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Contact


21 Mai

Cette semaine, attention les yeux : la vitrine de Bertrand, notre-disquaire-de-Madison-le-magasin-de-vinyles-(mais-pas-seulement)-de-Tours, recèle, parmi d’autres, mais on est bien obligé de choisir, une pépite : une pochette – comment la décrire ?- à tout le moins… érotico-décalée. Je vous laisse savourer :

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« Secrets d’alcôve n°4, Contact… racontés par André Daick à Chantal… interdit aux mineurs ». Ouh là là. Le  seul élément figurant en plus sur la pochette, c’est que ça passe en mono-stéréo, ce qui est plutôt rassurant (ah bon ?). Pour le reste, peu d’indices et donc beaucoup de possibilités… Bertrand m’a confié ne pas avoir écouté le contenu… et je le comprends : parfois, mieux vaut en rester à l’image… cette poitrine apparemment plutôt juvénile, ce sein qui semble à la fois ferme et pointant,  et cet index s’apprêtant à appuyer dessus comme si c’était le bouton de la valise nucléaire… cette main, justement, baguée d’une espèce de chevalière fine (un dandy ? et plutôt riche, on voit une sorte de pièce de monnaie sur le doigt… tout est suggéré, il faut être attentif aux détails !) et surtout, les éclairs verts et roses sur fond orange censés symboliser l’électricité passant entre le mamelon et l’index… Euh.

J’ai fait une recherche rapide sur le net, et j’ai trouvé le verso (si dans ce contexte, je peux m’exprimer ainsi sans ambiguïté) d’un autre disque du même auteur, une autre série, pas « Secrets d’alcôve » comme sur notre pochette, mais « Indiscrétions »…

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Je ne sais pas pour vous, mais moi, en lisant la présentation et en voyant les photos d’André Daick, je me dis que d’accord, je vais en rester à la pochette sans trop de regrets… qu’ils restent secrets, ces « secrets d’alcôve n°4 » !

Et puisqu’on est dans le décalage, j’ai retrouvé cette vidéo d’une chanson interprétée par Brigitte Bardot en 1968, sur un texte de Gainsbourg. Bardot m’a toujours un peu agacée, mais là, le kitsch est tellement absolu, la musique pseudo psychédélique, et les paroles de science-fiction (au sens strict : « il me faut une transfusion de mercure/j’en ai tant perdu par cette blessure »), que ça vaut le coup d’œil… et justement, ça s’appelle « Contact » ! (tout se tient)

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(photo 1 de l’auteur ; photo 2)

Sons


16 Avr

Cette semaine, dans la vitrine de Bertrand le disquaire de « Madison », une pochette de vinyle de science-fiction…

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C’est un disque de 1971. Je relis avec vous : « Prospective 21e siècle (ouh là ! s’il avait su…)… Chronos (ça a un rapport avec le temps, donc) : L’instant mobile (rapport au temps poétique…), La roue ferris (et non la via ferrata chère aux férus de randonnées et d’escalade), L’œil écoute (oui, ça peut arriver), triptyque électronique de Bernard Parmegiani »…

Je suis curieuse, j’ai écouté. Et donc, c’est de la musique électroacoustique, assez irracontable, très électronique et « bruitiste ». Si vous voulez essayer, voici « La roue ferris », je vous préviens, ça dure 10 minutes…

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Bernard Parmegiani, qui est né en 1927, est un des compositeurs majeurs de ce mouvement. Il a intégré le Groupe de recherches musicales (GRM) en 1959 et entre 1961 (« Alternance ») et 1996 (« Sonare »), il a composé plus d’une cinquantaine d’œuvres. C’est de l’expérimentation (je n’y connais rien, mais enfin, de ce que je peux percevoir, ce n’est pas franchement grand public…).

Rien à voir avec la série « Cosmos 1999 », que je regardais dans ma jeunesse.

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Mais, sans doute à cause de la pochette au look futuriste à la sauce 70’s (et de la typo), ou de la proximité des sons « Chronos-Cosmos », j’ai eu envie de revoir le générique…

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Toujours formidable, non ?

