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Plume


07 Fév

J’ai croisé ce collage sur une vieille porte de garage taguée du « vieux Tours ».

neelhe-y laisser des plumes (1)

M’étant rapprochée, j’ai lu les deux mots écrits sur le noir et le blanc du haut du rachis… de la plume, puisque c’en est une…

neelhe-y laisser des plumes (2)

« Leave feather » : Laisser une plume. Ou y laisser des plumes ?

J’aime cette trace et ce message que le passant interprète comme il veut. Alors, y laisser des plumes, ou pas ?

(photos de l’auteur)

Bande-son : l’adorable, intime et très courte chanson murmurée par Neil Young sur l’album « Hawks and doves  » de 1980.

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All her friends call her Little Wing/But she flies rings around them all
She comes to town when the children sing/And leaves them feather as if they fall
She leaves her feathers as if they fall

Little Wing, don’t fly away
When the summer turns to fall
Don’t you know some people say
The winter is the best time of them all
Winter is the best of all.

« Tous ses amis l’appellent Petite Aile/Mais elle vole en rond autour d’eux
Elle arrive en ville quand les enfants chantent/Et elle leur laisse des plumes si elles tombent
Elle leur laisse des plumes si elles tombent

Petite Aile, ne t’envole pas
Quand l’été vacille/Ignores-tu ce que les gens disent ?
L’hiver est le meilleur moment/L’hiver est ce qu’il y a de mieux »

Sunset vallée


18 Oct

Hier soir, coucher de soleil sur la Loire, vu du « pont de fil » à Tours.

neelhe-bords de Loire-sunset

J’avais dans la tête la chanson de Neil Young, « Pocahontas », qui figure (comme « Powderfinger ») sur son album de 1979 « Rust never sleeps »… et à ce vers, à la fin du deuxième couplet : And the night falls/On the setting sun »(« Et la nuit tombe sur le soleil couchant »). C’est une chanson dans laquelle Neil le Canadien se souvient qu’il a des ascendances indiennes, et que ces nations natives d’Amérique du Nord sont loin d’avoir été bien traitées par les Blancs quand ils ont débarqué sur le nouveau continent.

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Aurora borealis/The icy sky at night/Paddles cut the water/In a long and hurried flight/From the white man/To the fields of green/And the homeland/We’ve never seen
They killed us in our tepee/And they cut our women down/They might have left some babies/Cryin’ on the ground
But the fire sticks/And the wagons come/And the night falls/On the setting sun
They massacred the buffalo/Kitty corner from the bank/The taxis run across my feet/And my eyes have turned to blanks
In my little box/At the top of the stairs/With my Indian rug/And a pipe to share.
I wish a was a trapper/I would give thousand pelts/To sleep with Pocahontas/And find out how she felt
In the mornin’/On the fields of green/In the homeland/We’ve never seen.

« Des aurores boréales/Le ciel glacial de nuit/Les pagaies fendent l’eau/Dans un vol long et pressé/
Depuis l’homme blanc/jusqu’aux champs de verdure/Et la terre natale/Que nous n’avons jamais vue…/

Ils nous ont tués dans nos tipis/Et ils ont abattus nos femmes/Ils ont sans doute laissé quelques bébés/qui pleuraient sur le sol
Mais les bâtons de feu/Et les charrettes arrivent/Et la nuit tombe/Sur le soleil couchant…/

Ils ont massacré les bisons/Et ça a rapporté gros à la banque/Les taxis me roulent sur les pieds/Et mes yeux se sont vidés de toute expression/
Dans ma petite boite/En haut de l’escalier/Avec mon tapis indien/Et ma pipe à partager/

J’aimerais être un chasseur/Et je donnerais un millier de fourrures/Pour dormir avec Pocahontas/Et découvrir ce qu’elle ressentait/
Le matin/Dans les champs de verdure/Sur la terre natale/Que nous n’avons jamais vue… »

Très loin du Saint-Laurent et du Yukon, des tribus des Algonquins ou des Hurons, notre Loire s’étire paresseusement sous les solides et très civilisées arcades du « pont de pierre ». Mais la nature splendide garde toujours sa part d’indompté, et nous relie silencieusement à des rives lointaines et plus sauvages, bordées d’aurores boréales. Car partout, comme en écho, the night falls on the setting sun…

(photo de l’auteur)

Powderfinger


16 Jan

Le quatrième pilier de ma bande-son est Neil Young. Je l’ai découvert dans la foulée du « choc » Sanson (voir l’article « Besoin de personne ») aux alentours de 1978 : à ce moment-là, « Véro » est mariée à un Américain, Stephen Stills, musicien, guitariste, et membre du « super-groupe » Crosby, Stills and Nash, auquel s’était ajouté pour une courte période  « Young » de 1970 à 1972, j’achète un disque du groupe CSN (toujours très recommandable, leur premier, qui date de 1969), puis un disque de Neil Young en solo, le noir et blanc et très acoustique « After the Goldrush ». qui reste un de mes préférés.

