie de cette catégorie…)

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Comme d’habitude, il y a de quoi faire avec le choix de Bertrand, entre la gueule de vieux lion de Ferré et ses titres toujours super joyeux…

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… et la magnifique paire de fesses qui orne la pochette de Coutin, celui qui chantait (qui braillait, plutôt), souvenez-vous, qu’il aimait « regarder les filles qui marchent sur la plage, leurs poitrines gonflées par le désir de vivre »…

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Il y a la pochette de Julie London, que je garde pour plus tard, peut-être, un autre post, un autre jour… ou non, on verra.

Et il y a la pochette en bas à gauche, pas la plus belle, mais la plus japonaise. (et comme ça, vous avez les horaires d’ouverture de « Madison ».)

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Faisons simple : le nô est une forme de théâtre traditionnel au Japon, et la musique (assez déconcertante pour nos oreilles occidentales) y tient une place prépondérante.

« Shakkyô ou le pont de pierre » est le titre d’une pièce de nô racontant une ancienne légende bouddhique : le moine Jakushô fait un voyage vers un mont sacré en Chine, il arrive devant un pont de pierre, un jeune garçon apparaît qui lui indique que la terre au-delà du pont est une terre sacrée qui appartient à une divinité (au nom imprononçable), que la traversée est très dangereuse, mais que néanmoins s’il reste sur le pont, il assistera à un miracle ; Jakushô commence donc la traversée du pont, et s’arrête en son milieu. De l’autre côté apparaît  un lion (et ce n’est pas Léo Ferré), messager favorable de la divinité, qui exécute une danse parmi les pivoines épanouies et odorantes.

Cette « danse du lion sacré parmi les pivoines », forme artistique très complexe, est très souvent interprétée, notamment en présence d’étrangers, parce qu’elle est une bonne porte d’entrée dans le monde complexe du théâtre nô. Bien sûr, les acteurs portent des masques, appelés « nomen », comme celui qui figure sur la pochette, des costumes et des perruques : par exemple pour « la danse du lion sacré dans les pivoines », le lion se doit d’arborer une perruque-crinière rouge, volumineuse et longue.

Je vous mets une vidéo, pour vous donner une idée, filmée en amateur (plan fixe, pris depuis la salle) lors d’un festival de culture japonaise :

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On voit qu’on est (très) loin de nos terres balisées d’Occidentaux ! (vous avez regardé jusqu’au bout, vous ?). Il n’empêche : avec le soleil revenu, nous aussi, nous allons bientôt pouvoir la danser, la « danse du lion dans les pivoines » : la floraison de ces magnifiques fleurs va commencer en mai, ça nous laisse un peu de temps pour apprendre le menuet aux lions de notre connaissance, décider lesquels sont sacrés et donc dignes de porter une perruque rouge, et de danser au bout d’un pont, de pierres, ce qui tombe bien, il y en a pas mal sur la Loire (même s’ils ne ressemblent pas à celui-ci, à Nikko, au nord de Tokyo, qui semble bien être au moins en partie en bois).

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Au boulot !

(photos de l’auteur)

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