… et rien à voir non plus – mais est-ce si sûr ?- avec l’excellente émission écoutée par hasard dimanche  7 avril (et je vais écouter sur podcast la deuxième partie) sur France Culture, « Le Secret professionnel », de Charles Dantzig, dont l’invité était le professeur d’ORL, Patrice Tran Ba Huy. Émission passionnante, au cours de laquelle j’ai appris plein de trucs sur le son, l’audition et la musique. (Vous voyez bien qu’il y a un rapport…)

Entre autres (je rappelle que j’étais peu réceptive aux notions de physique quand j’étais au lycée, mais il n’est jamais trop tard, isn’t it ?) : le son est la vibration d’une matière (liquide, solide ou aérienne) – bon, ça on s’en doutait…

L’énergie sonore est transmise sans transport de matière (comme quand on jette une pierre dans une mare : « l’onde » qui se crée est faite de molécules qui ne se « déplacent » pas, mais qui en bougeant « sur place », font bouger leur voisine, qui à son tour, fait bouger la sienne, etc.).

Une onde sonore, pour être entendue par nous humains, doit être comprise dans une certaine gamme de fréquences et d’intensité… entre 50-100 Hertz et 15000-20000 Hertz (par comparaison, la chauve-souris entend jusqu’à 100000 hertz, et la taupe entend celles de moins de 100).

Il existe plusieurs types de sons : le son pur, à une seule fréquence (260 fois par seconde). Et les sons complexes, qui peuvent être soit périodiques (qui comprennent la fréquence fondamentale + toutes les harmoniques. Par exemple le do grave est à 33 Hertz, la 1re harmonique est le do supérieur à 66 Hertz, puis la deuxième à 99, etc. – bien sûr, on peut avoir des « timbres » différents, flûte et clarinette par exemple) ou non périodiques  (les bruits de la rue, comprenant toutes sortes de fréquences n’ayant aucun rapport entre elles).

Enfin, une dernière info que j’ai trouvée incroyable, (mais  au vu de la réaction des quelques personnes à qui j’en ai parlé, mon enthousiasme n’est pas universel !) : Le « la » qui sert de référence aux autres notes, qui sont donc définies par rapport à elle, est aujourd’hui à 440 Hertz. Au XVIIIe siècle, la fréquence du « la » était de 415 Hertz… ce changement de référence s’est fait au XIXe siècle, sans qu’on en sache bien la raison.

Mon résumé peut donner l’impression d’une juxtaposition d’infos sans rapport entre elles, mais l’émission était au contraire fluide et limpide et je vous la recommande…

… Car, par hasard, parfois, on rencontre des réponses à des questions qu’on ignorait se poser.

… Et  je rejoins Bernard Parmegiani, l’instant est mobile, et l’œil écoute, aussi. Ce qui est d’ailleurs le titre d’un essai de Paul Claudel sur la peinture. Tout se tient…

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… Comme le savent bien nos amis synesthètes ceux qui, par un phénomène neurologique involontaire,  associent  deux ou plusieurs sens. Oui, tout se tient. Enfin, presque.

(photo 1 de l’auteur; photo 2 ; livre Claudel)

Bleu


13 Avr

Bertrand m’a fait une blague dans la vitrine de « Madison »  cette semaine.

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Une pochette bleue, sans nom, ni titre. Une pochette aquatique, ou pluvieuse. Il m’a mise au défi de trouver quel est le groupe qui a sorti ce disque mystérieux. J’ai cherché, et je n’ai pas trouvé. Ce n’est pas grave (il me le dira, et je vous transmettrai !), parce que je la trouve belle, cette pochette, et que je rebondis sur un sujet lui aussi d’actualité pour moi : les couleurs. Puisque je suis en train de lire le passionnant petit bouquin de M. Pastoureau et D. Simonnet, « Le petit livre des couleurs » (121 pages, en poche !). Le premier chapitre est justement consacré au bleu.

Aujourd’hui couleur préférée des Européens, et donc des Français, il était pourtant dans l’Antiquité et le haut Moyen Age une couleur discrète, presque méprisée, en tout cas dédaignée, à peine considérée comme une couleur en soi, contrairement au blanc, au rouge et au noir.

On a du mal à l’envisager, tant le bleu nous est une couleur familière.

