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La peau des arbres


18 Juin

En Angleterre, j’ai vu de beaux arbres, aussi. Faut dire, j’avais la chance d’y être avec des gens qui s’y connaissent largement plus que la moyenne, et qui savent distinguer un chêne d’un buisson ardent, ou un séquoia d’un phare breton posé sur la lande, par exemple. Et qui disposaient de tout un ensemble de moyens mnémotechniques pour me faire rentrer dans le crâne quelques basiques (« le charme d’à-dents, c’est d’hêtre à poils »… ce qui sous-entend -suivez-moi bien – que la feuille du charme a des dents, et celle du hêtre des petits poils, vous voyez le truc ?)

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Donc, de loin, avec frondaison, tronc puissant, et branches magnifiques…

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… ou de plus près, pour détailler les écorces… celle du hêtre, justement, dont le tronc est dit « en pied d’éléphant », et là, limite, on dirait sa tête, à l’éléphant, avec son petit oeil (il manque la trompe, d’accord)…

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… ou l’écorce d’un châtaignier (enfin je crois), avec ses plis, ses nouures, ses cicatrices et ses rides d’expression… Il a l’oeil plus allongé que l’éléphant, et le nez (de profil) un peu aplati (une rixe à la sortie d’un pub ?)…

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… les racines et le bas du tronc d’un séquoia, de 37 mètres, dans le jardin de Killerton… encore loin des 85 mètres du plus grand arbre du monde, le général Sherman du Sequoia Park… mais imposant quand même ; et le dessin en cascade de ces racines, comme une main ouverte, géante…

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Et enfin, cet « érable commun », vu du bas…

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… et son « ventre », vu de près… un peu à vif, mais on voit bien les dessins de sa musculature et sa chair, sous l’écorce.

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Les arbres sont comme nous. Ou nous sommes comme eux. Vivants, et la peau plus ou moins douce.

(photos de l’auteur)

Conseil de lecture, y compris pour moi : « Respirer l’ombre », dont on vient de me parler (merci, Annie !) du sculpteur Giuseppe Penone (qui expose en ce moment dans les jardins de Versailles), livre culte qui change le rapport aux arbres, paraît-il…

A même la peau


25 Jan

Je vous ai déjà parlé brièvement sur ce blog d’un de mes films préférés (un de mes 5 films préférés, et croyez-moi, ou plutôt faites l’exercice, il est difficile – quand on aime le cinéma, du moins !- de faire cette liste…), voir le post « Les outils du calligraphe » : « The Pillow Book », de Peter Greenaway, sorti en 1996.

Un film qui mêle trois des éléments que j’aime le plus au monde : l’écriture, dans ce qu’elle a de plus esthétique et aussi de plus physique, la calligraphie ; l’Asie, et plus précisément le Japon, et ses raffinements, ses traditions, ses idéogrammes et ses cruautés ; et le corps, désiré et désirant et ici aussi support à l’écriture et à ses beautés.

C’est un film qui me bouleverse et me touche à chaque vision (critère important pour faire partie du club des 5 films préférés !). Des premières images, de Nagiko enfant, écoutant l’histoire de l’origine de l’homme que lui raconte son père en écrivant sur son visage les idéogrammes correspondants…

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… à celles où elle cherche quelqu’un qui sera capable d’écrire sur sa peau avec autant de justesse…

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… puis au moment où elle décide d’écrire elle-même sur la peau des autres…

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Toutes ces images ne sont là que pour vous donner une idée de la splendeur visuelle du film (à laquelle on peut être complètement étanche, j’en connais !), et elles ne racontent bien sûr pas le cœur de l’histoire de Nagiko.

Ce rappel donc pour vous redire à quel point je suis toujours touchée quand il s’agit d’allier le pinceau et la peau et de tracer des signes sur l’enveloppe de nos corps.

Un des projets de Lionel Bayol-Thémines, sa série « Dédipix to futur » de 2011, m’a donc immédiatement tapé dans l’oeil et émue. Vous allez comprendre : une citation, la première est de René Char, un crayon, un corps, et le corps parle, aussi avec ou sans ses vêtements, et bien sûr, un appareil-photo, et un oeil…

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Une citation de Leonard de Vinci…

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Une de Gabriel Matzneff…

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Jacques Derrida…

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Une citation sans auteur, sans doute une phrase du photographe lui-même… Oui, « tout est permis en dedans »…

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On est loin de la sophistication et de l’esthétique de la calligraphie japonaise, on est loin du romanesque (je repense à cette phrase qui est écrite et prononcée par deux héroïnes de Truffaut, dans deux de ses films, « Jules et Jim » et « Les Deux Anglaises et le Continent » : « Ce papier est ta peau, cette encre est mon sang, j’appuie fort pour qu’il entre ».) . Mais même dans ce contexte, plus « brut », presque politique, cette idée et cette vision des mots à même le corps, d’écriture sur la peau, m’émeut, et il me semble que le message que la photo véhicule prend un sens beaucoup plus fort. Et plus intime.

Parce que, sans doute aussi, citation d’Eric Fottorino, la peau se souvient.

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Vous pouvez aller sur le site de l’artiste : vous trouverez bien une citation, une photo, un corps, et le mariage des trois, qui vous toucheront…

(Photos de « The Pillow Book » extraites du tumblr The Pillow Book ; Photos « Dédipix to futur » : site de Lionel Bayl-Themines. Un e-book des photos est même téléchargeable ici, merci à l’artiste).

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