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Chemin faisant


25 Oct

Journée d’automne ensoleillée, sur le sentier qui longe le fleuve.

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Dans la lumière douce, un peu mousseuse, marcher sur un dégradé d’or.

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Tapis de rois.

(photos de l’auteur)

Heureux le marin qui nage


15 Jan

Dans ma bande-son, au tout début, il y a Julien Clerc. Je suis petite, j’ai 6 ans, je pense, mon père a acheté le 45 tours avec la chanson  « Niagara ».

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Je lui chipe, je le mets en boucle sur l’électrophone. Je demande à  en avoir d’autres, je récolte  « La Citadelle », « Ivanovitch » et « Sur tes pas ». Je suis sous le charme de la voix, de la musique, et évidemment sous le charme  de Julien, inutile de s’appesantir, il est jeune, et terriblement beau.On l’entend de plus en plus à la radio, « La Californie », « Ce n’est rien », « Si on chantait »…

Mais ce qui me ravit, dans le fond, et au sens propre, ce sont les mots qu’il chante, les mots écrits, je l’apprends peu après, par deux auteurs, dont le principal est Etienne Roda-Gil, fils de républicains espagnols ayant fui la dictature franquiste, « Roda », révolté, anarchiste, et poète.

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En fait, je ne comprends pas grand-chose mais les mots m’emballent, m’emmènent, me font rêver. Ils décrivent un monde gorgé de références historiques dont l’exactitude importe peu, un univers où l’imaginaire s’appuie sur l’Histoire pour décrire des scènes ou des images, décoller, un monde qui laisse l’auditeur rêveur, emporté ailleurs…

Dans « Le Patineur » : « Dans une ville où je passais/bien au Nord du mois de juillet/Sur un grand lac/un lac gelé/un homme en noir glissait, glissait…/Il avait un drôle d’habit noir/qui avait dû faire les grands soirs de l’Autriche/et de la Hongrie/quand elles étaient réunies./ C’était un échassier bizarre/il ne sort pas de ma mémoire/sur une jambe et jusqu’au soir, il glissait là sur son miroir/Il patinait… ». (Évidemment, je ne connais pas, à ce moment-là, l’histoire ou même l’existence de l’empire austro-hongrois ! mais peu importe, je suis emportée par les images que ces mots suscitent, « bien au Nord du mois de juillet ».) Pour l’écouter dans une interprétation récente :

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Dans « Ivanovitch », la Russie éternelle et ses tristesses, l’exil… : « Il était arrivé/Le fiacre l’emportait/Toujours la même ville/Toujours les mêmes gares/Des églises barbares/Saint-Petersbourg, ma ville…/Ivanovitch est là/Ivanovitch est là/Et le ciel est toujours si gris/ et la pluie chaque jour si triste… ».

Dans « Yann et les Dauphins », la jeunesse triomphante, la navigation sur les grands océans, l’amour libre, la jalousie des possédants, l’intervention des dauphins, du côté de la vie : »Savez-vous ce que racontent/les dauphins des grandes mers/Une histoire de ce monde/mais d’un autre univers/Tout près d’un port des Flandres/il y a bien longtemps/Yann avait un navire/mais n’avait pas seize ans/ N’est pas pirate qui veut/sur la grande mer du Nord/n’est pas heureux qui veut/dans la grande course au trésor… »

Dans « Zucayan », la folie à la Cendrars d’un homme pris dans les filets de l’avidité et de la solitude : »Les filons furent épuisés/avant d’être mis à jour/et ils furent exploités/avant même d’exister/Les chercheurs ont jeté/leurs pioches et leurs tamis/L’or est devenu sourd/à leur triste folie/A Zucayan /(…) Tout seul/je suis resté/parmi les Indiens bleus/les lianes enchevêtrées/et les anciennes mines/Ma barbe pousse lentement/et la couleur de mes yeux/se délave dans le temps/de ma mémoire en ruine/A Zucayan… ».

Dans « La Veuve de Joe Stan Murray », des paysages asiatiques défaits par la mousson, et l’éternel amour d’une femme seule qui attend son homme qui ne reviendra pas : « Comme un bernard-l’hermite/qui se souvient d’anciens palais/Mon coeur/coquille vide/résonne encore d’anciens regrets/un saxophone bizarre/pris dans de gluants lichens mous/raconte sur la plage/l’histoire vieille du GI fou/(…) Comme une fleur petite/qui jamais ne se fanerait/ta petite veuve annamite/t’attend encore, Joe Stan Murray… »

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La richesse du vocabulaire, les références, la beauté de la langue, sans oublier la musique et l’interprétation m’emmènent très loin de ce qu’on entend habituellement à la radio. Julien chante aussi des chansons d’amour, bien sûr, mais là encore, la qualité de l’écriture les met très au-dessus ou très à côté des habituelles ritournelles des vedettes françaises dont on nous rebat les oreilles… Roda-Gil dira d’ailleurs que lui et Julien « ont quand même réussi à ne pas dire (sous-entendu : chanter) « je t’aime » pendant douze ans » ! Bien sûr, il y avait eu Brel, Brassens, Barbara… dont la qualité de l’écriture n’est plus à démontrer. Mais Julien était le premier de cette génération à connaître le succès avec des chansons aussi personnelles, aussi poétiques, aussi lyriques, à atteindre cet équilibre entre classicisme de la langue et modernité de la musique, et de l’interprétation. Chansons d’amour ?