L’intérieur du 33 tours :

neelhe-neilyoung-afterthegoldrush (3)

Je m’attache au personnage, à sa tête de Canadien d’origine indienne, à sa voix particulière, haut perchée, presque féminine parfois, à sa fragilité apparente, à son romantisme, à sa capacité de passer de l’acoustique le plus folk à l’électrique le plus rock et le plus sauvage, à ses prises de position, à la fois politiques et sociales, à ses textes poétiques, notamment la chanson-titre « Après la ruée vers l’or », au sujet très écolo avant l’heure, à la mélodie plaintive, piano et harmonica :

« Well, I dreamed I saw the knights in armour coming,/Sayin’ something about a queen./There where peasants singin’ and drummers drummin’/And the archer split the tree./There was a fanfare blowin’ to the sun/That was floating on the breeze./Look at Mother Nature on the run/In the nineteen seventies. »

« J’ai rêvé que je voyais arriver des chevaliers en armure,/ils disaient quelque chose à propos d’une reine/Il y avait des paysans qui chantaient et des joueurs de tambour/Et un archer a fendu un  arbre/Il y avait une fanfare qui soufflait vers le soleil/qui flottait dans la brise/Regardez Mère Nature dans sa fuite/Dans les années 70… »

Dans la foulée, je découvre ses autres disques, l’incontournable « Harvest », le live « Time fades away », le déchiré « Tonight’s the night », l’apaisé « Comes a time ». Peu de temps après, en 1979, sort le nouvel album de Neil « Rust never sleeps » (littéralement « la rouille ne dort jamais »).

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Une face acoustique, qui débute par « My My Hey Hey (Out of the Blue) » et une face très électrique qui se clôt par « Hey Hey My My (Into the Black) » [avec la fameuse phrase recopiée par Kurt Cobain dans la lettre retrouvée après son suicide  : » It’s better to burn out than fade away » (traduit sur Wikipédia par : « Mieux vaut exploser en vol que s’éteindre à petit feu »)], les deux versions se répondant, et encadrant les sept autres chansons. De vraies merveilles, acoustiques, « Thrasher », « Pocahontas » (au texte pro-Indien, rappelant sans haine quelques évidences, et à l’interprétation douce : « Des aurores boréales/Le ciel glacé la nuit/Des pagaies fendent l’eau/Dans un mouvement rapide et long/Depuis l’homme blanc/jusqu’aux champs de verdure/Et la mère patrie que nous n’avons jamais vue//Ils nous ont tués dans nos tipis/Et ils ont abattu nos femmes/Ils ont sans doute laissé quelques bébés pleurer sur le sol… »), « Sail Away » et électriques : la première de la seconde face s’appelle « Powderfinger » [un peu intraduisible, quelque chose comme « La Poudre (sous-entendu : du fusil) et le doigt (sous-entendu : qui appuie sur la gâchette) »]. Mélodie imparable au chorus à la guitare électrique claire (pas toujours le cas chez Neil, qui aime les amplis sursaturés), voix à la fois fluide et puissante, et texte condensé, qui campe en quelques strophes une scène, des personnages, des sentiments et raconte une vraie histoire avec une progression et un dénouement, on se croirait dans une nouvelle.

Look out, Mama, there’s a white boat comin’ up the river/With a big red beacon, and a flag, and a man on the rail/I think you’d better call John,/’Cause it don’t look like they’re here to deliver the mail/And it’s less than a mile away/I hope they didn’t come to stay/It’s got numbers on the side and a gun/And it’s makin’ big waves.