Le bleu de Loire, été…

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… hiver…

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… le bleu des villes…

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… le bleu des mers…

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… le bleu du ciel japonais (leur couleur préférée, à eux, est le noir)…

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… le bleu du ciel français…

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C’est au XIIe et XIIIe siècles que le bleu prend sa place et ses titres de noblesse. Pour des raisons religieuses (je ne peux pas résumer ici les subtilités de toute l’évolution de notre rapport au bleu, ni aux autres couleurs… vraiment, lisez ce petit livre si le sujet vous intéresse, il est court, facile d’accès et très enrichissant). Le Dieu des chrétiens devient un dieu de lumière. Et la lumière devient… bleue !

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Extrait, qui concerne notre douce  région : « Vers 1130, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis, ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres… »

… Je sais, c’est bien beau tout ça, mais ce que vous voulez, c’est du bleu dans le ciel (et dans votre moral) MAINTENANT. Y a des trucs que je peux pas faire, sorry. Mais je peux vous remettre en tête quelques ritournelles, avec « bleu » dedans ; certaines vous aideront peut-être à passer une meilleure journée…

Daho, bien sûr, « Bleu comme toi »

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Christophe, « Les mots bleus »

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Chris Isaak, « Blue Hotel »

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Joni Mitchell, sublime, « Blue »

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Y en a d’autres : « La Java bleue », le « Blue suede shoes »  d’Elvis et son refrain éternel (traduit, c’est moins flamboyant, forcément : « tu peux faire ce que tu veux, mais ne marche pas sur mes chaussures en daim bleu »), je vous laisse compléter la liste… et attendre le bleu, avec patience, comme nous y enjoint cette couleur paisible…

 

(Photos de l’auteur : 1 et 2, bords de Loire, Tours ; 3, Paris (tours de Saint-Sulpice et clocher de Saint-Germain-des-Près assez reconnaissables) vu du dernier étage du Centre Pompidou ; 4 Ile principale de Chausey ; 5 temple Senso-ji, Tokyo, Japon ; 6 bords de Loire, Tours ; 7 vitrail de la cathédrale Saint-Gatien, Tours)

La conjonction « si »


05 Avr

Je reviens sur une des pochettes-surprises de Bertrand le disquaire de la semaine dernière.

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Pochette particulièrement brillante, donc particulièrement pleine de reflets, à travers la vitre du magasin. J’ai donc cherché une repro plus « visible », qui permet d’apprécier la plastique de la chanteuse, inconnue de moi – recherche faite, c’est aussi une artiste multimédia, musicienne, écrivain, peintre, photographe… elle a sorti un album récemment intitulé sobrement « Madame Sex and l’âme érotique ». Rien que ça.

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Il y a quand même une différence entre la pochette trouvée sur le web et celle du magasin de Tours : la langue du titre de l’album, en anglais « everything could be so perfect… » (avec le could en italique) sur la toile mondiale et en français dans la vitrine de Bertrand, « tout pourrait être si parfait… »

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Ce « tout pourrait être si parfait… » qu’on n’arrête pas de penser, de dire parfois à voix haute, ce soupir plein de regrets… qui reste parfois dans la généralité, dans le flou… mais qui souvent se complète d’une suite, qui commence par la célèbre conjonction  « SI »… « tout pourrait être si parfait si… » (… j’étais riche, mon mari était plus attentif, ma femme plus vertueuse, mes enfants plus travailleurs, mon chien moins aboyeur, mon banquier moins banquier, la météo plus ensoleillée, les programmes télé moins débiles, ce qu’on mange plus sain, la Grèce moins ruinée, le Japon moins loin, la pauvreté moins répandue… etc., etc., on pourrait continuer à l’infini, bien sûr).

Eh ben, ça tombe bien, ce titre d’album, parce que c’est mon combat du moment : cesser de penser : « tout pourrait être si parfait (si)… » et voir ce qui est, peut-être même trouver que ce n’est déjà pas si mal, et arrêter, nom d’un chien (pas trop aboyeur) de me focaliser sur ce qui « devrait » être, et ramer dans la distance entre la réalité et ce que je voudrais qu’elle soit (qui s’éloigne comme l’horizon au fur et à mesure qu’on croit s’en rapprocher). Ce qui n’implique pas une vision béate de l’existence ou une négation des difficultés. Juste cesser de projeter son bonheur toujours plus loin et de le faire dépendre de conditions dont on sait qu’on les multipliera à l’infini.

En bref, cesser de penser : tout pourrait être si parfait si tout était si parfait.