« Le Coeur-volcan », sur un air de tango, au bandonéon : « Comme un volcan devenu vieux/mon cœur bat lentement la chamade/La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades/Je pense si souvent à toi que ma raison en chavire/comme feraient des barques bleues/et même les plus grands navires… » . Vidéo d’époque (Julien avec une clope !) :

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« Les Menhirs », dont le texte est de Maurice Vallet, l’autre parolier de Julien de cette époque, qui tenait bien la comparaison avec Roda-Gil : « Ne m’attends pas trop longtemps/à l’ombre fraîche des menhirs/La lande restera la même/avec fougères et bruyères/La côte gardera sa rage/et le froid crachin son rire/pour des souvenirs amers/quand je passe/Et je t’oublie… »

« Je sais que c’est elle » : « De ses deux bras tendus/elle fait l’horizon et le ciel/où sa tête en se balançant/fait toute la course du soleil./Et d’une épaule à l’autre/moi je sais que c’est elle/oui ce nouveau soleil, moi je sais que c’est elle… »

« Vous », une chanson méconnue et très belle : « Miels, cristaux et vents de sable/dans ce monde épouvantable/on vous couvre de bijoux…/Miels, cristaux et sur nos tables/tous les fruits que les notables/viennent manger à genoux…/Puis les rats d’hôtels s’endorment/puis se dissipent les formes/et la nuit me rend à vous…/Reine d’une ruche lointaine/inaccessible et pleine/de serviteurs jaloux../(…) Vous, enfuie dont la silhouette/vient se cogner dans ma tête/comme un aveugle fou…/Vous, dans les cristaux sans âge/où flotte votre image/perdue dans les bijoux…/Vous dans cette prison médiévale/qui traîne dans les étoiles/des oriflammes mous… »

En octobre 1973, je traîne toute la famille à l’Olympia (enfin, comme j’ai huit ans, disons plutôt que toute la famille accepte de m’accompagner), Julien vient de sortir son nouvel album, sobrement intitulé « Julien ».

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Onze chansons, un titre antimilitariste « Poissons morts » (‘ »Poissons morts/Allez donc dire aux moissonneuses/que la graisse de mitrailleuse/n’est pas la brillantine des dieux » : franchement, que pouvait y comprendre une petite fille de huit ans ? Eh ben j’adorais quand même…), un tube plus « franchouillard » pour vendre le disque (« Ca fait pleurer le Bon Dieu »), des textes à la poésie parfois baroque, parfois plus quotidienne, et ce texte splendide :

« Heureux le marin qui nage/dans les eaux de son courage/Heureux le capitaine/dont la gloire est certaine/et qui meurt un beau matin/frappé au pied de son mat/

Heureux les bateaux fantômes/dans les eaux du rêve des blondes/Heureux les drapeaux pirates/ruban noir sur peau d’albâtre/flottant dans les mers nouvelles/où les phares se promènent/les grands soirs/

Heureuses les multitudes/dans leurs longues solitudes/Heureuses aussi les éponges/dans les fonds où nul ne plonge/sans voir bientôt sa cervelle/s’échapper de ses oreilles/dans le noir/

Heureux tous ces funambules/qui sur leur fil, déambulent/Heureuses aussi les épouses/Dans les fonds où rien ne bouge/où les couleurs sont fidèles/et les passions éternelles/

Sans savoir/sans savoir…/

Que ce monde est un vertige/accroché sur une tige/Que dans les mers blondes et sombres/des espaces de tous les mondes/un dieu vieux, sourd et débile/de ses dix mains malhabiles/jongle pour des imbéciles…/

dans le noir/dans le noir… »

Il y a eu encore deux albums formidables (sept en tout, dont le dernier, le noir « N° 7 » qui contient cette pépite qu’est « Souffrir par toi n’est pas souffrir », en plus du mélancolique »This Melody ») écrit en commun, puis Julien a élargi son panel de paroliers, il en a pris des bons (Dabadie, Mac Neil, Le Forestier… comme Françoise Hardy, qui écrit tous ses textes, et a toujours su s’entourer de musiciens excellents, à la pointe de la modernité, Julien a toujours choisi ses paroliers avec soin et talent), a fait de très beaux tubes (« J’ai le cœur trop grand pour moi », « Ma Préférence », « Jaloux »…), a pris position contre la peine de mort (« L’Assassin assassiné ») à un moment où ce n’était vraiment pas la mode, s’est brouillé un temps avec Roda-Gil, puis a retravaillé plus tard, avec lui (« Utile »). Mais ce que j’aime surtout chez Julien, et je ne suis pas la seule, c’est cette période, 1968-1975, où avec ses deux paroliers, Roda-Gil et Maurice Vallet, ils ont créé un univers cohérent et poétique, parfois hermétique, mystérieux, et très souvent magique et beau. Ensemble, ils m’ont fait découvrir des mondes, et ouvert des portes. Muchas gracias, amigos.