« Regarde, maman, il y a un bateau blanc qui remonte la rivière/Avec une grande balise rouge, et un drapeau, et un homme sur le pont/Je pense que tu ferais bien d’appeler John/Parce qu’il n’a pas l’air de venir pour nous déposer le courrier/Et il est à moins d’un mile/J’espère qu’ils ne vont pas s’installer/Il y a des numéros sur le côté et un canon/Et ça fait de grosses vagues. »

On visualise la scène, on sait que le personnage qui parle est jeune, il commence par appeler sa mère et dire qu’il serait bon que « John » soit là. Un bateau arrive, eux sont sur la rive, et l’inquiétude est là. Et de fait :

Daddy’s gone, my brother’s out hunting in the mountains/Big John’s been drinking since the river took Emmy-Lou/So the Powers That Be left me here to do the thinkin’/And I just turned twenty-two/I was wonderin’ what to do/And the closer they got,/The more those feelings grew.

« Papa s’est barré, mon frère est parti chasser dans les montagnes/Big John s’est mis à boire depuis que la rivière a emporté Emmy-Lou/Les autorités m’ont laissé ici pour réfléchir/Et je viens juste d’avoir 22 ans/Je me demandais ce que j’allais faire/Et plus ils se rapprochaient/Plus ce sentiment montait en moi. »

Daddy’s rifle in my hand felt reassurin’/He told me, Red means run, son, numbers add up to nothin’/But when the first shot hit the docks I saw it comin’/Raised my rifle to my eye/Never stopped to wonder why./Then I saw black,/And my face splashed in the sky.

« Le fusil de mon père dans ma main me rassurait/Il m’avait dit : «Si tu vois du rouge, tu t’enfuis, mon fils (littéralement : « Fils, le rouge signifie « Cours » »), les chiffres n’ajoutent rien»/Mais quand le premier tir a heurté le quai, je l’ai vu arriver/J’ai mis mon fusil en joue/Je ne me suis pas arrêté pour me demander pourquoi (ou : » je n’ai jamais cessé de me demander pourquoi »)/Alors tout est devenu noir/Et mon visage a explosé dans le ciel. »

Shelter me from the powder and the finger/Cover me with the thought that pulled the trigger/Think of me as one you’d never figured/Would fade away so young/With so much left undone/Remember me to my love,/I know I’ll miss her.

« Mettez-moi à l’abri de la poudre et du doigt (le « Powderfinger » du titre)/Protégez-moi de (ou : « avec ») la pensée qui a fait appuyer sur la détente/Pensez à moi comme à quelqu’un que vous n’auriez jamais imaginé/Qui aurait disparu si jeune/Avec tant de choses qui lui restaient à faire/Faites en sorte que mon amour se souvienne de moi/Je sais qu’elle me manquera. »

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Le texte est magnifiquement concis et descriptif, la musique et les choeurs (les « ouhouh » plus précisément !) du groupe Crazy Horse ajoutent à la tension dramatique et l’interprétation de Neil est bouleversante, sans faire d’effet particulier, puisqu’on est dans le rock.

Vous voulez voir et entendre ? Dans la version du film « Rust Never Sleeps », le concert filmé de 1978 (special dédicace à my sister, qui m’a accompagnée dans un ciné de Montparnasse en 1979 pour le voir, ce film) d’où est issu le double 33 tours « Live Rust », magique

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Ou en version acoustique (pas de vidéo correspondante, mais la musique vaut le coup) :

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J’aurais pu détailler d’autres chansons de Neil, le magnifique « Like a hurricane » dont il existe aussi deux versions, une électrique, une acoustique, à l’orgue ; « Cortez the Killer » chevauchée électrique et hallucinée sur le conquistador Espagnol et les Aztèques qu’il a rayés de la carte ; ou en acoustique, « Don’t let it bring you down », « Helpless » ou le très touchant »Little Wing »…

J’aime toujours le Neil Young de ces années-là, et celui d’aujourd’hui, avec sa même sincérité, sa poésie, et sa liberté totale qui fait qu’il a été parfois difficile à suivre. Il est maintenant reconnu comme un des plus grands compositeurs de sa génération, le père du mouvement grunge, notamment. Et vous avez remarqué : si mon nom de blogueuse doit beaucoup à mon prénom de l’état civil, qu’il ait un petit air de ressemblance avec celui de ce héros de mon adolescence lui ajoute une légitimité et un charme supplémentaires.

(intérieur pochette « After the goldrush« ; pochette « Rust never sleeps »; photo Neil Young)

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