(photos de l’auteur; sauf 2)

Smith and Co


19 Mar

Cette semaine, vitrine à thèmes chez Bertrand, le disquaire de « Madison »… Deux thèmes différents et très clairement identifiés.

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D’un côté, le visuel très identifiable, en jaune, noir et rose du seul disque des Sex Pistols, le groupe fondateur du punk rock et ses déclinaisons, y compris française avec sa traduction littérale…

De l’autre, dans une série en diagonale inversée, une variation sur le patronyme « Smith », en commençant en haut par le « Hatful of Hollow » des Smiths déjà évoqué sur ce blog (« There is a light that never goes out »), passant par la bonne tête en noir et blanc d’Elliot Smith, folk singer sympa et plutôt doux…

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… puis par le « Easter » de Patti Smith, on va y revenir…

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… pour finir, en bas, par la démonstration de judo (ou est-ce du karaté ?) de Jimmy Smith…

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Félicitations donc à Bertrand pour l’excellence de sa vitrine, sa belle présentation et ses thématiques…

Et revenons à notre Patti, Smith, of course !

Car cet album « Easter », sorti en 1978, et dont je possède un exemplaire justement en vinyle, outre le fait que la photo qui orne la pochette a fait scandale parce que Patti ne s’était pas rasé l’aisselle et que donc elle mettait à mal l’image de la féminité…

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Cet album, donc, contient un des deux plus grands hits de la chanteuse (l’autre étant, beaucoup plus tard, « People have the Power », sur lequel Darroussin et Catherine Frot dansent un rock endiablé dans « Un air de famille » – est-ce avant ou après que le personnage interprété par Catherine Frot ait éclaté en larmes en déballant son cadeau d’anniversaire, un collier qu’elle croit à destination du chien qu’on vient aussi de lui offrir : « Mais c’est beaucoup trop beau pour un chien ! » – mais je m’éloigne de mon sujet, là)… le hit de l’album « Easter » étant, bien sûr, l’imparable « Because the Night »… L’intro au piano, la voix grave et voilée de Patti, la batterie et la guitare qui déboulent, immédiatement reconnaissables.

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Et hop, j’en profite pour rebondir sur un de mes sujets favoris, mon chouchou à moi : Bruce. Parce que « Because the Night » est une chanson écrite par Springsteen, qu’il a offerte à Patti, et dont celle-ci a fini d’écrire les paroles dans un sens à la fois plus direct et plus féminin  (à l’époque, Bruce écrivait comme un fou plusieurs chansons par jour, et il n’avait pas le temps de toutes les peaufiner…). N’empêche : il la chantera, et la chante toujours dans ses concerts à lui. Comme sur cette vidéo, à Glastonbury en 2009 :

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Vous commencez à le savoir, j’aime Bruce (auquel j’ai consacré un article de la « bande-son », plus précisément à « Thunder Road« ). Mais la version de Patti de cette « Because… » est meilleure, plus sensuelle, plus subtile, tout en rendant avec ardeur le sentiment d’urgence du texte, qui parle de désir.

Take me now baby, here as I am /Pull me close, try and understand
Desire is hunger is the fire I breathe /Love is a banquet on which we feed

« Prends-moi maintenant, chéri, comme je suis /Serre-moi fort, essaie de comprendre
Le désir c’est la faim, c’est le feu que je respire /L’amour est un banquet où nous nous nourrissons »

Come on now and try and understand /The way I feel when I’m in your hands
Take my hand as the sun descends

« Allez, viens, essaie de comprendre /Ce que je ressens quand je suis entre tes mains
Prends ma main, le soleil descend »

They can’t hurt you now
Can’t hurt you now
Can’t hurt you now

« Ils ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant
Ne peuvent plus te faire de mal maintenant  »

Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us

« Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit appartient au désir
Parce que la nuit appartient aux amants
Parce que la nuit nous appartient »

Et pour vous convaincre du talent de Patti, qui est aussi écrivain (notamment de sa biographie « Just Kids » qui raconte entre autres son amitié avec Robert Mapplethorpe), poète, peintre (elle a fait une expo en 2005 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, intitulée « Land 205 ») et photographe, qui a une passion pour Rimbaud et William Blake dont elle a fait des lectures publiques, qui est engagée politiquement et socialement, bref, qui est une personnalité hors norme… une version acoustique de « Because the Night »,  où elle est juste accompagnée à la guitare.