(Étonnamment, peu de vidéos de l’époque sur les grands sites de partage. Photo d’E. Roda-Gil ; photo de Julien Clerc et pochette du 33 tours)

Tirage


09 Jan

… une roulotte dans un jardin…

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A l’intérieur, un décor kitsch, petit canapé recouvert d’un plaid en moumoute synthétique, coussins au crochet, papier peint à grosses fleurs…

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On devine la bande-son  à la hauteur, et de fait…

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Et sur la table, à côté de la boule de cristal, un tirage de tarots, uniquement constitué de figures féminines, les quatre reines (d’Epée, de Coupe, de Bâton, de Deniers) et deux arcanes majeures, la Papesse et ma préférée, l’Impératrice. Des femmes d’action, de pouvoir, spirituel ou temporel.

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Qu’en conclure ? Rien de précis, bien sûr. Si, une chose : si le futur ne se laisse pas deviner, qu’il soit écrit à l’avance ou non, nous avons besoin de symboles et de figures pour essayer de le décrypter et y lire nos forces et nos faiblesses, nos entraves et les clés pour nous en libérer, le soutien que nous apporte le monde et les autres ou non. Nous avons besoin parfois qu’on nous parle de nous autrement qu’à travers le langage habituel de la raison. Et si le tarot est évidemment symbolique, il est aussi poétique, et ça n’est pas le moindre de ses charmes.

(photos de l’auteur : festival des jardins de Chaumont-sur-Loire 2011)

Suivre le fil


26 Nov

Samedi, le lendemain de notre départ, un séisme de magnitude 4,9 a secoué Tokyo. Sans gravité, heureusement. C’est peut-être parce qu’ils se savent potentiellement constamment en danger que les Japonais ont ce rapport à l’éphémère et à la beauté des choses fragiles qui me touche tant.

Ils ont aussi des fils électriques qui se baladent de manière apparemment anarchique au-dessus des rues.

 

 

J’ai trouvé cet aspect surprenant, jusqu’à ce qu’on m’explique que c’est justement en raison de l’omniprésence des tremblements de terre (et du risque d’un « Big One ») que les fils électriques ne peuvent pas être enterrés. Sous terre, ils seraient moins facilement et rapidement réparables.

 

 

Dans certaines rues, on se remémore ce jeu qu’on trouvait dans les magazines, genre Pif Gadget, de notre enfance, où sur une page figuraient différents points qu’ il fallait relier, pour en faire apparaître la figure, le dessin, et le sens. Sauf que là, la personne qui a imaginé les points à relier a un peu perdu la mesure, ou qu’on a pris comme modèle les gribouillis qu’elle a tracés sans y prêter attention sur une feuille de papier pendant une conversation téléphonique… (ou c’est SpiderMan qui a lancé ses toiles d’araignée de manière aléatoire, pour s’entraîner…).

 

Vous savez quoi ? Même ce fouillis, je le trouve finalement assez poétique…

(Photos de l’auteur)

Proverbes « lost in translation » milieu de nuit


12 Nov

Insomnie japonaise met sur les braises…

Insomnie sur futon, loin de sa maison…

Insomnie de quatre heures met de bonne humeur…

Insomnie et lecture, stop à la censure !

Insomnie et fringale, on casse la dalle…

Insomnie-décalage, vive les voyages !

Essais d’endormissement, images flottant…

 

Insomnie terminée, réveil sonné…

(Nuits blanches à Tokyo, on cherche ses mots)

 

(Photo de l’auteur)

Poétique (de saison)


11 Nov

Balade matinale sous une pâle lumière dans le vieux quartier de Yanaka.

Parfois, bien après les raisons qui nous les ont fait les détester, nos cimetières européens peuvent devenir des lieux d’apaisement. Le dépaysement et l’incompréhension des idéogrammes aidant, ils deviennent ici, par-delà la paix qu’ils dégagent d’emblée, des lieux de poésie.

Nous avançons bien au milieu d’une forêt de signes, dont l’ « empire » donne une impression d’élégance esthétique, y compris dans le désordre accepté, intégré et mis en scène.

(photos de l’auteur)

Neelhe.fr

Exercices d'attention. Deux posts par semaine (si les dieux sont favorables).