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Sur cet album, « Easter », d’autres chansons mériteraient qu’on s’y arrête : « Rock’n’roll nigger », « Ghost dance » et surtout le bouleversant « We Three » (Don’t take my hope away from me)..mais à défaut, écoutez ou réécoutez-le et… continuez de danser sur « Because the night »…

(Photos de l’auteur.)

Spéciale dédicace : Irène Smith – qui aimait Patti Smith.

Illusion


12 Mar

Cette semaine, dans la vitrine de « Madison », le magasin de disques de Bertrand…

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… quelques merveilles, comme d’habitude ; et une nouveauté : une pochette a décidé qu’elle ne participerait pas à notre aventure, elle l’a fait comprendre en se détachant et se cachant derrière une autre, et c’est son droit, que sur ce blog, nous respectons totalement, car nous sommes pour la liberté d’expression, y compris pour les pochettes de vinyles…

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… nous restent donc sept pochettes… dont une se détache non pas de son support, mais du lot (pour moi, du moins).

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Ce n’est pas tant le groupe, der deutsche Adel, dont un blog en français nous donne l’historique et que je vous résume briévement : groupe de (cold) new wave des années 80, constitué de cinq musiciens allemands et tchèques, der deutsche Adel n’a sorti qu’un album, en 1984, celui-ci donc, sans titre, mais dont les chansons tournent autour de l’histoire d’un jeune homme contraint de participer à une guerre. J’ai écouté un extrait… bon, ce n’est pas trop mon genre de musique, bien que ce ne soit pas inécoutable.

Mais la pochette…

Le visage d’Erich von Stroheim, sa minerve et son monocle, ça vous dit quelque chose… Et oui : « La Grande Illusion », film de Jean Renoir de 1937, avec Gabin, Pierre Fresnay, Marcel Dalio. L’utilisation de cette photo est donc parfaitement logique pour un groupe dont la traduction du nom est « la noblesse allemande » et dont le sujet est l’horreur de la guerre.

Vous ne vous souvenez peut-être pas très bien… alors voici la bande-annonce du film, dans sa version restaurée de 2012.

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« La Grande Illusion » est souvent citée par les grands réalisateurs parmi les douze films les plus importants du cinéma.

L’histoire se déroule pendant la Première Guerre mondiale, et (en simplifiant beaucoup le scénario, plus riche et subtil que mon résumé) met en scène un groupe de prisonniers de guerre français, de différentes classes et de différents milieux, sous la surveillance d’un aristocrate allemand, von Rauffenstein, inerprété par von Stroheim. Il est question des rapports entre ces hommes, d’entente malgré les différences (sociales, nationales…), sur fond de volonté d’évasion des Français : par exemple, les deux aristocrates, l’Allemand et le Français, s’entendent et s’apprécient malgré leur différence de nationalité, ce qui n’empêchera pas la priorité donnée à sa patrie par le personnage interprété par Fresnay, qui se sacrifiera pour couvrir l’évasion de ses compatriotes, et obligera son ami allemand à l’abattre.

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C’est un film magnifique, porté par l’interprétation des acteurs principaux. Sorti deux ans avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il a été interdit en Allemagne par le régime nazi et en Italie par le régime fasciste, en raison de son esprit pacifiste et du caractère sympathique du personnage juif, interprété par Dalio (qui en plus réussit à s’échapper !). Aux États-Unis, il fut projeté à la Maison-Blanche en novembre 1937, et Roosevelt déclara : « Tous les démocrates du monde devraient voir ce film ». En France, ce fut un immense succès à sa sortie ; mais il fut interdit dès octobre 1940 et jusqu’à la fin de la guerre.

Reste une question, qui n’a jamais été clairement résolue, et ne le sera sans doute définitivement jamais : qu’est-ce que cette « grande illusion » ? Le fait que la guerre de 14-18 devait être la « der des der », la dernière de toutes les guerres, (dialogue de fin entre les évadés : Maréchal : « Il faut bien qu’on la finisse cette putain de guerre… en espérant que c’est la dernière. » – Rosenthal : « Ah, tu te fais des illusions ! ») et dans ce cas, malheureusement, Renoir s’est avéré clairvoyant, puisque la Seconde Guerre a éclaté deux ans après la sortie de son film ? Le fait que tous les hommes peuvent s’entendre malgré les différences ? L’idée qu’il puisse y avoir une dernière guerre, qui ouvrirait sur un monde pacifié ?… autre chose ?

Comme quoi une pochette de disques peut amener à des questionnements complexes…

(Photos 1 à 3 de l’auteur; 4)

Le festival


27 Fév

Ce n’est pas une pochette, mais un festival de pochettes, que dis-je, un feu d’artifices de pochettes de 33 tours qu’avait concocté Bertrand, le disquaire de « Madison »… Jugez-en plutôt…

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Approchons-nous…

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Puis détaillons, « étage par étage »…

En haut, deux « noir et blanc » sobres a priori…

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« Sonic Youth », le visage pâle d’une jeune femme au regard lointain, et à l’auréole très angélique…

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Et, à côté, la pochette improbable d’un groupe nommé « Warum Joe »…

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Je vérifie, quand même… oui, leur nom est bien « Warum Joe », « Pourquoi, Joe » en allemand, et je me demande, perplexe devant la vitrine : est-ce une référence au seul slow allemand connu et ravageur : « Sag warum », chanté il y a longtemps par Camillo Felgen ?… une rapide recherche internet m’apprend que Warum Joe est un groupe de la mouvance électro-punk française du début des années 80 (mais il était encore actif en 2000), très loin des « Und ich frage mich : warum, sag warum » chantés de sa voix de crooner  à la fois caverneuse et langoureuse par Camillo.

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Et l’album, dont le titre est « Le train sifflera, crois-moi » – et là, je sens que je tiens quelque chose avec mes références dépassées : Richard Anthony, non ? – est une compilation…

La photo de la pochette, même avec les reflets, est belle. Sociale. Politique. Solidaire et un peu triste.

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Au deuxième étage, deux pochettes couleur, très différentes.

A gauche, un hommage à l’Asie…

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Bertrand a-t-il cru à la lecture de mon blog et des posts sur le « Japanese trip » que je maîtrisais le japonais, son système à trois alphabets, sans compter le mandarin classique et le coréen ? Non, malheureusement. Si bien que l’histoire en vignettes (essai de manga ?) racontée sur la pochette est restée assez mystérieuse pour moi. Mais j’ai admiré la prouesse que constitue le fait de dénicher une pochette tout en idéogrammes… même si je ne vois vraiment pas quel type de musique est gravée sur le vinyle… j’espère que ce n’est pas de la musique de resto chinois, ou pire, les premiers essais de la femme du numéro un du parti communiste chinois, vous savez, la chanteuse Pen Liyuan, avec ses uniformes kitsch et ses chants patriotiques…

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A droite de cette pochette asiatique, celle d’un groupe encore inconnu de moi, Chelsea.

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Là encore, recherche rapide sur internet, et découverte : Chelsea est un groupe de pop-rock français des années 90, il a été créé à Tours dont sont originaires ses quatre membres fondateurs. Il a sorti trois albums, dans la lignée des groupes anglais de la fin des années 80 (Smiths,  Echo and the  Bunnymen…), il a connu plus qu’un succès d’estime, une reconnaissance certaine bien que loin du grand public, et s’est séparé fin des années 90, après avoir assuré des premières parties de groupes prestigieux. Il chantait en anglais et en français. L’album dont la pochette est dans la vitrine est intitulé « Réservé aux clients de l’établissement »… La pochette, justement, revenons-y…

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Ils ont l’air épanoui, non, les quatre membres (c’est le cas de le dire) de cette belle famille (les jeunes garçons surtout) ?  Très 50’s a priori, cette photo balnéaire avec maillots de bains (et bronzage) d’époque…

Comme est certainement 50’s, ou même avant, la dernière pochette en bas à gauche…

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« Music, Martinis, Memories »…

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… par Jackie Gleason… au début, j’ai cru que c’était le nom de la chanteuse, forcément jazzy qui noyait son chagrin dans l’alcool sur la photo. Mais non : Jackie Gleason était un acteur, compositeur, producteur, scénariste et réalisateur américain, mort en 1987. Il s’agit donc sans doute d’une compilation de ses compositions. Belle photo, belle ambiance, on imagine bien le pianiste à l’arrière jouant un air un peu triste, et un trompettiste qui ne figure pas sur le cliché faisant un solo déchirant… et la femme de la photo, le cœur brisé, attendant sans y croire vraiment le retour d’un sous-Humphrey Bogart de bazar, parti avec une autre…

… Tout ça dans une vitrine, tout ça sur des pochettes de disques… Merci, Bertrand, pour ces mini-voyages et ces découvertes…

(Photos de l’auteur)

Arnold et Karen


19 Fév

Vous vous souvenez de l’article « Vinyles », de la pochette kitsch de ce disque de « musique d’ameublement », et de la vitrine du magasin où je l’avais vu, « Madison » ?

Eh bien, il y a du nouveau. Au moment de la parution il y a deux semaines, je suis passée voir le disquaire (je lui avais déjà acheté une brosse pour nettoyer mes vieux disques) et je lui ai dit que j’avais fait un petit post sur son magasin. On a discuté un peu, je suis partie, il a lu le texte, vu les photos, et il m’a écrit un mail (en utilisant le formulaire « Contact », comme quoi tout a son utilité sur ce blog !). Il avait bien aimé le post, et le blog, et proposait de mettre en vitrine une pochette à mon attention, de temps en temps… j’ai trouvé l’idée intéressante et stimulante… je lui ai écrit en réponse… et je suis partie en Normandie pour la semaine… où, comme vous savez, j’ai écrit assez peu, notamment pour des raisons techniques…

Je suis rentrée hier soir sur mes bords de Loire. Cet après-midi, je suis passée devant la vitrine de « Madison », le magasin était fermé (nous sommes lundi). (Encore pardon pour les reflets dans les vitrines, j’ai beau essayer, pas moyen de les éviter.)

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Vous voyez le petit papier, collé à côté de la pochette de la deuxième rangée en partant du bas, à gauche ? Moi aussi, j’ai eu envie de m’approcher.

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Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, dans mon post de la semaine dernière, « Fragments de (gran)ville »

Alors, j’ai mieux regardé la pochette…

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« My cat Arnold ». Mon chat Arnold.

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Disque de Karen Mantler. 1989.

Le problème qui se pose face à cette pochette est simple : qui est le plus dépressif, Arnold ou Karen ? (parce qu’il est évident que la coupe de cheveux la plus ratée est celle de Karen.)

Arnold, le chat de la venelle de Granville ? Possible, après tout… (bien qu’on imagine le chat de la venelle plus gai, moins posé sur un tabouret, plus aventureux, quoi ! mais les chats sont surprenants et peut-être qu’Arnold cache bien son jeu.)

Et Karen ? Elle fait quoi, à part la tronche sur la pochette de son disque ? Eh bien, Karen, comme me l’a appris une rapide recherche Internet (non, je ne la connaissais pas avant) est née en 1966, c’est la fille de Carla Bley (une des figures du free jazz, pianiste, organiste, compositrice) et Michael Mantler (compositeur et trompettiste), et elle est elle-même une musicienne de jazz, joueuse d’harmonica, chanteuse et compositrice (ouf. Quelle famille.)

Quoi d’autre ? Il existe des photos d’elle sur lesquelles elle sourit presque.

neelhe-karenmantler

Elle fait des concerts (normal pour une musicienne).

neelhe-karenmantler (2)

J’ai cherché à écouter… et j’ai découvert un personnage très sympathique, une belle voix, un tempérament… comme le montre cette vidéo où elle chante (très bien) et donne la réplique à une bande de musiciens, et joue (affreusement, mais c’est fait exprès) de l’harmonica, avec un beau sens de l’autodérision…

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Et les aventures de Karen et Arnold ont eu une suite, puisque :

neelhe-karenmatler

Comme on le voit sur la pochette du disque suivant, « Karen Mantler et son chat Arnold ont la grippe » !

Nouvel extrait, de la chanson-titre (à un moment, je crois qu’on entend un miaulement d’Arnold) :

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En fait, il semble que ni Karen, ni Arnold ne soient dépressifs. Ils font de la bonne musique, tous les deux (sauf quand ils ont la grippe). La pochette est drôle et décalée. Et Bertrand le disquaire a réussi son coup ! Bien joué !

Pour fêter ça, je crée une nouvelle rubrique : « Pochettes surprises » !

(Photos 1 à 4 de l’auteur ; 5 ; 6 ; 7 )

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